‹ Le capital T. 1Chapitre 187 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nés dans le milieu bourgeois, n'existent pas parce qu'ils proviennent non de la machine, mais de son exploitation capitaliste 1

Donc, parce que la machine, triomphe de l’homme sur les forces naturelles, devient entre les mains capitalistes l’instrument de l'asservissement de l’homme à ces mêmes forces; parce que. moyen infaillible pour raccourcir le travail quotidien, elle le prolonge entre les mains capitalistes ; parce que, baguette magique pour augmenter la richesse du producteur, elle l’appauvrit entre les mains capitalistes, parce que... l’économiste bourgeois déclare impertubablement que toutes ces contradictions criantes ne sont que fausses apparences et vaincs chimères et que dans la réalité, et pour cette raison dans la théorie, elles n’existent pas.

Certes, ils ne nient pas les inconvénients temporaires, mais quelle médaille n’a pas son revers! Et pour eux l’emploi capitaliste des machines en est le seul emploi possible. L’exploitation du travailleur par la machine c’est la même chose que l’exploitation des machines par le travailleur. Qui expose les réalités de l’emploi capitaliste des machines , s’oppose donc à leur emploi et au progrès social1. Ce raisonnement ne rappelle-t-il pas le plaidoyer de Bill Sykes, l’illustre cctupe-jarret ? « Messieurs les jurés, dit-il, la gorge d’un commis-voyageur a sans doute été coupée. Le fait existe, mais ce n’est pas ma faute, c’est celle du couteau. Et voulezvous supprimer le couteau à cause de ces Inconvénients temporaires? Réfléchissez-y. Le couteau est un des instruments les plus utiles dans les métiers et l’agriculture, aussi salutaire en chirurgie que savant en anatomie et joyeux compagnon dans les soupers. Eu condamnant le couteau vous allez nous replonger en pleine sauvagerie2! »

Quoiqu’elle supprime plus ou moins d’ouvriers dans les métiers et les manufactures où elle vient d’être introduite, la machine peut néanmoins occasionner un surcroît d’emploi dans d’autres branches de production, mais cet effet n’a rien de commun avec la soi-disant théorie de compensation.

Tout produit mécanique, un mètre de tissu exécuté au métier à vapeur, par exemple, étant meilleur marché que le produit manuel auquel il fait concurrence, nous obtenons évidemment cette loi :

Si la quantité totale d’un article, produit mécaniquement, reste égale à celle de l’article manuel qu’il remplace, alors la somme totale du travail employé diminue. Si non, l’ouvrage mécanique coûterait autant, si ce n’est davantage, que l’ouvrage manuel.

Mais, en fait, la somme des articles fabriqués, au moyen des machines, par un nombre d’ouvriers réduit , dépasse de beaucoup la somme des articles

u même genre fournis auparavant par le métier ou ta manufacture. Mettons que 1 000 000 mètres de issu a la main soient remplacés par 4 000 000 mères e tissu à la mécanique. Ceux-ci contiennent quatre fom plus de matière première, de laine par . e™Ple.> îu3e ceux-là. Il faut donc quadrupler la

nïoîre 10ntdak lame- ?Uîlntaux moJ'cns de travail sonf m?n|t dUS qi,<; lc mécanique con-

somme, tels que machines, bâtisses, charbon, etc. c travail employé dans leur production va s'accroître suivant que s accroît la différence entre la masse du tissu mécanique et celle du tissu manuel „„;un ouvrier peut livrer en moyenne dans le même tenus Néanmoins, quel que soit ce surcroît de travail, Vl doit toujouis lester moindre que le décroissement de travail cllectué par l’usngo de la machine.

A mesure donc que 1 emploi de. machines s'étend dans une industrie, il faut que d’autres industries d ou elle tire scs matières premières, etc., augmentent leurs produits. Dans quelle proportion vontelles alors augmenter le nombre de leurs ouvriers ?

Au lieu de l'augmenter, elles n’augmenlenl. peutêtre que l’intensité et lu durée du travail. Mais ccllcs-ci étant données, tout dépendra de la composition du capital employé, c’est-à-dire de la proportion de sa partie variable avec sa partie constante. Sa partie variable sera relativement d’autan l plus petite, que lc machinisme s’est emparé davantage des industries qui produisent les matières premières, etc.

