CHAPITRE XXV
nément la grandeur proportionnelle de sa partie variable et diminue ainsi la demande de travail relative. Maintenant, quel est l'effet de ce mouvement sur le sort de la classe salariée ?
Pour résoudre ce problème, il est clair qu’il faut d’abord examiner de quelle manière l’amoindrissement subi par la partie variable d’un capital en voie d’accumulation affecte la grandeur absolue de cette partie, et par conséquent de quelle manière une diminution survenue dans la demande de travail relative réagit sur la demande de travail absolue ou effective.
Tant qu’un capital ne change pas de grandeur, tout décroissement proportionnel de sa partie variable en est du même coup un décroissement absolu. Pour qu’il en soit autrement, il faut que le décroissement proportionnel soit contre-balancé par une augmentation survenue dans la somme totale de la valeur-capital avancée. La partie variable qui fonctionne comme fonds de salaire diminue donc en raison directe du décroissement de sa grandeur proportionnelle et en raison inverse de l’accroissement simultané du capital tout entier. Partant de cette prémisse, nous obtenons les combinaisons suivantes :
Premièrement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison inverse de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire ne change pas de grandeur absolue. Il s’élèvera, par exemple, toujours à 400 francs, qu’il forme deux cinquièmes d’un capital de 1000 francs ou un cinquième d’un capital de 2000 francs.
Deuxièmement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison supérieure à celle de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire subit une diminution absolue, malgré l’augmentation absolue de la valeur-capital avancée.
Troisièmement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison inférieure à celle de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire subit une augmentation absolue, malgré la diminution survenue dans sa grandeur proportionnelle.
Au point de vue de l’accumulation sociale, ces différentes combinaisons affectent la forme et d'autant de phases successives que les masses du capital social réparties entre les différentes sphères de production parcourent l’une après l’autre, souvent en sens divers, et d’autant de conditions diversessimultanément présentées par différentes sphères de production . Dans le chapitre sur la grande industrie nous avons considéré ces deux aspects du mouvement.
On se souvient, par exemple, de fabriques où un même nombre d’ouvriers suffit à mettre en œuvre une somme croissante de matières et d’outillage. Là l’accroissement du capital ne provenant que de l'extension de sa partie constante fait diminuer d’autant la grandeur proportionnelle de sa partie variable ou la masse proportionnelle de la force’ ouvrière exploitée, mais n'en altère pas la grandeur absolue.
Comme exemples d’une diminution absolue du nombre des ouvriers occupés dans certaines grandes branches d’industrie et de son augmentation simultanée dans d’autres, bien que toutes se soient égale-
ment signalées par l’accroissement du capital yCu. gage et le progrès de leur productivité, nous m entonnerons ici qu’en Angleterre, de 1851 à 1861, le l m?nn,L' etl7a-gé dans l'agriculture s’est, abaissé do
h m n t7 ,,ndm,dl1'S.à 10; celui engagé- dans
manufacture de laine longue do 102,7 14 à 70 •
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101,678, tandis que dans la même période 1,’. personnel engage dans la filature et la tissanderie do coton s est olevo. de 371,777 individus à 456 640 ot
“!«“uT manufaclu™ <»« fer de 08,053
Enfin, quant à l’autre face de l’accumulation socialc, qui montre son progrès dans une même brandie d industrie alternativement suivi d’nugmenUüon, de diminution ou de l’étal stationnaire du chilîre des ouvriers employés, l'histoire des péripéties subies par 1 industrie colonnièie nous en a fourni l’exemple le plus frappant.
En examinant une période de plusieurs années par exemple, une période décennale, nous trouverons en général qu avec le progrès de l'accumulation sociale le nombre des ouvriers exploités s'est aussi augmente, bien que Jes differentes années prises à part contribuent à des degrés très-divers à ce résultat, ou que certaines même n'y coiUtihucnl pas du tout. Il faut donc bien que 1 état stationnaire, ou le décroissement, du chiffre absolu de la population ouvrière occupée, qu’on trouve au bout du compte dans quelques industries à côté d’un considérable accroissement du capital y engagé, aient été plus i/uc compensés par d’autres industries où 1 augmentation de la force ouvrière employée l’a définitivement emporté sur les mouvements en sens ontraire. Mais co résultat ne s’obtient qu’au milieu de secousses et dans des conditions de plus en plus difficiles à remplir.
Le décroissement proportionnel de grandeur quo la partie variable du capital subit, dans le cours do l’accumulation et de l’extension simultanée des puissances du travail, est progressif. Par exemple,
en dégrélj, j, -J, etc., de la valeur-capital uiaio, s'avancent en moyens de production et, par contre, i, i, 1, etc., seulement, en force ouvrière, ljuand même la somme totale du capital serait dans le même ordre, triplée, quadruplee, sextuplée, septuplée, etc., cela ne suffirait pas à faire augmenter le nombre des ouvriers employés. Pour produire cet effet, il faut que l’exposant de la raison dans laquelle la masse du capital social augmente soit supérieur à celui de la raison dans laquelle le ■ "n H salaire diminue de grandeur proportionnelle-
portxonnel, plus rapide doit êtic / tte pr()
cemuM of EngUtnd and WaUt, 1861, vol. III, y. 36 et 39ondon, 1863*
, qnr la grande industrie, nous
Dans le chaf.i des causes qui font qu’en
avons des salariés
,,c la progrès de l’accumulation. Nous
dépit des tendances
fappSronVTci en quelques mots ce qui a imme
diatetnent trait à notre sujet.
