‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 165 sur 203 · I. — Richelieu, écrivain et orateur · texte numérisé non relu

I. — Richelieu, écrivain et orateur

« Richelieu n'était pas un grand écrivain ; il avait des habitudes de raisonnement lentes et compassées, un penchant à l'emphase et à l'abus des figures ; il se complaisait dans l'abondance et le flux du discours. Mais s'il ne sait pas condenser sa pensée ni la parer d'élégance et de grâce, cette pensée est vigoureuse et fière. Sous une phrase molle et diffuse, on sent le nerf et la fermeté de l'idée. A tout moment, du milieu de cette élocution un peu flasque, jaillissent des traits de grandeur et d'énergie. S'il ne vous séduit point par les agréments de la diction, il vous étonne par l'élévation des sentiments et la profondeur du génie; il est admirable de clarté, de bon sens et d'adresse, dans la discussion, merveilleusement habile à vous faire arriver à une décision sans paraître vous y conduire, à vous imposer sa volonté tout en semblant se ranger à la vôtre ' ».

1. Avenel, articles sur les mémoires manuscrits de Richelieu, dans le Journal des savants, 1859, p. 316.

Autre part1, M. Avenel avait dit : « Sans cloute, il y a dans les écrits de Richelieu des pensées dont la hauteur vous étonne, dont la flamme vous éblouit, dont le sens profond révèle le grand politique ; sans doute à travers ce style trop souvent diffus, légèrement atteint de l'enflure espagnole et du goût risqué d'Italie, percent çà et là le génie et l'âme de Richelieu; mais nous ne croyons pas qu'on y trouve deux pages entières belles d'un pur éclat et d'une irréprochable beauté ».

Le jugement est vrai, et cependant sévère ; car je ne sais pas, àcette époque, qui écrit mieux que Richelieu, et je suis sûr que nul auteur de ce temps n'eût été capable d'écrire les belles pages que l'on rencontre dans le Testament politique. Jusqu'à Pascal, la prose du Cardinal est encore la meilleure, la plus claire, la plus nerveuse.

Richelieu soigne son style, il se corrige ; il attacheune certaine importance à l'orthographe, ce que ne font pas les grands personnages d'autrefois2. Il avait à son service plusieurs littérateurs qui revoyaient et corrigeaient ses écrits : Desraarets, Godeau, Chapelain, Gnmbaud, Rautru, Lescot, évêque de Chartres; ce dernier était chargé des écrits religieux.

La Lettre déchiffrée (1627) nous apprend que dès lors on remarque le talent d'écrivain du Cardinal, qu'on admire son talent d'orateur, qu'il aime la poésie et s'y livre volontiers, que ses vers sont « clairs, purs

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