Hep. etc., for 30 lh., sept. 1844, p
4. L’acte permet d’employer des enfants pendant 10 heures, quand au lieu de travailler tous les jours ils travaillent seulement un jour sur deux. En général, cette clause resta sans effet.
au chemin de fer voisin par exemple, sur lequel la cloche de la fabrique doit se régler. Il faut que le fabricant affiche dans la fabrique un avis imprimé en grosses lettres dans lequel se trouvent fixés le commencement, la fin et les pauses de la journée de travail. Les enfants qui commencent leur travail avant midi ne doivent plus être employés après 1 11 ' de l’après-midi. La série d’aprèsmidi sera donc composée d’autres enfants que celle du matin. L’heure et demie pour les repas doit être octroyée à tous les travailleurs protégés par la loi aux mêmes périodes du jour, une heure au moins avant 3 h - de l’après-midi. Aucun enfant, ou adolescent ne doit être employé avant 1 h ‘ de 1 après-midi plus de cinq heures sans une pause d une demi-heure au moins pour leur repas. Aucun enfant, adolescent, ou femme, ne doit rester pendant un repas quelconque dans l’atelier de la fabrique, tant qu’il s’y fait n’importe quelle opération, etc. » On le voit, ces édits minutieux, qui règlent militairement et au son de la cloche la période, les limites et les pauses du travail, ne furent point le produit d’une fantaisie parlementaire. Ils naquirent des circonstances et se développèrent peu à peu comme lois naturelles du mode de production moderne. Il fallut une longue lutte sociale entre les classes avant qu’ils fussent formulés, reconnus officiellement et promulgués au nom de l’État. Une de leurs conséquences les plus immédiates fut que, dans la pratique, la journée de travail des ouvriers mâles adultes se trouva du même coup limitée, parce que dans la plupart des travaux de la grande industrie la coopération d’enfants, d’adolescents et de femmes est indispensable. La journée de travail de douze heures resta donc en vigueur généralement et uniformément pendant la période de 1844-47 dans toutes les fabriques soumises à la législation manufacturière.
Les fabricants ne permirent pas néanmoins ce « progrès, » sans qu’il fût compensé par un « recul. » Sur leurs instances la Chambre des communes réduisit de neuf à huit ans l’âge minimum des exploitables, pour assurer au capital « l’approvisionnement additionnel d’enfants de-fabrique, » qui lui est dû de par Dieu et de par la Loi 1 .
Les années 1846-47 font époque dans l’histoire économique de l’Angleterre. Abrogation de la loi des céréales, abolition des droits d’entrée sur le coton et autres matières premières, proclamation du libre échange comme guide de la législation commerciale ! En un mot le règne millénaire commençait à poindre. D’autre part c’est dans les mêmes années que le mouvement chartiste et l’agitation des dix heures atteignirent leur point culminant. Ils trouvèrent des alliés dans les Tories qui ne respiraient que vengeance. Malgré la résistance fanatique de 1 armée libre-échangiste parjure, en tête de laquelle marchaient Bright et Cobden, le bill des dix heures, objet de tant de luttes, fût adopté par le Parlement.
1. « Comme une réduction des heures de travail des enfants serait cause qu’un grand nombre d’entre eux serait employé, on a pensé qu’un approvisionnement additionnel d’enfants de 8 à 9 ans couvrirait l’augmentation de la demande. » (L. c. p. 13.)
La nouvelle loi sur les fabriques du 8 juin 1847 établit qu’au 1 er juillet de la même année la journée de travail serait préalablement réduite à onze heures pour « les adolescents » (de treize à dixhuit ans) et pour toutes les ouvrières, mais qu’au 1 er mai 1848 aurait lieu la limitation définitive à 10 heures. Pour le reste ce n’était qu’un amendement des lois de 1833 et 1844.
Le capital entreprit alors une campagne préliminaire dont le but était d’empêcher la mise en pratique de la loi au 1 er mai 1848. C étaient les travailleurs eux-mêmes qui censés instruits par l’expérience devaient, d’après le plan des maîtres, servir d’auxiliaires pour la destruction de leur propre ouvrage. Le moment était habilement choisi. « On doit se souvenir que par suite de la terrible crise de 1846-47, il régnait une profonde misère, provenant de ce qu’un grand nombre de fabriques avaient raccourci le travail et que d’autres l’avaient complètement suspendu. Beaucoup d’ouvriers se trouvaient dans la gêne et étaient endettés. Il y avait donc toute apparence qu’ils accepteraient volontiers un surcroît de travail pour réparer leurs pertes passées, payer leurs dettes, retirer leurs meubles engagés, remplacer leurs effets vendus, acheter de nouveaux vêtements pour eux-mêmes et pour leurs familles, etc. 1 » Messieurs les fabricants cherchèrent à augmenter l’effet naturel de ces circonstances en abaissant d’une manière générale le salaire de 10 °/ 0 . C’était pour payer la bienvenue de l’ère libre-échangiste. Une seconde baisse de 8 7s °/o se l° rs de la réduction de la journée à onze heures et une troisième de 15 ®/ # quand la journée descendit définitivement à dix heures. Partout où les circonstances le permirent, les salaires furent réduits d’au moins 25 °/ 0 4 . Avec des chances si heureuses on commença à semer l’agitation parmi les ouvriers pour l’abrogation de la loi de 1847. Aucun des moyens que peuvent fournir le mensonge, la séduction et la menace ne fut dédaigné ; mais tout fut inutile. On réunit à grande peine une demidouzaine de pétitions où des ouvriers durent se plaindre « de l’oppression qu’ils subissaient en vertu de cette loi, » mais les pétitionnaires euxmêmes déclarèrent dans leurs interrogatoires qu’on les avait contraints à donner leurs signatures,
« qu’en réalité ils étaient bien opprimés, mais non point par la loi susdite 5 . » Les fabricants ne réussissant point à faire parler les ouvriers dans leur sens, se mirent eux-mêmes à crier d’autant plus haut dans la presse et dans le Parlement au nom des ouvriers. Us dénoncèrent les inspecteurs comme une espèce de commissaires révolutionnaires qui sa-