CHAPITRE III
lui donner naissance. Dès que la valeur se transforme en prix, ce rapport nécessaire apparaît comme rapport d’échange d’une marchandise usuelle avec la marchandise monnaie qui existe en dehors d’elle. Mais le rapport d’échange peut exprimer ou la valeur même de la marchandise, ou le plus ou le moins que son aliénation, dans des circonstances données, rapporte accidentellement. Il est donc possible qu’il y ait un écart, une différence quantitative entre le prix d’une marchandise et sa grandeur de valeur, et cette possibilité gît dans la forme prix elle-même. C’est une ambiguité qui au lieu de constituer un défaut, estau contraire, une des beautés de cette forme, parce qu’elle l’adapte à un système de production où la règle ne fait loi que par le jeu aveugle des irrégularités qui, en moyenne, se compensent, se paralysent et se détruisent mutuellement.
La forme prix n’admet pas seulement la possibilité d’une divergence quantitative entre le prix et la grandeur de valeur, c’est-à-dire entre cette dernière et sa propre expression monnaie, mais encore elle peut cacher une contradiction absolue , de sorte que le prix cesse tout-à-fait d’exprimer de la valeur, quoique l’argent ne soit que la forme valeur des marchandises. Des choses qui, par elles-mêmes, ne sont point des marchandises, telles que, par exemple, l’honneur, la conscience, etc., peuvent devenir vénales et acquérir ainsi par le prix qu’on leur donne la forme marchandise. Une chose peut donc avoir un prix formellement sans avoir une valeur. Le prix devient ici une expression imaginaire comme certaines grandeurs en mathématiques. D’un autre côté, la forme prix imaginaire, comme par exemple le prix du sol non cultivé, qui n’a aucune valeur, parce qu’aucun travail humain n’est réalisé en lui, peut cependant cacher des rapports de valeur réels, quoique indirects.
De même que la forme valeur relative en général, le prix exprime la valeur d’une marchandise, par exemple, d’une tonne de fer, de cette façon qu’une certaine quantité de l’équivalent, une once d’or,'sil’on veut, .est immédiatement échangeable avec le fer, andis que 1 inverse n’a pas lieu; le fer, de son côté, n’est pas immédiatement échangeable avec l’or.
Dans le prix, c’est-à-dire dans le nom monétaire des marchandises, leur équivalence avec l’or est anticipée, mais n’est pas encore un fait accompli. Pour avoir pratiquement l’effet d’une valeur d’échange, la marchandise doit se débarrasser de son corps naturel et se convertir d’or simplement imaginé en or réel, bien que cette transsubstantiation puisse lui coûter plus de peine qu’à « l’Idée » hégélienne son passage de la nécessité à la liberté, au crabe la 1 upture de son écaille, au Père de l’église Jérôme, le dépouillement dn vieil Adam1. A côté de son apparence réelle, celle de fer, par exemple, la marchandise peut posséder dans son prix une apparence
1. Si dans sa jeunesse saint Jérôme avait beaucoup à lutter contre la chair matérielle, parce que dos images de belles femmes obsédaient sans cesse son imagination, il luttait de môme dans sa vieillesse contre la chair spirituelle. Je me figurai, ilil-il, par exemple, cil présence du souverain juge. • Qui es-tu V . Jo suis un chrétien. « Non, lu mors, répliqua lejuge d'une voix do tonnerre, tu n’es qu'un Cicoronien. *
ne peut Être p app^enc° d or imaSin(U mais elle Pour lui d mcme tcmlls fcr et or réel.
en recevrait la réponse ipro saint Pierre dans le n-,
• Assai bene è trascorsa Desta moneta già la lega e’1 peso,
Ma dimmi se lu Pliai nella tua borsa. 1 c
La forme prix renferme en elle-même l’aliénabilité des marchandises contre la monnaie et la nécessité de cette aliénation. D’autre part, l’or no fonctionne comme mesure de valeur idéale que parce qu’il se trouve déjà sur le marché à titre de marchandise monnaie. Sous son aspect tout idéal de mesure des valeurs se tient donc déjà aux aguets l’argent réel, les espèces sonnantes.
2) Moyen de circulation.
a) La métamorphose des marchandises.
L’échange des marchandises ne peut, comme on l’a vu, s’effectuer qu’en remplissant des conditions contradictoires, exclusives les unes des autres. Son développement qui fait apparaître la marchandise comme chose à double face, valeur d’usage et valeur d’échange, ne fait pas disparaître ces contradictions, mais crée la forme dans laquelle elles peuvent se mouvoir. C’est d’ailleurs la seule méthode pour résoudre des contradictions réelles. C’osl par exemple une contradiction qu’un corps tombe constamment sur un autre et cependant le fuie constamment. L’ellipse est une des formes de mouvement par lesquelles cette contradiction se réalise et se résout à Ja fois.
L’échange fait passer les marchandises des mains dans lesquelles elles sont des non-valeurs d’usage aux mains dans lesquelles elles servent de valeurs d’usage. Le produit d’un travail utile remplace le produit d’un autre travail utile. C’est la circulation sociale des matières. Une fois arrivée au lieu ou elle sert de valeur d’usage , la marchandise tombe de la sphère des échanges dans la sphère de consommation. Mais cette circulation matérielle ne s’accomplit que par une série de changements de forme ou une métamorphose de la marchandise que nous avons maintenant à étudier.
Ce côté morphologique du mouvement est un peu difficile à saisir, puisque tout changement de or d’une marchandise s’effectue par échangé de d^
palpable ; mais il faut y regardei dt plus p tb.
