‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 1 sur 70 · VI • PREFACE · texte numérisé non relu

VI • PREFACE

principaux personnages auxquels il se trouva mêlé. J'ai cherché à reproduire la physionomie générale de l'époque que j'avais à parcourir, pour mieux faire ressortir la physionomie particulière de celui qui pendant longtemps y occupa une si large place1.

Voulant avant tout être vrai, je n'ai pas plus atténué les travers et les vices du cardinal de Retz que je n'ai exagéré ses beaux côtés. J'espère néanmoins que ce livre où j'ai eu soin de détruire par d'heureux contrastes le fâcheux effet de la conduite de ce prélat attaché à l'Eglise malgré lui, ne produira en définitive que des impressions salutaires. Cette pensée seule a pu me soutenir dans l'accomplissement d'une tâche que des scandales à jamais déplorables ont souvent rendue pénible.

J'ai fait dans le cours de cet ouvrage d'assez nombreuses citations des Mémoires du cardinal de Retz, soit pour rectifier ce qu'il y a d'erroné dans ses assertions, soit pour faire remarquer les contradictions dont ils fourmillent ou les traits de caractère qu'ils offrent à chaque page, soit enfin pour mettre en relief le merveilleux talent de l'auteur. C'est ainsi que j'ai pu peindre toute une grande époque sans qu'on perdît un seul instant de vue le cardinal de Retz; on l'a toujours devant les yeux ou comme acteur ou comme écrivain.

1. Après avoir composé cet ouvrage, j'ai essayé d'en extraire en quelque sorte le discours demandé par l'Académie. Des circonstances particulières n'ont pas permis que ce travail prît part au concours. On le trouvera à la fin du dernier volume; ce sera, pour le lecteur, comme un résumé du livre lui-même.

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L'unité du livre y gagne beaucoup, ce me semble, et j'évite l'inconvénient de trop détourner l'attention de ce qui doit principalement la fixer. C'était, du reste, le seul genre d'unité que je pusse donner à une œuvre qui devait nécessairement se ressentir de l'incroyable amalgame de bien et de mal qu'on rencontre chez le cardinal de Retz. « Ceux qui veulent, dit Vauvenargues, que les hommes soient tout bons ou tout méchants, absolument grands ou petits, ne connaissent pas la nature. Tout est mélangé dans les hommes. » Ce mélange doit évidemment se retrouver au même degré dans leur portrait, pour qu'il soit fidèle.

Les divers extraits que j'ai cités m'ont aussi permis d'accompagner de temps en temps le récit des faits ou les réflexions qu'ils m'ont inspirés, d'observations purement littéraires, et de jeter par là dans un travail qui est non pas une histoire proprement dite, mais une étude, une variété qui a pour but d'en rendre la lecture plus agréable.

Je dédie mon livre à l'Académie du Gard, heureux de lui témoigner ainsi ma gratitude pour la bienveillance avec laquelle elle a accueilli mes premiers essais =

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