SCÈNE PREMIÈRE
GORENFLOT, UN MARCHAND DE BILLETS, UNE BOUQUETIÈRE, MASQUES, puis FI- FINE.
(// est minuit. Des groupes de masques se croisent, on entre chez le costumier et chez le marchand de comestibles. Gorenflot, déguisé en arlequin, fume sa pipe et cire ses souliers à la porte de la maison, qui fait face au public.)
PREMIER GROUPE DE MASQUES. Oh! ch ! boup !
(Chantant.)
Bacchanal {Bis.) C'est le refrain du carnaval, etc.
(Ils s'éloignent.) DEUXIÈME GROUPE, chantant.
Driun*... drinn! drinn!.. drinnl.. etc. Oh! eh! lestitis!.. les pierrots!., les débardeurs!., oh eh!.. (Il s'éloigne.)
LA BOUQUETIÈRE. Fleurlssez vos dames!., la belle violette!.. t
LE MARCHAND DE BILLETS. Billets d'Opéra... billets de bal !.. moins cher qu'au bureau !..
GOREKFLOT, chantant et cirant ses souliers. Petits oiseaux, venez sur ma fenêtre...
(S' interrompant.) Sapristi!., mes excarpins ne veulent pas reluire!., est-ce assez sciant d'être concierge! . vMà tout le monde qui vadéjà au bal... et moi faut que j'attende que mes rats de locataires soient couchés!., c'est égal... je suis content de mon costume!., quand mam'selle Fifine meverra ficelé comme ça, elle sera trop heureuse d'accepter mon bras pour aller soa'c/îer ensemble! tiens, la v'ià qui sort de chez le costumier...
FIFINE^ entrant, un paquet à la main. Trois francs une cauchoise!., c'est salé... mais l'anse du panier n'a pas étéinvenléepour les Cosaques., et j'ai attrapé aujourd'hui une chouette condition... bonne de confiance chez un jeune homme seul... en voila des places pour faire son beurre et avoir du bon temps... allons vile m'habiller.
GORENFLOT, se posant devant elle comme arlequin. C'est moi, belle Fifine!
FIFINE. Comment vous, monsieur Gorenflot, en arlequin! ah! ah! que vous êtes cocasse!
GORENFLOT. Costume chiqué!..
iiFiNi:. Quelle idée avez-veus eue de vous déguiser?
GORENFLOT. Maisdaoi» !.. l'idée de faire mon car-
naval, comme vous, comme tout le monde, et do rigoler un brin... en garçon...
FIFINE. Sournois que vous êtes!., voilà pourquoi vous avez envoyé votre femme chez sa tanle, à Lonjumeau.
GORENFLOT. Azéma est si jalouse!
FIFINE. Et de plus, elle a la main leste^ pas vrai?., et si elle venait à savoir...
GORENFLOT. Oh! c'est pas VOUS, mam'scUeFifine, qui voudriez me trahir... pas plus que je voudrais dire à votre nouveau bourgeois...
FIFINE. Bah! un garçon!., c'est pasbienrigide!.. celui-là surtout, je l'ai déjà servi il y a quatre ans. D'ailleurs il est revenu à Paris tout exprès pour le carnaval, et il passera toute la nuit au bal... mais vous, qui gardera vot' loge?
GORENFLOT. Ma loge!., qu'est-ce que j'y ferais dans ma loge? Vol' bourgeois passe la nuit dehors... tous les autres locataires sont des vieilles ganaches qui ne tarderont pas à s'endormir... et puis d'ailleurs il y aura mon chien...
FIFINE. Pour tirer le cordon !
GORENFLOT. Eh! allez donc... tenez, mam'selle Fifine, il me pousse une inspiration!., si je vous offrais d'êlre ma Colombine?
FIFINE. Votre Colombine?..
GORENFLOT. Une entrée au bal du Sauvage, ou à celui de l'Entonnoir, des rafraîchissements ad libertum, et sur le coup de quatre heures, une tête de veau à l'huile, ça vous va-t-il?
FIFINE. As-tu fini, méchant!
GORENFLOT. En tout bien, tout honneur, mademoiselle Fifine!
FIFINE, avec indignation. Un homme marié... me proposer le bal du Sauvage... quelle infamie !.. {Changeant de ton.) Ah! si c'était le bal de r.4/)Jbègu...
GORENFLOT. Eh bien ! va pour l'Ambègu... je me iette dans les dépenses folles!..
FIFINE. Non... non... ça ferait jaser.... d'ailleurs, j'ai promis à des cuisinières, des femmes de chambre de mes amies d'être de leur société.
GORENFLOT. Oh! joHo bonno!..
FIFINE. Voulez-vous vous taire!... homme marié!., et puis ça se plaindra... pour des bêtises, qu'on leur fera une fois par hasard!., bonsoir. {Elle va pour rentrer.)
GORENFLOT, la retenant. Ècoulez-moi donc, mam'selle Fiûne!..