‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 37 sur 203 · Lettres et papiers d'État · texte numérisé non relu

Lettres et papiers d'État

deux petits pays renfermaient les deux plus fortes positions militaires de la Haute-Italie, Mantoue et Casai, et il était essentiel qu'elles ne tombassent pas entre les mains d'un vassal de l'Espagne, c'est-à-dire au pouvoir de l'Espagne. La succession de Mantoue devait revenir incontestablement au duc de Nevers, Charles de Gonzague, qui prit possession du duché; mais aussitôt l'Espagne suscita un compétiteur, le duc de Guastalla, qui fut soutenu par le duc de Savoie, auquel on promit de donner le Montferrat avec Casai.

Mais, pour s'emparer de ce pays, il fallait d'abord prendre Casai, qui fut bien défendu par des volontaires français commandés par M. de Guron. Une armée de 25,000 hommes, destinée à agir contre le duc de Savoie, fut rassemblée à Grenoble ; elle fut dirigée par Richelieu, qui déploya son activité habituelle et traversa les Alpes (le 1er mars 1629) au col du mont Genèvre, encore couvert des neiges de l'hiver. L'extrémité oriental"e du défilé, le pas de Suze, long d'un kilomètre et à peine large de vingt pas, était barricadé, coupé de fossés et défendu par 4,000 hommes. Créqui, Henri de Schomberg et Bassompierre, à la tête de la noblesse, les gardes françaises et suisses se jetèrent sur les barricades avec un admirable élan, pendant que les mousquetaires du Roi, gravissant les hauteurs et tournant la position, firent un feu plongeant sur ses défenseurs, qui prirent la fuite. Le duc de Savoie fut obligé de renoncer à ses prétentions sur le Montferrat, et Toiras fut envoyé à Casai avec 3,000 hommes. Richelieu revint aussitôt d'Italie dans le Languedoc,

et après avoir achevé la soumission des protestants, paria prise de Privas, il leur fit accorder Fédit d'Alais. Ils perdaient tous les privilèges politiques et militaires que leur avait accordés Henri IV et dont ils avaient fait un si mauvais usage ; FÉtat dans l'Etat était supprimé; mais ils conservèrent toutes les libertés religieuses que leur assurait Fédit de Nantes.

Toutes les villes des Gévennes et du Languedoc furent démantelées, et le parti calviniste perdit ainsi le moyen de faire la guerre '.

La question protestante réglée, Richelieu fut investi, par lettres patentes du Roi, en date du 21 novembre 1629, du titre de principal ministre de son État \

1630. A peine délivré de la présence des Français, le duc de Savoie rompit ses engagements et appela les Espagnols. Richelieu, en avril, marcha contre lui, avec le titre de général des armées du Roi : il commandait l'armée, monté sur un magnifique cheval, chapeau a plumes sur la tête, cuirasse sur la poitrine, épée au côté5. Il s'empara de Pignerol, qui donnait à la France une des portes de l'Italie, et, peu de temps après, le duc de Montmorency gagnait la brillante victoire de

1. 11 est remarquable que daus la révolte de Gaston et du due de Montmorency dans le Languedoc, eu 1632, les protestants ue bougèrent pas et restèrent fidèles à Louis XIII, qui dut être satisfait de l'habile politique de son ministre (Lettres et papiers d'État, III, 622).

2. Après la journée des Dupes, Richelieu obtint le gouvernement et l'amirauté de Bretagne; il avait déjà les gouvernements du Havre, de Honfleur, Brest, La Rochelle et Pontoise.

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