L. c., p. liv
— Smith, l’associé gérant d’une fabrique de Manchester : « Nous (il veut dire ses « bras qui travaillent pour « nous ») travaillons sans suspension de travail pour les repas, de sorte que la journée habituelle de dix heures et demie est terminée vers 4 h. */ 2 de l’après-midi, et tout le reste est temps de travail en plus 2 . (On se demande si ce M. Smith ne prend réellement aucun repas pendant dix heures et demie !) Nous (le laborieux Smith) finissons rarement avant 6 heures du soir (de consommer «nos machines humaines, » veut-il dire), de sorte que nous ( iterum Crispinus ) travaillons en réalité toute l’année avec un excédant de travail.... Les enfants et les adultes (152 enfants et adolescents au-dessous de dix-huit ans et 140 au-dessus) ont travaillé régulièrement et en moyenne pendant les derniers dix-huit mois pour le moins sept jours et cinq heures ou soixante-dix-huit heures et demie par semaine. Pour les six semaines finissant au 2 mai de cette année (1863), la moyenne était plus élevée : huit jours ou quatre-vingt-quatre heures par semaine ! Mais, — ajoute le susdit Smith avec un ricanement de satisfaction, « le travail à la machine n’est pas pénible. » Il est vrai que les fabricants qui emploient le block printing disent de leur côté : « Le travail manuel est plus sain que le travail à la machine. » En somme, messieurs les fabricants se prononcent énergiquement contre toute proposition tendant à arrêter les machines même pendant l’heure des repas. « Une loi, dit M. Otley, directeur d’une fabrique de tapisseries à Borough. une loi qui nous accorderait des heures de travail de 6 h. du matin à 9 h. du soir serait fort de notre goût; mais les heures du Faclory Ad de 6 h. du matin à 6 h. du soir ne nous vont point.... Nous arrêtons notre machine pendant le dîner (quelle générosité!). Pour ce qui est de la perte en papier et en couleur occasionnée par cet arrêt, il ne vaut pas la peine d’en parler ; « telle quelle cependant, observe-t-il d’un air bonhomme, je comprends qu’elle ne soit pas du goût de tout le monde. » Le rapport exprime naïvement l’opinion que la crainte de faire perdre quelque profit en diminuant quelque peu le temps du travail d’autrui n’est pas « une raison suffisante » pour priver de leur dîner pendant douze à seize heures des enfants au-dessous de treize ans et des adolescents au-dessous de dix-huit, ou pour le leur servir comme on sert à la machine à vapeur du charbon et de l’eau, à la roue de l’huile, etc., en un mot comme on fournit la matière auxiliaire à l’instrument de travail dans le cours de la production 3 .
Abstraction faite de la fabrication du pain à la mécanique, encore toute récente, il n’y a pas d’in-
1. Dans la langue distinguée des fabricants anglais les ouvriers sont appelés « hands, » littéralement « mains ». Quand ce mot se trouve dans nos citations anglaises, nous le traduisons toujours par « bras. »
2. Ceci ne doit pas être pris dans le sens que.nous avons donné au temps de surtravail. Ces messieurs considèrent les J0 h. */ 3 de travail comme constituant la journée normale, laquelle renferme aussi le surtravail normal. Alors commence ce « temps de travail en plus » qui est payé~un peu plus cher; mais on verra plus tard que, par contre, l’emploi de la force de travail pendant la prétendue journée normale est payé audessous de sa valeur.