ACTE DEUXIÈME
Petite Lie n'est pas plus mort que Tautre, et il m'a quittée lui aussi !... Ah! lui aussi!... Mais est-ce que vous n'êtes pas mes enfants, toutes les deux? N'êtes-vous pas doublement mes enfants toutes les deux? Et puis, est-ce que tu sais, Hélène, est-ce que tu sais ? Tu veux faire lafîèreavec moi, oui, fais la tière... Mais peutêtre... ah! peut-être qu'un jour tu repenserasà moi avec moins de mépris, peut-être que tu auras du remords de m'avoir traitée comme tu le fais maintenant... Oh! je ne le souhaite pas, crois-le, va, ma fille, car s'il vient un jour où tu aies pitié, c'est que tu seras alors, à ton tour, bien malheureuse !... Tu Tas trouvé, Tamour... D'abord l'as-tu trouvé ?... Tu crois ça ; tu crois ça? Ah! parbleu, on croit toujours ça naturellement, mais plus tard peut-êlre que tu comprendras. Ah ! va, c'est un bien drôle de carnaval la vie ! chacun porte son masque, alors, comme on se trompe ! Et même ses enfants que l'on ne connaît pas!... Un jour, tu verras, tu verras, ma fille ; les désillusions viennent plus vite qu'on ne s'imagine... Quand on commence comme nous l'existence à seize ans, à trente on a déjà passé par toutes les peines... Un jour.
s'il t'a menti... Oui, petite gredine que tu es, s'il t'a menti... Oh! il ne peut pas te mentir, bien entendu. Mais il y en a, va, qui m'ont menti... et je n'étais pas vilaine moi non plus.
(Elle se dresse sur son lit secouant sa magnifique chevelure dans une
attitude de défi superbe.) Rcgarde-moi, Fegarde-moi ! Est-ce que tu me trouves vilaine?... Ils étaient fous de moi ! Ils étaient fous de moi!... C'était comme ton Marcel avec loi, la même chose...
MARCEL, il s'en va en sanglotant.
Ah! Hélène, lu entends comme elle parle !... ah! Hélène!...
HÉLÈNE, elle court à lui.
Où vas-tu, Marcel ? (a sa mèro.) Tu l'as insulté!...
CÉLINE
Je l'ai insulté ?
HÉLÈNE
Et maintenant, il s'en va à cause de toi!... de toi !
CÉLINE, se dressant sur son Ut.
Ma petite!... Toi... loi! Oh! tu ne seras pas assez méchante! Tu ne vas pas me laisser? C'est trop, ça, c'est trop ! Hélène, tu ne vas pas me laisser là, Hélène !...
Elle s'est dressée sur son lit et tout en criant et en gémissant, elle veut descendre. Elle voit Hélène éperdue qui appelle Marcel. Marcel qui a ouvert la porte du magasin, et qui disparaît saisi sur le seuil par deux filles qui chantaient depuis un instant là, d'une voix saoule et qui, en criant des mots d'amour, l'entraînent. Elle (end les bras et tombe sur le parquet. Petite Lie vient d'entrer dans la chambre restée ouverte. Petite Lie glapit terriblement. L oncle Anthime, les tantes reparaissent, se mettent en devoir de relever Céline. Pendant un instant c'est un tumulte épouvantable qu accompagne le brouhaha au dehors d'une musique de fête qui passe sur la place. Hélène est revenue.