Avec le progrès de la production mécanique en Angleterre, le nombre de gens condamnés aux mines de houille et de métal s’élève énormément. D’après le recensement, de 1861, il y avait : 46 613 mineurs, dont 73 545 au-dessous et 17 3 067 audessus de vingt ans. Parmi les premiers étaient 835 de cinq à dix, 30 701 de dix à quinze, 42010 de quinze à dix-neuf ans. Lc nombre des ouvriers employés dans les mines de fer, de cuivre, de plomb, de zinc et autres métaux s’élevait à 319, 22U1.

Les machines font éclore une nouvelle espece d’ouvriers exclusivement vouée à leur cousine lion. En Angleterre elle comptait en 1861 à peu près 70,000 personnes2 Nous savons déjà que le machinisme s’empare de celte, branche d industrie sut une échelle de plus en plus étendue. Quant aux matières premières3, il n’y a pas le moindre doute que la marche triomphante des filatures de coton a donné une impulsion immense à la culture du colon dans les Etats-Unis, stimulant à la fois la traite des nègres en Afrique et leur élève dans les Border Slaves States*. En 1790, lorsque Ion fit aux États-Unis le premier recensement des esclaves, leur nombre atteignit le chiffre de 697 ü ,

.}’ ‘ ? ' ,,esl avar>lageux de développer de plus en plus l’habilcte de ouvrier de manière à le rendre capable de produire un quantum de marchandises toujours croissant avec un quantum de travail égal ou inférieur, il doit être également avantageux que l’ouvrier se serve des moyens mécaniques qui l’aidc-nt avec le plus d’efficacité à atteindre ce résultat. ■ (Mac-Cultocli, Princ. of Pot. Econ. , Lond. 1830, p. lüG).

2. « L’auteur de la machine à filer le coton a ruiné l’Inde, ce qui nous touche peu. » A. Thiers : De la Propriété. L’émd nent homme d’État confond la machine à filer ovec la machine à tisser, ce qui d’ailleurs nous louche peu.

. Census of 1861, vol. II, Lond. 1863.

. 11 y avait 3329 ingénieurs civils. Klts les plus

. Comme le fer est une de» ma très I ^ ^ pays -.criantes, remarquons que . dont 123 430

Galles) occupait en IWl : L-u < • icrî '-jtj U0 avaient

imes et 2 311 femmes. Parmi les pi o

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il g'était élevé à 4 millions. D'un autre côté °.n V ' moins certain que la prospérité crois- * ” ? de la filature mécanique delà laine provoqua ^AnJetorre la conversion progressive des terres labour en pacage qui amena l’expulsion en masse des laboureurs agricoles rendus surnumé- ,-aircs. L’Irlande subit encore dans ce moment cette opération douloureuse qui déprime sa population déjà réduite de moitié depuis vingt ans au bas niveau correspondant aux besoins de ses propriétaires fonciers et de messieurs les Anglais fabricants de laine.

Si le machinisme s’empare de procédés préliminaires ou intermédiaires par lesquels doit passer un objet de travail avant d’arriver à sa forme finale, les métiers ou les manufactures où le produit mécanique entre comme élément, vont être plus abondammentjjourvusde matériel et absorberont plus de travail. Avant l’invention des machines à filer, les tisserands anglais chômaient souvent à cause de l'insuffisance de leur matière première, mais le filage mécanique du coton leur fournit les filés en telle abondance et à si bon marché, que vers la fin

du dernier siècle et au commencement du nôtre une famille de quatre adultes avec deux enfants pour dévider, en travaillant dix heures par jour, gagnait 4 liv. si. en une semaine. Quand le travail pressait, elle pouvait gagner davantage*.

Les ouvriers affluaient alors dans le tissage du coton à la main jusqu’au moment où les 800,000 li ss rends créés par la Jenny , la Mule et le Throstle furent écrasés par le métier à vapeur. De même le nombre* des tailleurs, des modistes, des couturières, etc., alla en augmentant avec l’abondance des étoffes fournies par les machines, jusqu’à ce que la machine à coudre fit son apparition.

