CHAPITRE XV
une branche d’industrie aux dépens du métier ou de la manufacture, ses succès sont aussi certains que le seraient ceux d’une armée pourvue de fusils à aiguille contra une armée d’arbalétriers. Cette pre- . roière période pendant laquelle la machine doit conquérir son champ d’action est d’une importance décisive, à cause des profits extraordinaires qu elle aide à produire. Ils ne constituent pas seulement par eux-mêmes un fonds d’accumulation accélérée ; ils attirent, en outre, une grande partie du capital social additionnel , partout en voie de formation, et à la recherche de nouveaux placements dans les sphères de production privilégiées. Les avantages particuliers de la première période d’activité fiévreuse se renouvellent partout ou les machines viennent d’être introduites. Mais dès que la fabrique a acquis une certaine assiette et un certain degré de maturité ; dès que sa base technique, c’est-à-dire la machine, est reproduite au moyen de machines; dès que le mode d’extraction du charbon et du fer , ainsi que la manipulation des métaux et les voies de transport, ont été révolutionnés; en un mot, dès que les conditions générales de production sont adaptées aux exigences de la grande industrie, dès lors ce genre d’exploitation acquiert une élasticité et une faculté de s’étendre soudainement et par bonds qui ne rencontrent d’autres limites que celles de la matière première et du débouché.
D’une part, les machines effectuent directement l’augmentation de matières premières, comme, par exemple, le cotlon-gin a augmenté la production du coton1 2 * *; d’autre part, le bas prix des produits de fabrique et le perfectionnement des voies de communication et de transport fournissent des armes pour la conquête des marchés étrangers. En ruinant par la concurrence leur main-d’œuvre indigène, l’industrie mécanique les transforme forcément en champs de production des matières premières dont elle a besoin. C’est, ainsi que l’Inde a été contrainte de produire du coton, de la laine, du chanvre, de l’indigo, etc. , pour la Grande-Bretagne 5 En rendant surnuméraire là où elle réside une partie de la classe productive, la grande industrie nécessite l’émigration, et par conséquent, la colonisation de contrées étrangères qui se transforment en greniers de matières premières pour la mèrepatrie ; c’est ainsi que l’Australie est devenue un immense magasin de laine pour l’Angleterre5.