TRANSFORMATION DU PALAIS SÉNATORIAL
DANS l'acte de réconciliation sig^né entre le pape Innocent VII et le peuple romain, le 27 octobre 1404, il fut stipulé, entre autres conditions, que le palais du Capitole serait rétabli € dans son ancien état > et redeviendrait un lieu de justice. Item concessit dicto populo Romano et voluit quod Capitolium prefate Urbis reducatur et reduci debeat ad formam palatii et loci cornmunis judicii. Il est probable que les Romains avaient profité, contre le pape Innocent VII, des défenses dont son prédécesseur, Boniface IX, avait muni le palais sénatorial, et c'est pourquoi le pape en exig-ea la destruction*.
On ne sait, toutefois, quels furent les travaux exécutés en conséquence; le règne d'Innocent VII fut court (1404-1408) et la papauté avait alors et eut après lui de plus pressantes occupations que la transformation du palais capitolin.
En 141 3, la fenêtre qui donnait du côté de la Roche Tarpéienne, et de laquelle le sénateur était tenu d'assister aux exécutions, fut entourée d'un chambranle de marbre sur lequel on grava les armes du roi de Naples, Vinceslas, tout-puissant alors à Rome, et dont le sénateur Nicolas di Thiano était le représentant*.
On a peu de données sur les travaux exécutés pendant le pon- . tificat de ^Martin V (1417-1431), qui est compté cependant parmi les souverains pontifes ayant travaillé à l'embellissement du Ca-
I. Theiner, Codex Diplom. S. SediSyWl, i3i. Le roi Ladislas était venu au secours du pape, et l'avait aidé, comme naguère Boniface IX, à triompher de la révolte de ses sujets. Infessura, éd. O. Tommasini, p. 10. — 2. De mandato Dni Nicolai de Thiano tune tempore Senatoris Urbis per Dominum regem Venceslaum fecit fieri tabernaciiltim de marniore cum arma sua sculpta in dicto tabernaculo in fenestram palatii Capitolii ubi dictus Dits Senator stat ad videndum quando fiunt justitiœ ut moris est. Muratori, R. Italie. Script. ^ XXIV, 1040, Diarium Romanum. Il s'agit de Niccolo de' Diano, ou Thiano, ou Trano. Vitale, p. 38i ; Olivieri, I, 255.
pitole*. On a retrouvé ses armes gravées sur la tour la plus voisine de l'ég-lise d'Aracœli et sur la façade, donc il est probable qu'il dut restaurer la tour et orner la façade. Un document daté de 1427 rappelle quelques travaux de soutènement accomplis, à ce qu'il semble, en cette année et qui, peut-être, se rattachent à la réfection de la tour laquelle porte son nom *.
Sous le pontificat d'Eug-ène IV, troublé durant dix ans par une rébellion des Romains, on se borna à entretenir le palais; une certaine somme, non spécifiée; fut remboursée le i3 mars 1430 au sénateur Francesco Ferretti d'Ancone pro reparatione palatii Capitolii^.
Aussi le palais était-il en fort mauvais état. Flavio Biondo, l'auteur de Roma instauraidy ouwsLge composé en 1447*, écrit : Pudet pigetque a Capitolio incipientem eius defonnitatem referre,... Nûc vero prœter latericiâ domû a Bonifacio IX ruinis superœdificatatji, qualem mediocris olim fastidisset romanus cives ^ usibus senatoris et causidicorû deputatâ, prœter Arse Cœlifratrû beati Francisci ecclesiâ in Feretrii Jovis t empli fundamentis extructâ, nihil habet is Capitolinus Tarpeiusve mons tantis olim œdificiis exornatus^. Bernardo Ruccellai, qui visita Rome en 1460, dit en parlant du palais du Capitole : t Dove al présente abita il senatore grande parte cascato^. »
