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Ceux qui travaillent. nourrissent en réalité tout à

la fois et les pensionnaires qu’on appelle les riches, et eux-/ mêmes. » (Edmond Burke, 1. c., p. 2.)

2. Niebuhr, dans son Histoire romaine, laisse échapper cette naïve remarque : * On ne peut se dissimuler que des ouvrages, comme ceux des Etrusques, dont les ruines nous étonnent encore aujourd’hui, supposent dans les petits États des seigneurs et des serfs. » Sismondi est bien plus dans le vrai quand il dit que les « dentelles de Bruxelles » supposent des capitalistes et des salariés.

3. « Il est impossible de voir ces malheureux (dans les mines d’or situées entre l’Égypte, l’Éthiopie et l’Arabie) qui ne peuvent pas même entretenir la propreté de leur corps, ni couvrir leur nudité, sans être forcés de s’apitoyer sur leur' lamentable destin. Là point d’égards ni de pitié pour les malades, les estropiés, les vieillards, ni même pour la faiblesse des femmes. Tous, forcés par les coups, doivent travailler et travailler encore jusqu’à ce que la mort mette un terme à leur misère et à leurs tourments. » ( Diod. Sic. Bibliothèque historique, liv.IIIjCh. 13.)

extra, le travailleur libre fournit au capitaliste 6X6 ou 36 heures de surtravail par semaine. C’est la même chose que s'il travaillait 3 jours pour luimême et 3 jours gratis pour le capitaliste. Mais ceci ne saute pas aux yeux ; surtravail et travail nécessaire se confondent l’un dans l’autre. On pourrait,

■ en effet, exprimer le même rapport en disant, par exemple, que l’ouvrier travaille dans chaque minute 30 secondes pour le capitaliste et 30 pour lui-même. Il en est autrement avec la corvée. L’espace sépare le travail nécessaire que le paysan valaque, par exemple, exécute pour son propre entretien, de son travail extra pour le boyard. Il exécute l’un sur son champ à lui et l’autre sur la terre seigneuriale. Les deux parties du temps de travail existent ainsi l’une à côté de l’autre d’une manière indépendante. Sous la forme de corvée, le surtravail est rigoureusement distinct du travail nécessaire. Cette différence de forme ne modifie assurément en rien le rapport quantitatif des deux travaux. Trois jours de surtravail par semaine restent toujours trois jours d’un travail qui ne forme aucun équivalent pour le travailleur lui-même, quel que soit leur nom, corvée ou profit. Chez le capitaliste, cependant, l’appétit de surtravail se manifeste par son âpre passion à prolonger la journée de travail outre mesure; chez le boyard, c’est tout simplement une chasse aux jours corvéables *.

Dans les provinces danubiennes, la corvée se trouvait côte à côte des rentes en nature et autres redevances ; mais elle formait le tribut essentiel payé à la classe régnante. Dans de pareilles conditions, la corvée provient rarement du servage; mais le servage, au contraire, a la plupart du temps la corvée pour origine. Ainsi en était-il dans les provinces roumaines. Leur forme de production primitive était fondée sur la propriété commune, différente cependant des formes slaves et indiennes. Une partie des terres était cultivée comme propriété privée, par les membres indépendants de la communauté; une autre partie, — Yager publions , — était travaillée par eux en commun. Les produits de ce travail commun servaient d’une part comme fonds d’assurance contre les mauvaises récoltes et autres accidents ; d’autre part, comme trésor public pour couvrir les frais de guerre, de culte et autres dépenses communales. Dans le cours du temps, de grands dignitaires de l’armée et de l’Église usurpèrent la propriété commune et avec elle les prestations en usage. Le travail du paysan, libre cultivateur du sol commun, se transforma en corvée pour les voleurs de ce sol. De là naquirent et se développèrent des rapports de servage, qui ne reçurent de sanction légale que lorsque la libératrice du monde, la Sainte Russie, sous prétexte d’abolir le servage, l’érigea en loi. Le Code de la corvée, proclamé en 1831 par le général russe Kisseleff, fut dicté parles boyards. La Russie conquit ainsi du même coup les magnats des provinces du Danube et les applaudissements du crétinisme libéral de l’Europe entière.

D’après le Règlement organique , tel est le nom

1. Ce qui suit se rapporte aux conditions des provinces roumaines avant les changements opérés depuis la guerre de Crimée.

que porte ce code, tout paysan valaque doit au soidisant propriétaire foncier, outre une masse trèsdétaillée de prestations en nature ; 1° 12 jours de travail en général; 2° 1 jour pour le travail des champs, et 3° 1 jour pour le charriage du bois. En tout 14 jours par an. Or, avec une profonde sagacité économique, on a eu soin d’entendre par journée de travail non pas ce qu’on entend ordinairement par ce mot, mais la journée de travail nécessaire pour obtenir un produit journalier moyen, et ce produit journalier moyen a été déterminé avec tant de rouerie, qu’un cyclope n’en viendrait pas à bout en 24 heures. Le « règlement » lui-même déclare donc, avec un sans-façon d’ironie vraiment russe, qu’il faut entendre par 12 jours de travail le produit d’un travail manuel de 36 jours; par un jour de travail des champs, trois jours ; et par un jour de charriage de bois, trois jours également. Total : 42 jours de corvée. Mais il faut ajouter à ceci I ce qu’on appelle la jobagie , ensemble de prestations dues au propriétaire foncier pour services agricoles extraordinaires. Chaque village, en raison de sa population, doit fournir pour la jobagie un contingent annuel. Ce travail de corvée supplémentaire est estimé à 14 jours pour chaque paysan valaque. Ces 14 jours, ajoutés aux 42 ci-dessus, forment ainsi 56 jours de travail par an. Mais l’année agricole ne compte, en Valachie, que 210 jours, à cause du climat. Si l’on en déduit 40 jours pour dimanches et fêtes, 30 en moyenne pour mauvais temps, soit 70 jours, il en reste 140. Le rapport du travail de corvée au travail nécessaire ff ou 66 § 0/0 exprime un taux de plus-value beaucoup moins élevé que celui qui règle le travail des ouvriers manufacturiers et agricoles de l’Angleterre. Mais ce n’est encore là que la corvée prescrite légalement. Et le « règlement organique, » dans un esprit encore plus « libéral » que la législation manufacturière anglaise, a su faciliter sa propre violation. Ce n’était pas assez d’avoir fait 54 jours avec 12, on a de nouveau déterminé de telle sorte l’œuvre nominale qui incombe à chacun des 54 jours de corvée, qu il faut toujours un supplément à prendre sur les jours suivants. Tel jour, par exemple, une certaine étendue de terre doit être sarclée, et cette opération, surtout dans les plantations de maïs, exige le double de temps. Pour quelques travaux agricoles particuliers, la besogne légale de la journée se prête à une interprétation si large, que souvent cette? journée commence en mai et finit en octobre. Pour la Moldavie, les conditions sont encore plus dures. Aussi un boyard s’est-il écrié, dans l’enivrement du triomphe : « Les 12 jours de corvée du Règlement organique s’élèvent à 365 jours par an!)) 1 .

Si le Règlement organique des provinces danubiennes atteste et légalise article par article une laim canine de surtravail, les Factory acts (lois de fabriques), en Angleterre, révèlent la même maladie, mais d’une manière négative. Ces. lois réfrènent la passion désordonnée du capital à absorber

1. Pour plus de détails consulter E. Régnault : Histoire politique et sociale des principautés Danubiennes. Paris, 1855.

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