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chef avait résolu de faire le grand pas, tout cela entretenait les espérances de M^^ Wiseman. Le 43 février 1845le Sheldohian Théâtre vit se jouer une scène mémo-^ rable, la scène finale du Mouvement d'Oxford, suivant le mot du doyen Stanley. Un vote de la Convocation retira son grade à M. Ward. Le Tract 90 n'évita une condamnation formelle que par une intervention amicale des Proctors qui y opposèrent iQwvveto, M. Oakeley déclara publiquement que la censure portée contre M. Ward Fatteignait lui-même. Pusey et le parti modéré se séparèrent ouvertement des martyrs du jour dans leur manière d'entendre la doctrine tractarienne, et ne s'aventurèrent plus à revendiquer Newman comme un des leurs.
A partir du 13 février 1845 ^ Wiseman semble avoir attendu chaque jour la nouvelle de l'abjuration de Newman. Février passe; aucune nouvelle. Mars, avril^ mai, juin, rien encore, qui fasse deviner une décision chez le reclus de Littlemore.
L'impatience, à Oscott, devenait intolérable. Mali^ cieusement, quelques anciens catholiques insinuaient qu'après tout la grande conversion finirait par rester en route. Wiseman savait que toute intervention directe de sa part serait une complication de plus. Mais, pour son tempérament, l'inaction était impossible. Bernard Smith fut donc député pour aller voir Newrftan à Littlemore. Un vieil ami comme lui pouvait faire cette démarche et, une fois là-bas, il regarderait de tous se& yeux pour voir où l'on en était.
' Date de la dégradation de Ward. — La traduction de tout ce récit est empruntée à l'article du R. P. Bremond : Wiseman et les conversions cVOxforcL Études des RR. PP. Jésuites, 20 sept. 1898.
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Depuis des années, Newman s'était fait une loi de ne laisser deviner qu'à des signes imperceptibles, dans quelle direction il allait. Depuis 1840, il avait officié de moins en moins souvent à Saint-Mary's pour préparer ceux qui observaient son attitude à la nouvelle de sa prochaine démission. En se retirant à Littlemore, deux ans après, il voulait insinuer qu'il n'était pas assez sûr de sa position pour rester à Oxford comme leader. L'année suivante, il choisit, pour rétracter ses violences de parole contre Rome, un journal de peu de lecteurs. Chacun de ces indices, à peine perceptible au public, était plein de sens pour les initiés. « Newman, dit le doyen Stanley, comme l'esclave de Midas, disait tout bas son secret aux roseaux. » Or ce fut à l'occasion de la visite de Smith que le dernier de ces murmures fut chuchoté.
Rappelons-nous la scène. La petite ligne de pauvres maisons où demeurent Newman et un groupe de ses fidèles, Dalgairns, St John, Bowles et Stanton. Deux visiteurs habituels, A. Christie et Walker. A l'intérieur, une vie d'abnégation et de simplicité. Tous les jours, récitation de l'office. Deux repas par jour : le déjeuner, très court, pris debout, et le dîner. En carême, pas de viande. La moitié du jour, un silence de chartreux. Le matin, prière, lecture, travail. Puis Newman faisait un tour de promenade avec ses disciples. Alors c'était la fascination d'antan. Marchant de ce pas rapide que ses compagnons pouvaient à peine suivre, il parlait de tout, sauf du point qui le tenait dans une constante angoisse. Il causait encore un peu après dîner, en sortant de table, puis se remettait au travail.
