Petit siège sans bras ni dossier
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celte cérémonie, étaient les sièges préparés pour ceux de la parenté du défunt qui devaient représenter le deuil. Vis-à-vis d'eux, à la main gauche, sur une haute chaire, le chancelier de France à la tête du Parlement. De l'autre côté des ambassadeurs, étaient le surintendant des finances, puis les sieurs de la Vrillière, de Chavigny et de Noyers, secrétaires d'État. Derrière eux, les intendants des finances ; et derrière ceux-ci encore, les secrétaires du Conseil et trésoriers de l'épargne. En suite du deuil, et du même côté, étaient la Chambre des Comptes, la Cour des Aides et le Corps de Ville. Les dignités de l'Église remplissaient les derniers sièges de chaque côté vers la porte. Lesquelles séances furent données par ledit maître des cérémonies. Autour de l'autel, sur des échaffauds, étaient plusieurs seigneurs et dames de grande condition.
Les personnes et les choses ainsi disposées, le maître des cérémonies partit de derrière l'autel, après avoir salué toutes les compagnies; et en même temps le roi d'armes (qui fut ce jour-là ie sieur Le Breton père), ayant devant lui les hérauts, partit de dessous la chapelle ardente, et marchant devant ledit maître des cérémonies, ils furent tous ensemble à l'archevêché, où étaient les parents du défunt représentant le deuil, lesquels ils amenèrent dans l'église en l'ordre qui suit : Cent pauvres allaient devant, revêtus de robes et chaperons noirs, chargés devant et derrière d'écussons ; chacun d'eux tenant une torche acostée de doubles écussons aux armes du défunt. Ces pauvres étaient suivis de vingt-trois crieurs, et ceux-ci des quatre hérauts, marchant deux à deux, le roi d'armes derrière, et après lui, le maître des cérémonies et quantité de noblesse et de gardes qui les accompagnaient; et tous, en cet ordre, entrèrent dans l'église, où les deuils furent conduits en leurs places par lesdits maître des cérémonies et hérauts, lesquels relouraèrent aussi dans les leurs.
Puis l'archevêque de Paris, assisté de son clergé, se rendit dans le chœur de l'église, où, ayant commencé sa messe pontificalement, et la musique entonné le Requiem, tous les
luminaires susdits allumés et la chapelle ardente parée de ses ornements : incontinent après l'évangile, le roi d'armes se leva de sa place, salua par ordre toutes les séances; et, prenant un cierge de la main d'un aumônier, se rendit visà-vis du premier deuil, où il s'arrêta; et lors le maître des cérémonies sortit aussi de sa place, et après avoir salué tous les corps et compagnies en séance, alla prendre ledit premier deuil, dont la queue était portée par trois de ses gentilshommes, lequel allant à l'offrande salua toutes les séances; puis le maître des cérémonies prit le cierge dudit roi d'armes et, s'agenouillant près l'archevêque, le présenta audit premier deuil : lequel ayant baisé la Paix, le rendit à un aumônier : et le roi d'armes allant toujours devant le maître des cérémonies, ils reconduisirent ce deuil en sa place, et chacun d'eux retourna en la sienne.
Le premier héraut se leva ensuite el alla faire la même cérémonie à l'autre deuil, qu'il mena à l'offrande, et le reconduisit. Et étant retourné chacun à leur place, un autre héraut fut quérir le sieur de Lingendes, évèque de Sarlat, qu'il mena en la chaire préparée pour l'oraison funèbre, chacun demeurant fort satisfait du bon ordre qu'avait apporté en cette action le maître des cérémonies, et le tout ayant été bien exécuté par le roi d'armes et autres employés en cette action.
La messe fut célébrée et entendue avec grande dévotion, qui ne se trouva point interrompue par l'oraison funèbre, en laquelle l'orateur fil d'autant plus admirer sa doctrine et son éloquence, qu'encore que, depuis vingt ans, les langues plus disertes et les styles plus polis de ce siècle semblassent avoir épuisé tout ce qu'on pouvait dire en la louange du défunt, il enrichit néanmoins son discours de tant de nouvelles pensées et se rendit si agréable à tout son auditoire, des plus capables d'en juger, qu'il n'y eut aucun des assistants qui n'en remportât une satisfaction entière1.