‹ Le capital T. 1Chapitre 219 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

lement, hâte en même temps, comme nous l’avons déjà indiqué, la métamorphose du travail isolé, disséminé et exécuté sur une petite échelle, en travail socialement organise et combiné en grand, et, par conséquent, aussi la concentration des capitaux et le régime exclusif de fabrique. Elle détruit tous les modes traditionnels et de transition, derrière lesquels se dissimule encore en partie le pouvoir du capital, pour les remplacer par son autocratie immédiate. Elle généralise en même temps la lutte directe engagée .contre cette domination. Tout en imposant à chaque établissement industriel, pris à part, 1 uniformité, la régularité, l’ordre et l’économie, elle multiplie, par l’énorme impulsion que la limitation et la régularisation de la journée de travail donnent au développement technique, l’anarchie et les crises de la production sociale, exagère l’intensité du travail et augmente la concurrence entre l’ouvrier el la machine. En écrasant la petite industrie et le travail à domicile, elle supprime le dernier refuge d’une masse de travailleurs, rendus chaque jour surnuméraires, et par cela même la soupape de sûreté de tout le mécanisme social. Avec les conditions matérielles et les combinaisons sociales de la production, elle développe en même temps les contradictions et les antagonismes de sa forme capitaliste, avec les éléments de formation d’une société nouvelle, les forces destructives de l’ancienne l.

Grande industrie et agriculture

Plus tard, nous rendrons compte de la révolution provoquée par la grande industrie dans l’agriculture et dans les rapports sociaux de ses agents de production. Il nous suffit d’indiquer ici brièvement et par anticipation quelques résultats généraux. Si l’emploi des machines dans l’agriculture est exempt en grande partie des inconvénients et des dangers physiques auxquels il expose l’ouvrier de fabrique, sa tendance à supprimer, à déplacer le travailleur, s’y réalise avec beaucoup plus d’intensité et sans contre-coup Dans les comtés de Suffolk et de Cambridge, par exemple, la superficie des terres cultivées s’est considérablement augmentée pendant

1. Robert Owen, le père des fabriques et dos nautiques coopératives , qui cependant, comme nous l’avons déjà remarqué, était loin de partager les illusions de ses imitateurs sur la portée de ces éléments de transformation isolés, ne prit pas seulement le système de fabrique pour point de départ de ses essais ; il déclara en outre que c’était là théoriquement le point de départ de la révolution sociale, il- Visscring, prolesseur d’économie politique à iTUnivcrsité de Leyde, semble en avoir quelque pressentiment; car on le voit dans son ouvrage « Handbœk van Praktische Staafshu iskîinde-{l 860- 1862;, lequel reproduit sous une forme ad hoc ies platitudes de l’économie vulgaire, prendre fait et cause pour le métier contre la grande industrie.

2. On trouve une exposition détaillée des machines employées par l’agriculture anglaise , dans l'ouvrage du D' H' llamm : « Pie lanirthschaftlichcu Gcrüthe tend ilaxchiiun Englands, » V édit., 18Ô6. Son esquisse du développement de l’agriculture anglaise n’est qu’une reproduction sans critique du travail de M. Léonce deLavergne.

^ dentier8 vingt ans, tandis que la population rum,.' S,u unc diminution non-seulement, relative Ïïmérî Ue\ Dans lcs l^'s-Unis du Nord dè l’homirJU°! °n m!lclum’s agricoles remplacent ï d^ :illnelleni,’.nl’ cu ““««t «n nombre Ïande !CUrS ,l mémo de. cultiver une plus

grande superficie, mais elles ne lc chassent ms <■>.core actuellement. En Angleterre, elles dépeuplent les campagnes. C est se tromper étrangement une de croire que lc nouveau travail agricole à. la nmcliine fait compensation. Eu 18fil, il n’y avait que 20b ouvriers ruraux occupés aux machines Lricoles engms a vapeur et machines-outils, dont la fabrication employait un nombre, d’ouvriers industriels à peu près égal.

Dans la sphère de l'agriculture, la. grande induslrio agit, plus révolutionnaire ment que |K, , (oui ailleurs en ce xcnsqu’elle lait disparailr.- le paysan, le rempart de l'ancienne société, «I. lui substitue le. salarié. Les besoins rie l.iansformalion sociale et la lutte des classes sont ainsi ramenés dans les campagnes au même niveau que dans les villes.