Nous avons aujourd'hui les détails de cette agonie. 11 lui restait la dernière étape douloureuse. La théorie du
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développement du dogme allait le rassurer sur l'orthodoxie des modifications apportées par Rome à la doctrine primitive, ce qui, si longtemps, Tavait détourné d'un changement de communion. Les survivants nous le montrent, debout à son bureau, écrivant incessamment, restant, vers la fin, quatorze heures par jour à composer son livre. Les plus jeunes regardaient avec une sorte de terreur religieuse l'impénétrable recteur, qui jamais ne communiquait ses pensées, sauf en confidence, à St John; qui jamais ne leur laissait entendre s'il comptait — oui ou non — leur voir faire le dernier pas. De jour en jour il semblait devenir plus pâle, plus grand, plus maigre, à la fin presque transparent, quand, devant la fenêtre ensoleillée, il travaillait à sa tâche. On remarqua qu'il avait cessé de lire le service anglican de la communion. Un des derniers arrivés à Littlemore avait su qu'à moins d'être prêt à se convertir au catholicisme romain, il ne serait pas admis dans la petite communauté. Mais tout cela était si secret qu'au moment même où Newman annonça l'arrivée du P. Dominique, un de ces jeunes hommes ignorait encore comment tout cela allait finir. Tel était le sévère et mystérieux aspect de Littlemore, quand M"" Smith arriva. Newman le reçut avec une froideur marquée. Il dit quelques mots et quitta la salle. Les autres, plus à l'aise, se serrèrent autour du converti, avides d'entendre parler d'Oscott et des catholiques anglais. En effet, pendant que les anciens catholiques affectaient de ne pas s'intéresser aux agissements de cette « bande d'étudiants », les hommes d'Oxford, de leur côté, n'étaient pas sans quelques soupçons mauvais sur l'avenir. Y aurait-il moyen de
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vivre avec ces catholiques? N'était-ce pas des gen& impossibles, sans éducation ? Smith, heureusement, avait été à bonnes enseignes. Wiseman, Spenceiv Errington, Philipps, c'était presque le charme et la distinction d'Oxford. La discussion continua, et il fut bientôt évident, pour les traclariens^ que leur ancien compagnon était heureux dans sa nouvelle vie. Newman reparut une seconde pour inviter Smith à dîner avec eux.
Then came the last whisper. L'heure était venue où le dernier murmure allait être chuchoté. Au moment du repas, Newman entra lentement dans la salle, et s'arrêta un instant avant de s'asseoir. Smith remarqua qu'il portait un pantalon gris. Ce rien avait pour l'ancien vicaire de Newman une signification décisive. Tous les^ amis du grand homme savaient la rigueur de ses prin-> cipes sur le costume clérical. Laisser ce costume, c'était dire à Smith, et par lui à Oscott, que Newman se regardait dorénavant comme un simple laïque. Le chef des tractariens avait deviné le vrai but de la visite de son ami. Wiseman voulait par là savoir s'il pouvait, oui ou non, compter sur lui. La réponse était donnée. Le grand changement n'était pas loin.
Au commencement d'août, lord Shrewsbury donna comme certaine la « glorieuse nouvelle » de la conversion de Ward. Newman, ajoutait-il, ne peut rester longtemps en arrière. Août s'achève, septembre s'achève. Le» plus jeunes newmaniens ne peuvent plus attendre. Dalgairns et St John laissent Littlemore et sont reçus dans l'Eglise. Stanton s'en va et écrit à Newman que, dans les premiers jours d'octobre, il serait re^îu à Stonyhurst.
« Pourquoi n'être pas reçus ensemble ? lui répond
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Newman. Le P. Dominique, passionniste, vient ici le Spour me recevoir; revenez pour ce jour. »
Le soir du 8 octobre 1845, Stanton et le P. Dominique arrivèrent presque en même temps. Le lendemain, Newman, Stanton et Bowles furent baptisés sous condition, et quelques minutes virent s'accomplir Vévénement quv pendant tant d'années, avait fait tressaillir, de crainte ou d'espoir, lant de milliers d'âmes...
