CHAPITRE XXV
vail cessent d’être des mouvements partant de deux côtés opposés, celui du capital et celui de la force ouvrière. Le capital agit des deux côtés à la fois. Si son accumulation augmente la demande de bras, elle en augmente aussi l’offre en fabriquant des surnuméraires. Ses dés sont pipés. Dans ces conditions la loi de l’offre et la demande de travail consomme le despotisme capitaliste.
Aussi, quand les travailleurs commencent à s’âpercevbir que leur fonction d’instruments de mise en valeur du capital devient plus précaire, à mesure que leur travail et la richesse de leurs maîtres augmentent; dès qu’ils découvrent que l’intensité de la concurrencé qu'ils se font les uns aux autres dépend entièrement de la pression exercée par les surnuméraires ; dès qu’afîn d’affaiblir l’effet funeste de cette loi « naturelle » de l’accumulation capitaliste ils s’unissent pour organiser l’entente et l’action commune entre les occupés et les non-occupés, aussitôt le capital et son sycophante l’économiste de crier au sacrilège, à la violation de la loi «éternelle» de l’offre et la demande. Il est vrai qu’aillèurs, dans les colonies, par exemple, où la formation d’une réserve industrielle rencontre des obstacles importuns, les capitalistes et leurs avocats d’office ne se gênentpas pour sommer l’État d’arrêter les tendances dangereuses de cette loi «sacrée».
Formes d’existence de la surpopulation relative. — La loi générale de l’accumulation capitaliste.
En dehors des grands changements périodiques qui, dès que le cycle industriel passe d’une de ses phases à l’autre, surviennent dans l’aspect général de la surpopulation relative, celle-ci présente toujours des nuances variées à i’infini. Pourtant on y distingue bientôt quelques grandes catégories, quelques différences de forme fortement prononcées — la forme flottante, latente et stagnante.
Les centres de l’industrie moderne, — ateliers automatiques, manufactures, usines, mines, etc., — ne cessent d’attirer et de repousser alternativement des travailleurs, mais en général l’attraction l’emporte à la longue sur la répulsion, de sorte que le nombre des ouvriers exploités y va en augmentant, bien qu’il y diminue proportionnellement à l'échelle de la production. Là la surpopulation existe à l’état flottant.
Dans les fabriques automatiques, de même que dans la plupart des grandes manufactures où les machines ne jouent qu’un rôle auxiliaire à côté de la division moderne du travail, on n’emploie par masse les ouvriers mâles que jusqu’à l’âge de leur maturité. Ce terme passé, on en retient un faible contingent et l’on renvoie régulièrement la majorité. Cet élément de la surpopulation s’accroît à mesure que la grande industrie s’étend. Une partie émigre et ne fait en réalité que suivre l’émigration du capital. Il en résulte que la population féminine augmente plus vite que la population mâle . témoin l’Angleterre. Que l’accroissement naturel de la classe
ouvrière ne suffise pas aux besoins fie l’accumnla- £ el ff'ffil dépasse néanmoins les fo-
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L exploitation de la force ouvrière par le capital est d’ailleurs si intense (pie le travailleur est déjà usé à la moitié de sa carrière. Quand il atteint l'Age mûr, il doit faire place à une force plus jeune et. descendre un échelon de l’échelle sociale, heureux s’il ne se trouve pas définitivement relégué parmi lés surnuméraires. En outre, c'est chez les ouvriers de la grande industrie qui* l’on rencontre la moyenne de vie la plus courte. « Gomme l’a constaté le docteur Lee, l'officier de santé pour Manchester, la durée moyenne de la vie est, à Manchester, de 38 àrinées pour la classe aisée et de 17 années seulement pour la classe, ouvrière, taudis qu’à Liverpool elle est de 35 années pour la première et de 15 pour la seconde. U s’eiisuit que la classe privilégiée tient une assignation sur la vie ( hâve a leave of life) de plus de deux fois la valeur de celle qui échoit aux citoyens moins favorisés-. » Ces conditioüs une fois données, les rangs de celte fraction du prolétariat ne peuvent grossir qu en changeant souvent d’éléments individuels. I! laul donc que lés générations subissent des périodes de renouvellement fréquentes. Ce besoin social est satisfait au moyen de mariages précoces (conséquence fatale de la situation sociale des ouvriers manufacturiers), et grâce à la prime que 1 exploitation des enfants assure à leur production.
Dès que le régime capitaliste s’est empare de l’agriculture, la demande de travail y diminue absolument à mesure que le capital s’ÿ dccümu e. répulsion de la force ouvrière a est pas dans .iericulture, comme en d’autres industries, compensée par une attraction supérieure. L’ne partie de la population des campagnes se trouve donc toujours sur le point de se convertir en population urbain . ou manufacturière, et dans l’attente de circonstances favorables à cette conversion. „ .
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de Birmingham, le lo janvier !8io.