I. Albertini, Opusculiim de Mirabilibus Urbis, i5i5, f . 86. — « Dtic. diciocto et bol. octo pacammo a Antonio dello Sancto fallename^ maestro dello palazco per spese per esso facte per reparationi de comandamento del présente senatore corne appare la polissa de di XXIII di décembre. » Archiv. Seg. Vat., Intr. et Ex. Cam. 1423-1424, fol. 177. Décembre 1423. Autres menus payements faits en 1426 et 1427. Ibid., cités par Muntz, Les Antiquités, p. i52. — 2. Muntz, Les Arts à la Cour des Papes, I, 16 : * Solvi faciatis Nobili viro Nuccio de Giaffo, civi roman. y pro èxpensis per ipsum factis in mûris et furcis (M. Miintz pense que ce mot désigne des contreforts), apud Capitolium noviter erectis et factis, fl. 16 de bon. 5o pro quolibet floreno et bon. romanos i5 et denarios 3. » (j8 juillet 1427). ^rc^f V. diS/jlo, Mand. Camer., 1426-1430, fol. 45. Montagnani-Mira- BiLi, p. 33. D'après lui, ce fut Martin V qui coordonna les constructions confuses qui s'élevaient sur le derrière du palais sénatorial, mais la vue qu'en donne Heemskerck prouve que ce travail est postérieur. — 3. Archiv. di Stato, Mand. Camer., 1426-1430, fol. i3o. Ferretti cessa d'être sénateur le 9 mars 1430. Olivieri, p. 261. — 4. Pastor, Histoire des Papes ^ I, 3io; Grego- Rovius, IV, 2o3. Burckiiardt, La Civilisation, I, 222, donne une date un peu antérieure. — 5. Blondi Flavii Forlivicnsis de Roma Triumph. Libridecem, Bàle, i53i ; Roma Instaurata (qui fait suite), Liv. I, § 73. Il faut tenir compte de ce fait que l'auteur était un humaniste, et parlait par comparaison de ce qu'avait été le Capitole au temps de sa splendeur; au §66, à propos de la colline capitoline. Blondi citant Virgile la qualifie de * silvestribus horrida dumis.y> Cependant N. Mulïels, qui vint à Rome en 1462 pour assister au couronnement de l'empereur Frédéric III, parle à peu près dans les mêmes termes du Capitole; il dit qu'on y jetait les animaux morts. (N. Muffei.s, Beschreibting der Sladt Rom, Tiibingen, 1876, p. 52), —6. Archiv, délia R. Soc, Romanadi Storia Patria, IV, fasc. iv, p. 577.
Il en résulta que les magistrats capitolins, au lieu de siéger au Capitule comme les statuts de la ville leur en faisaient, du reste, un devoir, tinrent leurs audiences et convoquèrent le peuple soit dans le cloître, soit sous le portique de l'église d'Aracœli. Cet usage remontait fort loin d'ailleurs, mais n'avait jamais été aussi fréquent qu'il le fut au xv siècle. En 1267, lorsque Guido de Montefeltro, vicaire du sénateur Henri de Castille, détermina les Romains à s'allier aux communes de Pise et de Sienne, et aux autres cités gibelines de la Toscane, il convoqua l'assemblée du peuple dans l'église d'Aracœli*. Les statuts de i363 prescrivent que certaines formalités de justice s'accomplissent en ce lieu; il est vrai que le cas est très particulier et qu'il s'agit d'une attestation plutôt que d'une instruction judiciaire •. L'église était, au surplus, considérée alors comme faisant partie du palais et une aggravation de peine était infligée à ceux qui s'y livraient à quelque excès, de même que s'il s'était agi d'un méfait commis dans l'enceinte du palais'.
Les confirmations des statuts accordées entre 1402 et 1421 portent toutes la mention : Actum in ecclesia S, Marie de Araceli ou Actum in secundo renclaustro Ecclesiœ S. Marie de Araceli ou Actum in renclaustro Ecclesiœ S. Marie de Araceli ou Actum in loco nostre solite residentie de Araceli ou Actum apud Aramceli ou Actum in ambitu secundi reclaustri Araceli^. Une autre série d'actes, les ventes de gabelles, donnent des indications plus précises encore sur l'emplacement où les magistrats populaires avaient coutume de siéger. L'acte de vente de la gabelle du soldanus est datée : Actum Rome ante portam Araceli caput schalis dicte ecclesie; la vente de la gabelle du musc est datée : Actum Rome in domibus residentie dictorum.... Conservatorum site in Araceli ; la gabelle de la vente des draps est datée : Actum Rome in domibus residentie dominorum Conservatorum site infra claustrum conventus S, Marie de Aracœli^.
