‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 50 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE CARDINAL MANNING SE PREPARE AUX QUESTIONS SOCIALES DANS LES COMMISSIONS POUR LE LOGEMENT DES PAUVRES ET POUR L'ÉDUCATION NATIONALE. — SON OPPOSITION AUX ÉCOLES NEUTRES DANS L'INTÉRÈT DU PEUPLE ET DE LA CIVILISATION CHRÉTIENNE.

Être charitable pour le peuple, est-ce suffisant? Est-ce tout? Le peuple a-t-il autre chose que des misères à soulager? a-t-il des droits à faire valoir? [ci nous mettons le pied sur le terrain social, terrain brûlant quand on veut suivre jusqu'au bout le cardinal Manning. Nous le suivrons pour partager ses idées, ou du moins pour les faire connaître.

Les travaux de Manning dans les commissions du logement des pauvres et de l'éducation publique Tacheminèrent peu à peu vers les théories sociales.

(( La question du logement des pauvres est très grave et touche par plus d'un côté aux devoirs de l'État et à la bonne conduite de l'individu.

(( Sans un foyer fixe, sain et agréable, il est difficile que la société domestique se maintienne.

(( La maison est la citadelle de la famille. Un homme sans foyer est un homme insouciant.

(( Il n'y a que peu de patriotisme dans un pays oii personne ne s'inquiète de lutter pro aris et fociSy et nos ancêtres avaient bien raison de n'attacher le titre de citoyen actif qu'au paiement de l'impôt sur les foyers. Ils diminuaient ainsi le nombre des vagabonds, et faisaient reposer sur la base solide et large des intérieurs domestiques tout Tédifice de la vie sociale.

(( Qu'étaient autrefois, dans les districts ruraux, les habitations du peuple? J'en ai vu beaucoup dans ma jeunesse. Elles étaient pauvres et cependant belles , oui, réellement belles. J'ai là, sous les yeux, dans ma mémoire ravie, des maisons du comté de Sussex, humbles petites maisons avec de jolis petits jardins, un mobilier très simple mais luisant de propreté; dans l'âtre, au cœur de la chaumière, un rouge feu de tourbe; et au dehors, sur le seuil de la porte, un groupe de beaux enfants jouant au grand air; l'image de la pauvreté partout, c'est

vrai, mais partout le gai rayonnement du bonheur (1).

(( Ce que sont maintenant les habitations d'ouvriers dans la plupart des grands centres industriels, je ne veux point le savoir; mais je puis dire qu'à Londres on trouve des exemples de misère épouvantable.

(( Des familles entières vivent dans une seule salle; parfois plusieurs familles grouillent ensemble dans la même pièce, chacune dans son coin. Est-ce tolérable?

(( Manquer d'espace, manquer d'air ; ne pas mieux respirer au dehors qu'au dedans par la négligence du service des voiries et de l'écoulement des eaux; n'avoir qu'une chambre comme dortoir, séchoir, atelier, cuisine; être exposé, dans ces réduits, à toutes sortes d'affections chroniques, lymphatisme, scrofule, chlorose, que sais-je? et aux maladies aiguës les plus graves, petite vérole, fièvre typhoïde, etc.;

1. Ce gracieux tableau me fait penser à nos maisonneUcs flamandes avec leur toit de chaume et leur enclos de légumes et de fleurs. Ces maisonnettes sont divisées en deux demeures pour que les ménages puissent s'entr' aider. Ainsi nos pères avaient-ils résolu la question du logement pour les ouvriers agricoles.

vivre dans une promiscuité déplorable, ou dans le contact d'un monde interlope, ou dans le voisinage de cabarets borgnes, avec tous les vices qui résultent de là, naissances illégitimes, alcoolisme, engloutissement de l'épargne; dépérir dans ces bouges au moral comme au physique, alors que non loin de là les richesses s'accumulent et les capitaux s'entassent par monceaux, par montagnes, au profit de quelques classes ou de quelques individus : est-ce un état de choses qui puisse continuer indéfiniment?

(( Non, je le déclare, sur des bases pareilles une société ne peut pas tenir debout i^l) ! »

C'est en 1885 que le Cardinal entra dans la commission royale pour le logement des pauvres. Il prit immédiatement part à tous ses travaux : diminution des loyers, encouragements aux building-societies ou sociétés libres de construction, création de maisons salubres et de bâtiments à chambres isolées pour la classe la plus pauvre, surveillance de l'hygiène et de la pro-

\. The Rights of Labour (passîm). Miscellaiiies, vol. IL — Commentaire sur l'Encyclique, texte anglais, p. 14.

Cf. Rapport de M. Siegfried devant la commission dutravail, 29 juin 1892.

prêté, suppression ou mise à Técart des tavernes et autres établissements dangereux. Ainsi travaillait-il à procurer, par tous les moyens possibles, à chaque famille, cette chose si douce, si bienfaisante et si chère au cœur anglais : le home!

Il prononçait même à ce propos une parole qui n'a Pair de rien, mais qui annonce une théorie capitale. C'est un jalon qu'il pose là : (( Le foyer étant la base de toute constitution sociale, nous sommes en droit de conclure qu'un minimum de salaire équitable sous-eniend V entretien d'un modeste intérieur (1). » Nous reviendrons sur ce point.

Un an après avoir été nommé membre de la Commission des logements, le Cardinal entra dans la Commission qui s'occupe de l'Instruction publique ou, comme disent les Anglais, de VÉducation nationale. Il a beaucoup écrit sur ce sujet, qui est d'une actualité universelle. « Si jamais le feu divin fut nécessaire ici-bas, c'est à l'heure présente, pour la bataille scolaire qui

1. Commentaire sur VEncy digue, p. 14. « We may therefore take the maintenance of a home as the minimum of a just wage. »

fait rage clans la Grande-Bretagne et dans le monde entier (1). »

Dès les premiers jours de son épiscopat, Planning pose le principe d'où il ne s'écartera point. (( Un enfant chrétien a droit à une éducation chrétienne , un enfant catholique , à une éducation catholique (2) . »

Les hostilités s'engagent à propos des enfants des Unions, On appelle Unions des maisons centrales de travail pour les pauvres , maisons entretenues par les subventions de plusieurs paroisses. Les enfants des Unions peuvent être assimilés à ceux de FAssistance publique en France.

En 1866, M^ Manning dénonce à ses compatriotes l'injustice que l'on commet en forçant ceux de ces enfants qui sont catholiques à se rendre dans une école protestante, ce Pour faire cesser cet abus intolérable , je voudrais mettre en mouvement tout le pays , depuis notre gracieuse Reine qui est un modèle de mère pour ses enfants et pour ses sujets , jusqu'au dernier

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