Affaires Etrang., lîuiuc, vol. 96o. f
M. Bellocq était un agent consciencieux, mais rarement perspicace ; il ne lui arrivera guère, en effet, de parler du cardinal sans commettre des erreurs de fait ou d'appréciation et, dans sa réponse ù cette dépêche du 11 décembre, le général Sébastiani devra rectifier l'injustice des allégations de son subordonné qui supposait M. de Kohan plus disposé ù rompre avec le gouvernement qu'à s'en rapprocher.
Lorsque M. Bellocq signalait, dans le post-scriptum de sa dépêche et sans y at lâcher autrement d'importance, la mesure qui expulsait de Rome le jeune Louis Bonaparte ; il ne pouvait se douter qu'il consignait, en ces quelques mots, le premier incident des aventures et des coups de main qui devaient élever leur auteur jusqu'au trône de France.
Louis Bonaparte avait été compromis dans un de ces mouvements insurrectionnels qui accompagnent le plus souvent les changements de pontificat ; mais celui-là avait paru assez menaçant pour que le gouvernement romain prît des mesures d'une extrême rigueur. Plusieurs cardinaux avaient risqué y être victimes de violences, et M. de Rohan, un instant bousculé dans une bagarre, se crut reporté aux scènes de Vaugirard et en fui gravement ébranlé. Le Sacré-Collège avait été assez troublé pour qu'il s'arrêtât au projet d'ouvrir clandestinement le conclave ; les appréhensions s'élant calmées, ce fut par la solennelle procession, qui était de tradition, qu'eut lieu l'entrée au conclave (18 décembre 1830).
Mais les mesures de surveillance continuaient, et M. Bellocq, en annonçant que les carabiniers avaient cerné la maison du comte de Montfort (Je'rôme Bonaparte) pour conduire, hors de Ja ville, son fils âgé de seize ans, ajoutait: « La rigueur dont on a usé envers le jeune Bonaparte semble indiquer que les projets avortés auraient eu pour objet de faire jouer un rôle à cette famille. » Puis il termine en annonçant que M. de Rohan est entièrement attaché au cardinal Odescalchi, son ami particulier, et sera vraisemblablement entraîné dans les intérêts de l'Autriche'.
Le bonapartisme, si vivace en 1820 et 1821, avait semblé s'assoupir vers la fin de la Restauration. Les journées de Juillet le réveillèrent et l'on peut se demander si le drapeau tricolore ne donna pas le signal de sa revanche. Cette compromission des princes, qui va continuer à s'aftîrmer, dans les soulèvements des légations, avait pour but d'acquérir à leur parti la jeunesse républicaine, et ils ne tarderont pas de voir venir à eux des hommes tels que Carrel, Godefroy Cavaignac, Edgard Quinet.
Le général Sébastian! répondait, par une dépêche de sa main, à la dernière communication de son chargé d'affaires ; mais celte dépèche était adressée à M. de La Tour-Maubourg, notre ambassadeur extraordinaire près le conclave.