A partir de 142 1, ces mentions ne se rencontrent plus aussi souvent; cependant le 4 septembre 1428, une lettre testimoniale
I. «... more romano générale et spéciale consilium Comunis Romae f actum fuit in Ecclesia S. Marie de Capitolio fer vocem freconum et sonum campane de hominibus ipsorum Consiliariorum more solito congregatorum, convocatis etiam ad dictum consilium Consulibus Mercatorum et Capitibus artium Urbis Romae... » Delgiudice, Cod. diplom. di Carlo I e JI, t. II, çS. — 2. * Mulier accusata vel inquisita... aut vadat personaliter ad Eccl. s. Mariae de Araceli ad respondendum... » Liv. II, art. 72. — 3. Liv. II, art. m. L'article i5i, qui défend de lancer des pierres et des traits contre les verrières des églises, fait une mention particulière de l'église d'Aracœli. — 4. Stevenson, loc. cit., p. 58, 60, 61, 65, 66, 71,72,74, 198,211, 22i;Gatti, loc. cit. p. i2f, 122. — S. Archiv. di Stato, Reg. Cam. Capit., 1421-1425, fol. 4, i3, 84.
remise par les conservateurs au notaire De Cambis porte : Datum Rome apud Aramcéli locum nostre résidentiel.
Ce fut pour mettre finalement un terme à cette pratique abusive que le pape Martin V, dans la douzième année de son pontificat, en 1429, promulgua une bulle défendant désormais aux sénateurs, conservateurs et autres magistrats de siéger, soit dans le cloître, soit dans l'église d'Aracœli*. D'autre part, le prieur des caporioni fut tenu de rendre la justice dans le palais du Capitole par un des articles de la convention conclue entre le pape Eugène IV et le peuple', de même que le sénateur était tenu par les statuts de la ville d'y résider*. Cependant, il y eut encore des infractions à cette interdiction durant tout le siècle*.
Le pape Nicolas V, qui fit tant pour Rome, s'occupa d'ailleurs de rendre le palais du Capitole plus sortable ; des travaux furent entrepris en l'année 1451, le jubilé ayant apparemment fourni à la Chambre apostolique et à la Chambre urbaine les fonds nécessaires. In nello anno 1461 papa Nicola se deo allô edifitio et ad acconciare Roma... etfece acconciare Campituoglio^ dit Infessura^. L'œuvre du pape fut considérable ; il renforça et sutéleva, s'il ne construisit entièrement, la tour qui se trouve du côté de l'arc de Septime-Sévère et qui prit son nom ; on y voit ses armes tout près du faîte ainsi que celles du pape Innocent VIII et du cardinal Cibo son neveu un peu plus bas. Il restaura les deux tours dites de Boniface IX, qui flanquaient le côté Est du palais; enfin, il suréleva la partie du palais située du côté du Forum. L'entrepreneur Pietro de Varese' dirigea les tra-
I. Cod. Vat., 5994, fol. 72. — 2. P. Casimiro, Memorie, p. 705. —3. E. Rodo- CANACHi. Institutions communales de Rome^ p. i53. — 4. Statuts de i363, Liv. III, art. i. Plus tard, les conservateurs furent également astreints à la résidence. Statuts de i58o, Liv. III, art. iv. — 5. Casimiro cite, p. 707, un acte de 1468 qui commence : * Constitutœ diclœ partes... presenti a domini senatoris ^edentis in quodam lapide marmoreo situm iuxta portam ecclesiœ aracœli versus Capitolium »; un autre acte de 1476 porte : « Actum in regione campitelli et in reclaustro fratrum minorum ecclesix sanctœ Marias de aracœli ex opposito capellx capitularis dictœ ecclesiae »; enfin, un acte de i5o4 : « Constitutus personaliter coram... magnifici viri... Urtis senatoris illustris sedente pro tribunali in quodam sedili marmoreo sito in ecclesia S. Mariœ de Aracœli iuxta ostiiim respiciens palatium Capitolii. ». Un acte, daté du 14 avril 1496, est ainsi conçu : «c Coram notili et sapienti viro d. Johannis Francisci de Mauchis de Tuderto juris utriusque doctori iudice palatino et collaterali Curie Capitolii sedente pro tribunali in quodam pilo marmoreo sito apud portam ecclesix Sancte Marie de Aracœli respicientem palatium Capitolii. » Archiv. Stor. Capit., Prot.,122, car. 227. En 1455, un arrêt reconnaissant l'honnêteté d'une fille « pro honestate dicte puelle » avait été rendu « in quodam podio lapideo sito ante Ecclesiam Sancte Marie Aracoeli », (19 décembre). Archiv. di Stato, Prot. 706, Atti Laurentius di Festis,p. 1. Enfin les statuts de i5i9-i523 reproduisent l'article des statuts de i363 que l'on a cité (Liv. II, art. 72), — 6. Éd. Tommasini, p. 49. — 7. A m*