A mesure que les machines, avec un nombre d’ouvriers relativement faible, font grossir la masse de matières premières, de produits à demi façonnés, d instruments de travail, etc., les industries qui usent ces matières premières, etc., sc subdivisent de plus en plus en différentes et nombreuses branches. La division sociale du travail reçoit ainsi une impulsion plus puissante que par la manufacture pi'opi'emenl dite.

Le système mécanique augmente en premier lieu la plus-value et la masse, des produits dans lesquels elle se. réalise. A mesure que croît la substance materielle dont la classe capitaliste et ses parasites B engraissent, ces espèces sociales croissent et mul-

ipii ul. i augmentation de leur richesse, accompagnée comme elle l’est d'une diminution rcla-

m i < s î.n.u leurs engagés dans la production dos marchandises de. première nécessité, fait naître avec les nouveaux besoins de luxe de nouveaux moyens de les satisfaire. Une partie plus considévalue du produit social se transforme en produit net el une plus grande part du celui-ci est livrée à la

consommation sous des formes plus variées et plus liüliuees. Lu d autres termes, la production de luxe S accroît-.

Le raffinement et la multiplicité variée des produits proviennent également des nouveaux rapports du marché des deux mondes créés par la grande industrie. On n’échange pas seulement plus de produits de luxe étrangers contre les produits indigènes, mais plus de matières premières, d’ingrédients, de produits à demi fabriqués provenant de toutes les parties du monde, etc., entrent comme moyens de production dans l’industrie nationale. La demande de travail augmente ainsi dans l’industrie des transports qui se subdivise en branches nouvelles et nombreuses *.

L’augmentation des moyens de travail et de subsistance et la diminution progressive dans le nombre relatif des ouvriers que leur production réclame poussent au développement d’entreprises de longue haleine et dont les produits tels que canaux, docks, tunnels, ponts, etc., ne portent de fruits que dans un avenir plus ou moins lointain.

Soit directement sur la base du système mécanique, soit par suite des changements généraux qu’il entraîne dans la vie économique, des industries tout à lait nouvelles surgissent, autant de nouveaux champs de travail. La place qu’ils prennent dans la production totale n’est pas cependant trèslarge, même dans les paÿs les plus développés, et le nombre d’ouvriers qu’ils occupent est en raison directe du travail manuel le plus grossier dont ils font renaître le besoin.

Les principales industries de ce genre sont aujourd’hui les fabriques de gaz, la télégraphie, la photographie, la navigation à vapeur et les chemins de fer. Le recensement de 1861 (pour l’Angleterre et la principauté de Galles) accuse dans l’industrie du gaz (usines, production d’apparôils mécaniques, agents des compagnies) 15 21 1 personnes ; dans la télégraphie 2399 ; dans la photographie 2366, dans le service des bateaux à vapeur 3570 et dans les chemins de fer 70 599. Ce dernier nombre renferme environ 28 000 terrassiers employés d’une manière plus ou moins permanente et tout le personnel commercial et administratif. Le chiffre total des individus occupés dans ces cinq industries nouvelles était donc de 94 145.

Enfin l’accroissement extraordinaire de la productivité dans les sphères de la grande industrie, accompagné comme il l’est d'une exploitation plus intense et plus extensive de la force de travail dans toutes les autres sphères de la production, permet d’employer progressivement une partie plus considérable de la classe ouvrière à des services improductifs et de reproduire notamment en proportion toujours plus grande sous le nom de classe domestique, composée de laquais, cochers, cuisinières, bonnes, etc., les anciens esclaves domestiques. D’après le recensement de 1 861 , la population de l’Angleterre et du pays de Galles comprenait 20,066,244 personnes dont 9,776,259 du sexe masculin et 10,289,965 du sexe féminin. Si l’on en déduit ce qui est trop vieux

des 'lans son 0UvraS° déjà cité sur la situatio

l>arUedeLccs oa«i''2 * * S’ tî0l!lo"l, e rélal déplorable d’une grand

| ue ols ouvriers de luxe. On trouve de nouveaux el nom

breux documents sur ce sujet dans les rapports de la « Chili. Emploijm. Commission. »

1. En Angleterre y compris le pays de Galles, il y avait en 1801, dans la marine de commerce 94,665 marins.

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