, „ue 9 j 05,226... En 1851 le nombre n’en comptent^ 5go avec une population à peu des villes ew|1( deg districts ruraux. Mais, tandis ,,riVfn« ceux-ci la population ne s’augmentait que 8 ’un demi-million, elle s'augmentait en 580 villes I , 554 067 habitants. L’accroissement de popuhtion est dans les paroisses rurales de 6.5 pour 100, dans les villes de 17.3. Cette différence doit être attribuée à l’émigration qui se fait des campagnes dans les villes. C’est ainsi que celles-ci absorbent les trois quarts de l’accroissement général de la population*. »
Pour que les districts ruraux deviennent pour les villes une telle source d’immigration, il faut que dans les campagnes elles-mêmes il y ait une surpopulation latente, dont on n’aperçoit toute l’étendue qu’aux moments exceptionnels où ses canaux de décharge s’ouvrent tout grands.
L’ouvrier agricole se trouve par conséquent réduit au minimum du salaire et a un pied déjà dans la fange du paupérisme.
La troisième catégorie de la surpopulation relative, la stagnante, appartient bien à l’armée industrielle active, mais en même temps l’irrégularité extrême de ses occupations en fait un réservoir inépuisable de forces disponibles. Accoutumée à la misère chronique, à des conditions d’existence tout à fait précaires et honteusement inférieures au niveau normal de la classe ouvrière, elle devient la large base de branches d’exploitation spéciales où le temps de travail atteint son maximum et le taux de salaire son minimum. Le soi-disant travail à domicile nous en fournit un exemple affreux.
Celle couche de la classe ouvrière se recrute sans cesse parmi les « surnuméraires » de la grande industrie et de l’agriculture, et surtout dans les sphères de production où le métier succombe devant la manufacture, celle-ci devant l’industrie mécanique. A part les contingents auxiliaires qui vont ainsi grossir ses rangs, elle se reproduit ellemome sur une échelle progressive. Non-seulement le ch i lire des naissances et des décès y est très-élevé, mars les diverses catégories de cette surpopulation a 1 état stagnant s’accroissent actuellement en raison inverse du montant des salaires qui leur échoient, et, par conséquent, des subsistances sur lesquelles c es végètent. Un tel phénomène ne se rencontre pas chez les sauvages ni chez les colons civilisés. Il rappc e a reproduction extraordinaire de certaines ‘Hpooe.., animales faibles et constamment pour-
“I’, ‘!il, A<Ul" “ 1» pauvreté
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1 cl « JJieu fait que les hommes qui exercent des mt tiers de première utilité naissent abondamment . » « La misère i poussée même au point où elle engendre la famine et les épidémies , tend à augmenter la population au lieu de l’arrêter. » Apres avoir démontré cette proposition par la sta-
2 vie., for 1861, v. III, p. u 2
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tistique , Laing ajoute : « Si tout le inonde se trouvait dans un état d’aisance, le monde serait bientôt dépeuplé1. »
Enfin, le dernier résidu de la surpopulation relative habite l’enfer du paupérisme. Abstraction faite des vagabonds, des criminels, des prostituées, des mendiants, et de tout ce monde qu’on appelle les classes dangereuses, cette couche sociale se compose de trois catégories.
La première comprend des ouvriers capables de travailler. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les listes statistiques du paupérisme anglais pour s’apercevoir que sa masse, grossissant à chaque crise et dans la phase de stagnation, diminue à chaque reprise des affaires. La seconde catégorie comprend les enfants des pauvres assistés et des orphelins. Ce sont autant de candidats de la réserve industrielle qui , aux époques de haute prospérité, entrent en masse dans le service actif, comme, par exemple, en 1860. La troisième catégorie embrasse les Misérables, d’abord les ouvriers et ouvrières que le développement social a, pour ainsi dire, démonétisés, en supprimant l’œuvre de détail dont la division du travail avait fait leur seule ressource ; puis ceux qui par malheur ont dépassé l’âge normal du salarié; enfin les victimes directes de l’industrie — malades , estropiés , veuves, etc., dont le nombre s’accroît avec celui des machines dangereuses, des mines, des manufactures chimiques, etc.
Le paupérisme est l’hôtel des invalides de l’armée active du travail et le poids mort de sa réserve. Sa production est comprise dans celle de la surpopulation relative, sa nécessité dans la nécessité de celleci, il forme avec elle une condition d’existence de la richesse capitaliste. Il entre dans les faux frais de la production capitaliste, frais dont le capital sait fort bien, d’ailleurs, rejeter la plus grande partie sur les épaules de la classe ouvrière et de la petite classe moyenne.
La réserve industrielle est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables. Les mêmes causes qui développent la force expansive du capital amenant la mise en disponibilité de la force ouvrière, la réserve industrielle doit augmenter avec les ressorts de la richesse. Mais plus la réserve grossit, comparativement à l’armée active du travail, plus grossit aussi la surpopulation consolidée dont la misère est en raison directe du labeur imposé. Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel. Voilà la loi générale, absolue, de l’accumulation capitaliste. L’action de celte loi, comme de toute autre, est naturellement modifiée par des circonstances particulières.
On comprend donc toute la sottise de la sagesse économique qui ne cesse de prêcher aux travailleurs d’accommoder leur nombre aux besoins du capital. Comme si le mécanisme du capital ne e reali-