Alors Newman, toujours entièrement réservé, toujours silencieux, toujours calme en parlant à ses confrères,, écrivit par manière de conclusion dans le manuscrit de son livre sur le Développement, demeuré inachevé sur sa table, ces paroles dont un grand critique ^ a dit « qu'on se les rappelerait aussi longtemps que durera la langue anglaise » :
« Telles étaient les pensées sur la « bienheureuse vision de la paix » d'un de ceux qui ne cessèrent jamais de supplier la miséricorde infinie de ne pas mépriser l'œuvre de ses mains et de ne pas l'abandonner à luimême alors que ses yeux étaient troubles encore et sa poitrine oppressée, et qu'il ne pouvait se servir que de la raison dans les choses de foi. Et maintenant, cher lecteur, le temps est court et l'Éternité est longue. NV rejetez pas ce que vous avez trouvé dans ces pages ; ne le repoussez pas comme un simple sujet de controverse transitoire. Ne le rejetez pas de parti pris, en cherchant la meilleure manière de vous en débarrasser. Ne vous laissez point séduire par la supposition que ce sont là les pensées d'une âme ennuyée, déçue, agitée, blessée dans ses sentiments, victime d'une sensibilité excessive
i . M. HuUon.
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OU de toute autre faiblesse. Ne vous retranchez pas dans les souvenirs et les idées du passé ; ne déclarez pas vrai ce que vous désirez être la vérité ; ne vous faites pas une idole de vos idées préconçues. Le temps est court, l'Eternité est longue. Nunc dimittis servum tuum^ Domine^ secundum verbum tuum in pace. Quia viderunt oculi mei salutare tuum, »
Cependant la vie avait repris à Littlemore^presque son cours ordinaire, et Newman faisait rarement allusion au grand changement qui s'était opéré. On remarquait seulement en lui plus de douceur et une gaieté inaccoutumée. 11 fut bientôt convenu qu'il se rendrait à Oscott pour y recevoir la confirmation des mains de M»"" Wiseman.
Le 31 octobre, les convertis arrivaient à Oscott : la rencontre entre Newman et Wiseman n'était certes pas banale. Le grand leader d'Oxford, reconnaissant enfin la victoire de Rome, venait, pour ainsi dire, rendre son épée à celui qui, depuis longtemps, lui répétait qu'il n'avait plus qu'à se rendre. Simple laïque, ayant renoncé à ses titres universitaires, il venait, en pauvreté et simplicité, demander la grâce de la confirmation. La foi l'amenait à Oscott, mais elle ne pouvait délier sa langue et l'empêcher de sentir l'embarras de cette première entrevue. Il fut conduit au salon avec Saint-John et Walker qui l'accompagnaient, et bientôt Wiseman entra, suivi de Spencer et de Smith. Même gêne des deux côtés. Wiseman put à peine trouver quelques mots pour demander des nouvelles du voyage. Un accueil triomphal aurait été aussi déplacé que des félicitations banales. Le silence convenait seul en face d'un homme qui revenait d'une pareille agonie. Pendant que leurs compagnons causaient
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plus librement entre eux, les deux personnages restaient assis presque sans parler. Bientôt on vint dire à Tévêque qu'un enfant l'attendait pour se confesser, et Wiseman saisit au vol cette occasion de disparaître * . »
La confirmation fut donnée le 1®' novembre, fête de la Toussaint, et, la glace étant brisée, Wiseman et Newman s'abandonnèrent à de longues causeries sur le passé' et sur Favenir. Le vieux Collège près d'Oscott, retraite favorite de Tévêque Milner au commencement de ce siècle, fut mis, libre de tout loyer, à la disposition de Newman et de ses amis, pour devenir, pendant quelque temps du moins, leur nouveau Littlemore. Ils rappelèrent Maryvale.
Saint-John etDalgairns offrirent à Newman un missel romain en souvenir du jour de sa confirmation. Bien que Dalgairns fût alors en France, le présent fut fait au nom de tous deux. Newman écrivit à la première feuille du missel la célèbre inscription des Néophytes, se départant de sa réserve ordinaire et laissant entrevoir le sentiment qu'il avait de la situation. Tous trois avaient choisi le nom de Marie pour le prénom qu'on a coutume de prendre en telle circonstance. L'inscription était ainsi conçue :