‹ Le capital T. 1Chapitre 119 sur 357 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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pouvoir vivre comme un seul ouvrier, do la nlus-v,, lue qu il empoche chaque jour, c’est-à-dire sitislaive scs besoins de première nécessité. Dans ce cas le but de sa production serait tout simplement l’entretien de sa vie, ot non l’acquisition de richesse; or celleci est 1 objet sous-entendu de la production capitaliste. Pour qu’il vécût seulement deux fois aussi bien qu’un ouvrier ordinaire, et transformât en capital la moitié de la plus-value produite , il lui faudrait augmenter de 8 fois le capital avancé, en même temps que le nombre des ouvriers. Assurément, il peut lui-même, comme son ouvrier, ineUro la patte à l’œuvre; mais alors il n’est plus qu’un être hybride, qu’une chose intermédiaire entre capitalisteet travailleur, un « petit patron. » A un certain degré de développement, il faut que le capitaliste puisse employer à l’appropriation et à la surveillance du travail d’autrui et à la vente des produits de ce travail tout le temps pendant lequel il fonctionne comme capital personnifié *. L’industrie corporative du moyen âge cherchait à empêcher le maître, le chef de corps de métier, de se transformer en capitaliste, en limitant à un maximum très restreint le nombre des ouvriers qu’il avait le droit d’employer. Le possesseur d’argent ou de marchandises ne devient en réalité capitaliste que lorsque la somme minima qu’il avance pour la production dépasse déjà de beaucoup le maximum du moyen âge. Ici, comme dans les sciences naturelles , se confirme la loi constatée par Hegel dans sa Logique, loi d’après laquelle de simples changements dans la quantité, parvenus à un certain degré, amènent des ditlcrenccs dans la qualité

Le minimum de la somme de valeur dont un possesseur d’argent du de marchandise doit poux oit disposer pour se métamorphoser en capitaliste, varie suivant les divers degrés de développement de la production. Le degré de développement donne ,

1. . Le fermier ne peut pas compter sur son propre travail; et s’il le fait, je maintiens qu’il y perdra. Sa fonction est de tout surveiller. Il faut qu’il ait l’œil sur son batteur en grange, ses faucheurs, scs moissonneurs, etc. Il doit constamment faire le tour de ses clôtures et voir si rien n’est néglige, ce qui aurait lieu certainement s’il se confinait en une place ,

que. . Un Enquiry into the Connection belween the Frce ZvisLs, and tke Sise of Far, ns, etc. by a Farnur U»*», 1773, P- 12). Cet écrit est très intéressant. „

la genèse du ■ capitalise former » Jjre sa glorification comme il est appelé en toutes lettre* Jun celui de sa

vis-à-vis du • petit fermier . q es, d’abord en partie

subsistance. - - La classe des eap.tabs tes es ^

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2 La théorie moléculaire de la chimie moderne, développée pour la première fois scientifiquement par Laurent etGerhardt, a pour base cette loi.

il varie également dans les différentes industries ni leurs conditions techniques particulières. A même de la production capitaliste, quelnueiHines de ces industries exigeaient déjà un minimum de capital qui ne se trouvait pas encore dans les mains de particuliers. C'est ce qui rendit nécessaires les subsides d Etat accordes a des chefs d’industrie privée, — comme en France du temps de Colbert, et comme de nos jours cela se pratique encore dans plusieurs principautés de l’Allemagne, — et la formation de sociétés avec monopole légal pour l’exploitation de certaines branches d industiie et de commerce', autant d avant-coureurs des sociétés modernes par actions.

Le capital, comme nous l’avons vu, se rend maître du travail , c’est-à-dire parvient à courber sous sa loi la force de. travail en mouvement ou le travailleur lui-même. Le capitaliste veille à ce que l’ouvrier exécute son ouvrage soigneusement et avec le degré d’intensité requis.

Le capital s’olfre en outre comme rapport coercitif obligeant la classe ouvrière à exécuter plus de travail que ne l’exige le cercle resserré de ses besoins. Gomme producteur et metteur en œuvre de l’activité d’autrui, comme exploiteur de la force de travail et sontireur de travail extra, le système capitaliste dépasse en énergie, en efficacité et en puissance illimitée tous les sylèmes précédents de production fondés directement sur les différents systèmes de travaux forcés.