L’exploitation la plus routinière el la plus irrationnelle est remplacée par I application tedinologiquc de la science. Le mode de production capitaliste rompt définitivement entre l’agriimltiire et la manufacture le lien qui les unissait dans leur enfance; mais il crée en même temps les conditions matérielles d’une synthèse nouvelle cl supérieure, c’est-à-dire l’union de l'agriculture cl de l’industrie sur la base du développement que chacune d’elles acquiert pendant la période de leur séparation complète. Avec la prépondérance toujours croissante de la population des villes qu’elle agglomère dans de grands centres, la production capitaliste d’une part accumule la force moliiohistorique de la société-; d’autre part elle détruit, non-seulement la santé physique des ouvriers urbains et la vie intellectuelle des travail leurs rustiques1, mais trouble encore la circulation materielle entre l’homme et. la terre, en rendant de plus eu plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité., des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés et usés sous forme d’aliments, de vilcim-nls, et r. Mais en bouleversant les conditions dans lesquelles une société arriérée accomplit presque spontaneît celle circulation, elle force de la rétablir d une

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systématique, sous une forme appropriée au

rai et comme loi régi.

Dans l’agriculture comme dans la raaiiulaclur"

développement humain intég latrice de la pro ludion sociale.

Dans l’agriculture comme d; la transformation capitaliste de la production somme n’ètre que le martvrologe du producteur, le moyen de travail que le moyen de dompter, d exploit'-' <■ d'appauvrir le travailleur, la combinaison socn

1 . « Vous divisez le peuple en rustres balourds, l’autre de nain- ' nation divisée en intérêt- -V ciaux, qui prétend être va jusqu’à se produire, ma:

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•i » l’oppression organisée de sa vitalité, T3''81 liberté et de son indépendance individuelles. j domination des travailleurs agricoles sur de lus grandes surfaces brise leur force de résistance, tandis que la concentration augmente celle des ouvriers urbains. Dans l’agriculture moderne, de même que dans l’industrie des villes, l’accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s’achètent au prix delà destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque

progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non-seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États- Unis du nord de l’Amérique, par exemple, se développe 6ur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement*. La

j. Voyez Liebig : « Die Chemin in ihrer Anwendung auf Agricultur un cl Physiologie, * 7* édit., 1862, surtout dans le premier volume, « l'Introduction aux lois naturelles de la culture du sol. » C'est un des mérites immortels de Liebig d’avoir fait ressortir amplement le cûté négatif de l’agriculture moderne au point de vue scientifique. Ses aperçus historiques sur le développement de l’agriculture, quoique entachés d’erreurs grossières, éclairent plus d’une question. Il est à regretter qu’il lance au hasard des assertions telles que celle-ci : ' > La circulation de l’air dans l’intérieur des parties poreuses de la terre est rendue d'autant plus active que les labours sont plus fréquents et la pulvérisation plus complète; la surface dusolsqr laquelle l’air doit agir est ainsi augmentée et renouvelée; mais il est facile de comprendre que le surplus de rendement du sol

production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse :

La terre et le travailleur.

ne peut être proportionnel au travail qui y a été dépensé et qu’il n’augmente au contraire que dans un rapport bien inférieur. Cette loi, ajoute Liebig, a été proclamée pour la première fois par J. St. Mill dans ses Principes d’écon. pot, v. l, p. 17, et dans les termes suivants : > La loi générale dé l’industrie agricole est que les produits augmentent, toutes choses restant égaleâ, en raison décroissante de l’augmentation du nombre des travailleurs employés. » (M. Mill reproduit ici la loi de Ricardo sous une formule fausse ; dès lors, en effet, que le nombre des ouvriers agricoles a constamment diminué en Angleterre, l’agriculture faisant toujours des progrès, la loi trouvée en Angleterre et pour l’Angleterre n’aurait, du moins dans ce pays-là, aucune application.) Ceci est assez curieux, remarque Liebig, car M. Mill n’en connaissait pas la raison. » ( Liebig , 1. c., v. 1, p. 143, note.) Abstraction faite de l’interpretation erronée du mot travail, sous lequel Liebig comprend autre chose que l’économie politique, qui entend par travail aussi bien la fumure que l’action mécanique sur le sol il est en tout cas « assez curieux » qu’il attribue à M. J. St. Mill le premier, l’énonciation d’une loi que James Anderson à fait connaître à l’époque d’Adam Smith et reproduite dans divers écrits jusque dans les premières années de ce siècle, que Malthus, ce plagiaire modèle (sa théorie entière de là population est un monstrueux plagiat), s’est annexée en 181S, que West a développée à la même époque, indépendamment d’Anderson, que Ricardo, en 1817, a mise en harmonie avec la théorie générale de la valeur et qui a fait sous son nom le tour du monde, qui enfin, après avoir été vulgarisée en 1820 par James Mill, le père de J. St. Mill, a été répétée par ce dernier comme un dogme d’école devenu déjà lieu commun. 11 est indéniable que M. J. St. Mill doit à de semblables quiproquos l’autorité en tout cas «curieuse» dont il jouit.

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