ACTE DEUXIÈME
l'a dit... Et ce n'est pas la première fois depuis ce matin (a Petite Lie.) Tu peux aller jouer, ma chérie, oui, va... Prends la poupée et puis joue sur le lit... Écoute, Hélène, tu vas juger comment elles interprètent tout... Marcel...
HÉLÈNE, très troublée, soudain.
Marcel...
CÉLINE, sérieuse.
Marcel... Tu as tout de même seize ans, on peut bien causer avec toi de certaines choses... Marcel, il paraît qu'il te compromet !
HÉLÈNE^ brusquement.
Il me...
CÉLINE, elle rit.
Oui ! Voilà ! Seize ans ! Et un pauvre jeune homme qui n'a même pas vingt ans et avec lequel tu as fait des châteaux de sable dans les
squares !... (Elle fait un geste vers Marcel toujours à lire derrière
le vitrage.) Rcgardc-moi un peu ce fameux garçon! Il te compromet! Il compromet ça. Une gamine
pareille! Une vraie mioche d'un sou... Non, alors, en faut-il une imagination!... Elles en ont dit à l'oncle... Oh! elles lui en ont dit!... Il en était bleu, ton malheureux oncle!... (EUe rit.) Vous vous êtes embrassés ce matin, paraît-il ?
HÉLÈNE, confuse.
Nous...
PETITE LIE, qui écoute en jouant.
Mais si, Hélène... Oh! ça, si, Hélène !
Plusieurs fois ?
HÉLÈNE, confuse.
Mais, maman...
CÉLINE, riant.
Combien ?
HÉLÈNE, avec décision.
Maman... Maman...
PETITE LIE
Et aussi ils pleuraient !
HÉLÈNE, se défendant.
Mais pas le moins du monde !
CÉLINE, étonnée un peu.
Et vous avez pleuré ?
HÉLÈNE
Je t'assure... non, non*!...
PETITE LIE, i Hélène.
Même qu'il te disait qu*il voulait t'emmener !...
HÉLÈNE
Tu mens !...
CÉLINE, regardant sa fille avec un mouvement subit.
C'est toi qui mens !...
HÉLÈNE
Moi?
CÉLINE, à Petite Lie.
Va jouer, ma chérie, va avec ton oncle, ma chérie, tu peux sortir, lu n'as pas besoin d'écouter les conversations comme ça ! Demande à ton oncle de t'emmener voir le cortège? Il y a des chars magnifiques, j'en suis sûre! Et tu n'entends pas déjà ces musiques? Allons, allons, tu reviendras, tu reviendras...
Petite Lie sort. On la voit qui parle à l'oncle dans le magasin. Tous deux s'en vont dans la rue d'où arrivent depuis un moment des échos de fanfares variées et lointaines, des rumeurs de foule en fêle qui se prolongeront et reprendront nà et là, 1res discrètement jusqu'au baisser du rideau. Cependant Céline et Hélène se sont d'abord regardées en silence. Céline prend le visage de sa fille dans ses mains.
CÉLINE, bas, brusquement.
Tu l'aimes?
/ HELENE, bas, éclatant en sanglots.
Oui.
CÉLINE, bas, avec stupeur.
Toi, tu l'aimes, mais tu n'es qu'une enfant !