CHAPITRE VI
ia nature de l’échange des marchandises. Comme le loyer d’une maison, le prix de la force de travail est établi par contrat, bien qu’il ne soit réalisé que postérieurement, ia force de travail est Vendue, bien qu’elle ne soit payée qu’ensuite. Provisoirement, nous supposerons, pour éviter des complications inutiles, que le possesseur de la force de travail en reçoit, dès qu’il la vend, le prix contractuellement stipulé.
Nous connaissons maintenant le mode et la manière dont se détermine la valeur payée au proprietaire de cette marchandise originale, la force de travail. La valeur d’usage qu’il donne en échange à l’acheteur, ne se montre que dans l’emploi même, c’est-à-dire dans la consommation de sa force. Toutes les choses nécessaires à l’accomplissement de cette œuvre , matières premières , etc. sont achetées sur le marché des produits par l’homme aux écus et payées à leur juste prix. La consommation de la force de travail est en même temps production de marchandises et de plus-value. Elle se fait comme la consommation de toute autre marchandise, en dehors du marché ou de la sphère de circulation. Nous allons donc en même temps que le possesseur d’argent et le possesseur de force de travail, quitter cette sphère bruyante où tout se passe à la surface et aux regards de tous, pour les suivre tous deux dans le laboratoire secret de la production,
paye. On lui vend tout à des prix très-élevés, et il se trouve, en fait, lié à la boutique qui l’exploite, et le met à sec. C’est ainsi que, par exemple, à Horningsham in Wilts, où il n’est payé que par mois, la même quantité de farine (8 liv.) que partout ailleurs il a pour 1 sh. 10 d., lui coûte 2 sh. 4 d. » {Sixth Report on Public Health by The Medical Officcr of the Privy Council, etc., 1864, p. 264) «En 1853, les ouvriers imprimeurs de Paisley et de Kilmarnoch (ouest de l’Écosse) eurent recours à une grève pour forcer leurs patrons à les payer tous les quinze jours au lieu de tous les mois. » ( Reports of The h ispectors of Factories for 31 st. Oct. 1853, p. 34.) Comme exemple de l’oxploitation qui résulte pour l’ouvrier du crédit qu’il donne au capitaliste, on peut citer encore la méthode employée en Angleterre par un grand nombre d’exploiteurs de mines de charbon. Comme ils ne payent les travailleurs qu’une fois par mois, ils leur font en attendant le terme des avances, surtout en marchandises que ceux-ci sont obligés d’acheter au-dessus du prix courant (Truck System).* C’est une pratique usuelle chez les propriétaires de mines de houille de payer leurs ouvriers une fois par mois et de leur avancer de l’argent à la fin de chaque semaine intermédiaire. Cet argent leur est donné dans le tommy shop, c’est-à-dire dans la boutique de détail qui appartient au maître, de telle sorte que ce qu’ils reçoivent d’une main ils le rendent de l’autre. » Children’s employment Commission , in Report, London, 1864, p. 38, n. 192.)
SJ* ““l ducIuel il écrit : No admittance . n business *. Là, nous allons voir non-seulem . ?.omraPnt 1° capital produit, mais encore comnlus-v1»!051 frodu*t lui-même. La fabrication de la
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,1; 'm faille un véritable Éden des droits naturels do 1 homme et du citoyen. Ce qui v r{i£rnc seui cest Liberté, Égalité, Propriété IthLlSm Liberté . car ni 1 acheteur m le vendeur d’une marchandise, n agissent par contrainte; au contraire ,\s ne sont déterminés que par leur libre arbitre II» passent contrat ensemble en qualité de personnes libres et possédant les mômes droits. Le contrat est le libre produit dans lequel leurs volontés se donnent une expression juridique commune. Égalité! car ils n’entrent en rapport l’un avec l’autre qu'à titre de possesseurs de marchandise, et ils échangent équivalent contre équivalent. Propriété! car chacun ne dispose que de ce qui lui appartient. Bentham ! car pour chacun d’eux il ne s’agit que de lui-même. La seule force qui les mette en présence et en rapport est celle de leur égoïsme, de leur profit particulier, de leurs intérêts privés. Chacun ne pense qu’à lui, personne ne s’inquiète de l’autre, et c’est précisément pour cela qu’en vertu d’une harmonie préétablie des choses, ou sous les auspices d’une providence tout ingénieuse, travaillant chacun pour soi, chacun chez soi, ils travaillent du même coup à l’utilité générale, à l’intérêt commun.
Au moment où nous sortons de cette sphère de la circulation simple qui fournit au libre-échangistc vulgaire, ses notions, ses idées, sa manière de voir et le critérium de son jugement sur le capital et le salariat, nous voyons, à ce qu’il semble, s’opérer une certaine transformation dans la physionomie des personnages de notre drame. Notre ancien homme aux écus prend les devants et, en qualité de capitaliste, marche le premier; le possesseur de la force de travail le suit par derrière comme son travailleur à lui; celui-là le regard narquois, l’air important et affaire; celui-ci timide, hésitant, rétif, comme quelqu’un qui a porte sa propre peau au marché, et ne peut plus s attendre qu à . une chose : à être tanné.