88 LE QAPITOLE ROMAIN.
vaux* SOUS la surveillance de Nello di Bartolômmeo, délégué par le î>ape. Des artistes en renom, tels que le peintre Bartolommeo di Tommaso de Foligno, le sculpteur Paolo di Mariatlo de Sezze, autrement dit Paolo Romano, travaillèrent à la décoration du palais. Bartolommeo peignit la frise de la grand'salle dans laquelle le sénateur tenait ses audiences, Paolo di Mariano sculpta un encadrement de marbre aux fenêtres du premier étage de la façade, à la gauche de la loggia; un escalier de marbre fut construit nella volta nova, peut-être du côté de Santa Maria Aracœli*. Un marbrier vénitien, Francesco, fit une porte de marbre sous l'image de la Madone qui se trouvait dans le vestibule du palais. Un autre marbrier, Baldassarre, sculpta quatre écussons de marbre aux armes du pape et . construisit deux cheminées de marbre*. Nicolas V aurait pu dire avec vérité, reprenant la pal-oie d'Auguste, qu'il avait trouvé le Capitole de brique et l'avait laissé de marbre. Mais la dépense fut élevée ; durant les années 1451 et 1462, les payements se succèdent et dépassent sensiblement quatre mille ducats, sans compter la tour qui en coûta plus de mille à elle seule.
Les travaux continuèrent sous les pontificats suivants; Pie II fit verser cent quarante florins au charpentier Cencio Jacobi Vannucii, citoyen romain, le 16 janvier 1469, et quarante-neuf florins à Galasso de Bologne, le 17 juillet, pour des travaux exécutés dans la salle des gardes*. Le pape fournissait en même temps à ceux-ci deux mille traits d'arbalète. Antonio de Pontianis mandata cette même année un payement de quatre florins et douze bolognini pour des travaux analogues^.
Pietro de Varese nipote di m* Beltramo adi detto (3i décembre 1462) due c. 1000 di oro di caméra... per parte de la tore fa dietro a Champituoglio a lato deve si vende il, sale a mintito. — ... Per resto esaldo d'achordo de la tore a fat ta a Chanpitoglio a lato ala porta dove si vende il sale in sut chanto da lato dietro. ..y> (9 mars 1453). Muntz, Les Arts à la Cour dâs Papes, I, i5o. Cf. Montagnani, Il Mitseo capitolinOy I, 34. Les mots : « Dove si vende il sale:» se trouvent expliqués au chapitre Tabularium. — i. Bertolotti, Arlisti Lointardi, I, i5. — 2. * A Jacovo de Petrasanta marmoraro per doi porticelle fece nella sala grande di Campitiioglio, et per H gradi delta scala di marmo che sono nella volta noVa, et certi altri lavori, cou accordo.Duc. 34. » Arch. di Stato, Reg. Cam. Capit.; fol. 83, I" janvier 1462. — 3. Muntz, Les Arts à la Cour des Papes, I, i5o. —4. Muntz, Jtid., 294-295. — S.Archiv.di Stato, M. Camer., 14601462, fol. 20. En 1461, sous le pontificat de Pie II, on détruisit quelques restes des monuments antiques. qu se trouvaient encore sur le Capitole : « A m' petro marmoraro con suo garzonc sono per opère XX lavorare a catiar travertini a câpitolio...i2o mai). — A ambrosio da Milano a cauar petre a câpitolio... (24 juin). — A Maganello et suoi compagni a cauâ petre a câpitolio... (décembre). — Silvestro per carrée te xxxvj de petra tirata co suoi bufali... da câpitolio. » Lanciani, iStoria degli 8cavi di Roma. Rome, 1902, I, 67. D'autres fouilles du même genre eurent lieu en i52o, comme il sera dit.