A .MONSIEUR ADOLPHE BRISSON
Quand, fidèle à mon seul désir et n'écoutant que mon inspiration, sans me soucier du faux goût à la mode ni des procédés et des trucs de la routine, fai commencé d'écrire pour le théâtre, fêtais l'humble apprenti qui étudie la vie, — la faible vie mêlée d'ombre et de jour et toute tissée de mystère... je m'avançais par une voie inconnue, mal explorée, inquiétante.
Tous les artistes connaissent des heures de doute... Voici que s'offre à eux l'Ange du découragement, nocturne et mortellement triste... Il nous dit de renoncer à une lutte sans merci, et il confronte notre ambition à son trivial avatar... C'est alors quune voix qui nous parle de gloire peut sauver une âme de la chute dans les abîmes.
Pourquoi, maintenant, ne vous V avouer ais-je pas?
En aimant, jadis. Le Roi sans Couronne, — à une époque où peu comprenaient mes efforts, où la plupart n'y discernaient que de misérables rêves présomptueux! — vous m'avez rendu un service considérable... Plus tard, La Tragédie royale vous a paru trop cruelle et trop dure... Mais vos objections m'ont été précieuses, elles m'ont rendu plus chères vos marques d'estime.
Et puisque ce conte dramatique vous a séduit, puisque cette pauvre histoire vous a été au cœur et vous a semblé touchante, laissez-moi donc vous l'offrir. Cest une légende que les critiques ne sont d'aucune utilité pour les auteurs. En vous dédiant Le Carnaval, j'espère vous faire sentir ma vive gratitude.