Le capital s’empare d’abord du travail dans les conditions techniques données par le développement historique. Il ne modifie pas immédiatement le mode de production. La production de plus-value, sous la forme considérée précédemment, par simple prolongation de la journée, s’est donc présentée indéjiendantedc tout changement dans le mode de produire. De nos jours elle n’est pas moins active dans les boulangeries où s’appliquent encore des procédés primitifs, que dans les filatures automatiques. Unaud nous examinions la production au simple point de vue de la valeur d’usage, les moyens de production ne jouaient point vis-à-vis de l’ouvrier le rôle de capital, mais celui de simples moyens et matériaux de son activité productive. Dans une

tannerie, par exemple, il tanne le cuir et non le capital.

Il en acte autrement dès que nous avons considéré la production au point do vue de la plus-value. Les moyens de production so sont t ransformés immédiatement en moyens d’absorption du travail d’autrui. Ce n est plus le travailleur qui les emploie, mais ce sont au contraire eux qui emploient lo travailleur. Au lieu d <Hre consommés pur lui comme éléments matériels de son activité productive, ils le consomment lui-même comme ferment indispensable à leur propre vie; et la vio du capital ne consiste que dans son mouvement comme valeur perpétuellement en voie de

MnUih Tr.anil m0lwl,0lin- “ Tel est lo nom que donne Marun Cuiller ace genre d’institutions.

multiplication. Les hauts-fourneaux et les bâtiments de fabrique qui se reposent la nuit et n’absorbent aucun travail vivant, sont perte pure (a mere lo3s) pour le capitaliste. Voilà pourquoi les hautsfourneaux et les bâtiments de fabrique constituent «un titre, un droit au travail de nuit» des ouvriers. Inutile pour le moment d’en dire davantage. Montrons seulement par un exemple comment cette interversion des rôles qui caractérise la production capitaliste, comment ce renversement étrange du 1 apport entre le travail mort et le travail vivant, entre la valeur et la force créatrice de valeur, se reflète dans la conscience des seigneurs du capital.

Pendant la révolte des fabricants anglais de 1848-1860, le chef de la filature de lin et de coton de Paisley, une des raisons sociales les plus anciennes et les plus respectables de l’Écosse occidentale, de la société Carlisle et fils, qui existe depuis 1752, et. de génération en génération , est toujours dirigée par la même famille, — ce gentleman possesseur d’une intelligence hors ligne, écrivit dans lu « Glasgow Daily Mail » du 25 avril 1 849 une lettre ' intitulée: « Le système des relais, » où se trouve, entre autres, le passage suivant, d’un grotesque naïf : « Considérons les maux qui découlent d’une réduction du temps de travail de 12 heures à 10,... ils portent le plus sérieux préjudice aux prérogatives et à la propriété du fabricant. Si, après avoir travaillé 12 heures (il veut dire : fait travailler ses bras), il ne travaillait plus que 10, alors chaque 12 machines ou broches, par exemple, de son établissement se rapetisseraient à 10 (then every 12 machines or spindles, in his etablishment, shrink to 10), et s’il voulait vendre sa fabrique, on ne les estimerait que 10 en réalité, de sorte que chaque fabrique, dans tout le pays, perdrait un sixième de sa valeur*. »

Pour cette forte tête d’Ecosse, la valeur des instruments de production se confond entièrement, comme on le voit, avec la propriété qu’ils possèdent, en tant que capital, de se faire valoir ou de s’assimiler chaque jour un quantum déterminé de travail gratuit ; et ce chef de la maison Carlisle et Cie s’illusionne au point de croire que, dans la vente de sa fabrique, il lui est payé non-seulement la valeur de ses machines, mais encore, par-dessus le marché, leur mise en valeur; non-seulement le travail qu’elles recèlent, et qui est nécessaire à la production de machines semblables, mais encore le surtravail qu’elles servent à soutirer chaque jour des braves Écossais de Paisley : et voilà pourquoi, selon lui, une réduction de deux heures de la journée de travail ferait réduire le prix de vente de ses machines. Une douzaine n’en vaudrait plus qu’une dizaine!

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