Le même développement des pouvoirs productifs du travail, qui occasionne une diminution, non-seulement relative, mais souvent absolue, du nombre des ouvriers employés dans certaines grandes branches d’industrie, permet à celles-ci de livrer une masse toujours croissante de produits à bon marché. Elles stimulent ainsi d’autres industries, celles à qui elles fournissent des moyens de production, ou bien celles dont elles tirent leurs matières, instruments, etc.; elles en provoquent l’extension. L’effet produit sur U, marché de travail de ces industries sera trèsconsidérable, si le travail à la main y prédomine. „ L’augmentation du nombre des ouvriers », dit le rédacteur officiel du Recensement du Peuple An- •rJais en 1801, — * atteint en général son maximun dans les branches d’industrie où les machines n’ont pas encore été introduites avec succès*. » Mais nous avons vu ailleurs que toutes ces industries passent à leur tour par la métamorphose technique qui les adapte au mode de production moderne.
Les nouvelles branches de la production auxquelles le progrès économique donne lieu formentautant de débouchés additionnels pour le travail. A leur origine ils revêtent la forme du métier, de la manufacture, ou enfin celle de la grande industrie. Dans les deux premiers cas, il leur faudra passer par la transformation mécanique, dans le dernier la centralisation du capital leur permet de mettre sur pied d'immenses années industrielles qui étonnent la vue fl- semblent, sortir de terre. Mais, si vaste que paraisse la force ouvrière ainsi embauchée, son chiffre proportionnel, tout, d'abord faible comparé à la masse du capital engagé, décroît aussitôt que ces industries ont pris racine.
Lnlin, il y a des intervalles où les bouleversements techniques se font moins sentir, où l’accumulation so présente davantage comme un mouvement d extension quantitative sur la nouvelle base technique une lois acquise. Alors, quelle que soit la composition actuelle du capital, la loi selon laquelle a demande île travail augmente dans la même proportion que le capital recommence plus ou moins à opt in. Mais, en même temps que le nombre des oumu is.iUiivspar le capital atteintson maximum, les proilm s deviennent si surabondants qu’au moindre obstacle dans leur écoulement le mécanisme social semble s arrêter; la répulsion du travail par le ca-
1. , <l’1'elc tl.mt (\ "n C0UP> sur la plus vaste échelle et de la manière la plus violente ; le désarroi même impose aux capitalistes des efforts suprêmes pour économiser le travail. Des perfectionnements de détail graduellement accumulés se concentrent alors pour »msi dire sous cette haute pression ; ils s’incarnent i Uts ( 08 changements techniques qui révolutionnent
craniî!î0Slt,l0n du callital sur toute la phériphérie de » 8 sphères de production. C’est ainsi que la
guerre civile américaine poussa les filntcurs anglais à peupler leurs ateliers de machines plus puissantes et à les dépeupler de travailleurs. Enfin, la durée de ces intervalles où l’accumulation favorise le plus la demande de travail se raccourcit progressivement.
Ainsi donc, des que l’industrie mécanique prend le dessus, le progrès de l’accumulation redouble l’énergie des forces qui tendent à diminuer la grandeur proportionnelle du capital variable et affaiblit celles qui tendent à en augmenter la grandeur absolue. Il augmente avec le capital social dont il fait partie, mais il augmente en proportion décroissante*.
La demande do travail effective étant réglée nonseulement par la grandeur du capital variable déjà mis en œuvre, mais encore par la moyenne de son accroissement continu, l’offre de travail reste normale tant qu’elle suit ce mouvement. Mais, quand le capital variable descend à une moyenne d’accroissement inférieure, la même offre de travail qui était jusque-là normale devient désormais anormale, surabondante, de sorte qu’une fraction plus ou moins considérable de la classe salariée, ayant cessé d’être nécessaire pour la mise en valeur du capital, et perdu sa raison d’être, est maintenant devenue superflue, surnuméraire. Comme ce jeu continue à se répéter avec la marche ascendante de l’accumulation, celle-ci traîne à sa suite une surpopulation croissante.
La loi de la décroissance proportionnelle du capital variable, et de la diminution correspondante dans la demande de travail relative, a donc pour corollaires l’accroissement absolu du capital variable et l’augmentation absolue de la demande de travail suivant une proportion décroissante, et enfin pour complément : la production d’une surpopulation relative. Nous l’appelons « relative », parce qu’elle provient non d’un accroissement positif de la population ouvrière qui dépasserait les limites de la richesse en voie d’accumulation, mais, au contraire, d’un accroissement accéléré du capital social qui lui permet de se passer d’une partie plus ou moins considérable de ses manouvriers. Comme cette surpopulation n’existe que par rapport aux besoins momentanés de l’exploitation capitaliste, elle peut s’enfler et se resserrer d’une manière subite.
En produisant l’accumulation du capital, et à mesure qu’elle y réussit, la classe salariée produit donc elle-même les instruments de sa mise en retraite ou de sa métamorphose en surpopulation relative. Voilà la loi do population qui distingue l’époque capitaliste et correspond à son mode de production particulier. En effet, chacun des modes historiques de la production sociale a aussi sa loi de population propre, loi qui ne s'applique qu’à
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