L’or occupe un pôle , tous les articles utiles h pôle opposé! Des deux côtes, il y a marchandise,
1. . L’alliage et le poids de cette monnaie sont très-bien examinés, mais, dis-moi, l’as-lu dans ta bourse V »
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,, valeur d’usage et de valeur d’échange. AT i ta unité de contraires se représente mver- Ma'S i'! .v deux extrêmes. La forme usuelle de la
, en est la forme réelle, tandis que sa X.r d’échange n’est exprimée qu’idéalcment, en or imaginé, par son prix. La forme nature le metalluine do l’or est au contraire sa forme d echangcabilité générale, sa forme valeur tandis que sa valeur d’usage n’est exprimée qu idéalement dans la série des marchandises qui figurent comme ses équivalents. Or, quand une marchandise s échangé contre de l’or, elle change du même coup sa iorme usuelle en forme valeur. Quand l’or s échangé contre une marchandise, il change de même sa forme valeur en forme usuelle.
Après ces remarques préliminaires, transpiortonsnous maintenant sur le théâtre de l’action— le marc]1(; Nous y accompagnons un échangiste quelconque notre vieille connaissance le tisserand, pai exemple. Sa marchandise, 20 mètres de toile, a un prix déterminé, soit de 2 1. st. 11 l’échange contre 2l. st., et puis, en homme de vieille roche quil est', échange les 2 1. st. contre une bible d’un prix égal. La toile qui, pour lui, n’est que marchandise, porte-valeur, est aliénée contre l’or, et cette figure de sa valeur est aliénée de nouveau contre une autre marchandise, la bible. Mais celle-ci entre dans la maisonnette du tisserand pour y servir do valeur d’usage et y porter réconfort à des âmes modestes.
L’échange ne s’accomplit donc pas sans donner lieu à doux métamorphoses opposées et qui se complètent l’une l'autre — transformation de la marchandise en argent et sa retransformation d’argent en marchandise *. — Ces deux métamorphoses de la marchandise présentent à la fois, au point de vue de son possesseur, deux actes — vente, échange de la marchandise contre l’argent ; — achat, échange de l’argent contre la marchandise — et l’ensemble de ces deux actes : vendre pour acheter.
Ce qui résulte pour le tisserand de cette affaire, c’est qu’il possède maintenant une bible et non de la toile, à la place de sa première marchandise une autre d’une valeur égale, mais d’une utilité différente. Il se procure de la. même manière ses autres moyens de subsistance et de production. De son point de vue, ce mouvement de vente et d’achat
tint nn !• . ,
ne
lait en dernier heu que remplacer une marchandise par une autre ou qu’échanger des produits.
, échange de la marchandise implique donc les changements do tonne que voici :
Marchandise — Argent — Marchandise M A
Considéré sous son aspect purement matériel le
mouvement aboutit à M.-M., échange de marchandise contre marchandise, permutation de matières
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du travail social. Tel est le résultat daim lequel vient s’éteindre le phénomène. ,
Nous aurons maintenant à examiner a part chacune des deux métamorphoses successives que la
marchandise doit traverser.
M. — A. Première métamorphose de la marchandise ou vente. .
La valeur de la marchandise saute de son propre corps dans celui de l’or. C’est son saut périlleux. S’il manque, elle ne s en portera pas plus mal, mais son possesseur sera frustré. Tout en multipliant ses besoins, la division sociale du travail a du même coup rétréci sa capacité productive. C’est précisément pourquoi son produit ne lui sert que de valeur d’échange ou d’équivalent, général. Toutefois, il n’acquiert cette forme qu’en se convertissant en argent et l’argent se trouve dans la poche d’autrui. Pour le tirer de là, il faut avant tout que la marchandise soit valeur d’usage pour l’acheteur, que le travail dépensé en elle l’ait été sous une forme socialement utile ou qu’il soit légitimé comme branche de la division sociale du travail. Mais la division du travail crée un organisme de production spontané dont les fils ont été tissés et se tissent encore à l’insu des producteurs échangistes. Il se peut que la marchandise provienne d’un nouveau genre de travail destiné à satisfaire ou môme à provoquer des besoins nouveaux. Entrelacé, hier encore, dans les nombreuses fonctions dont se compose un seul métier, un travail parcellaire peut aujourd’hui se détacher de cet ensemble, s’isoler et envoyer au marché son produit partiel à titre do marchandise complète sans que rien garantisse que les circonstances soient mûres pour ce fractionnement.
Un produit satisfait aujourd’hui un besoin social; demain, il sera peut-être remplacé en tout ou en partie par un produit rival. Lors même que le travail , comme celui de notre tisserand , est un membre patenté de la division sociale du travail, la valeur d’usage de ses 20 mètres de toile n’est pas pour cela précisément garantie. Si le besoin de toile dans la société, et ce besoin a sa mesure comme toute autre chose, est déjà rassasié par des tisserands rivaux, le produit de notre ami devient superflu et conséquemment inutile. Supposons cependant que la valeur utile de son produit soit constatée et <^uc l’argent soit attiré par la marchandise. Combien d’argent? Telle est maintenant la question. Il est vrai que la réponse se trouve déjà par anticipation dans le prix de la marchandise, l’exposant de sa grandeur de valeur. Nous faisons abstraction du côté faible du vendeur, de fautes de calcul plus ou moins intentionnelles , lesquelles sont sans pitié corrigées sur le marché. Supposons qu’il n’ait dépensé que lo temps socialement nécessaire pour faire son produit. Le prix de sa marchandise n’est donc que le nom monétaire du quantum de travail qu’exige cn moyenne tout article de la même sorte'. Mais à insu et sans la permission de notre tisserand, les vieux procédés employés pour le tissage ont été mis sens dessus dessous ; le temps de travail socialement nécessaire hier pour la production d’un métro de toile, ne l’est plus aujourd’hui ; comme l'homme aux écus s’empresse de le lui démontrer par le tarif