‹ Le carnaval des marisChapitre 37 sur 45 · FOUINARD, BLAIREAU · texte numérisé non relu

FOUINARD, BLAIREAU

BLAIREAU. Garçon, vile un verre d'eau!., delà fleur d'oranger!..

FOUINARD. Blaireau!..

BLAIREAU, très-surpris, Fouinard ! sous ce costume!..

FOUINARD. Ah! mon ami une aventure

atroce!., j'ai failli être arrêté...

BLAIREAU. J'ai manqué être mis en pièces !

FOUINARD. Pour un cancan dont je suis innocent...

BLAIREAU. Moi, pour un baiser dont je suis coupable!

FOUINARD. Comment, un baiser?.. Expliquetoil..

BLAIREAU. Tu sais bien ce joli domino rose que j'avais remarqué au bal...

FOUINARD. El que tu as suivi en me plantant là.

BLAIREAU. Hélas, pourquoi l'ai-je quitté!.. {Reprenant le récit.) Après quelques tours dans le couloir, j'aborde... j'offre mon bras, des rafraîchissements... on accepte... nous nous rendons au foyer... et nous prenons du punch.

FOUINARD. Du punch!

BLAIREAU. Ah! Fouinard! que d'esprit!., la conversation la plus piquante! l'organe le plus enchanteur! j'étais subjugué! fasciné!

FOUINARD. Ensuite?..

BLAIREAU. Une ritournelle se fait entendre... je propose une contredanse, ,. j'entraîne mon charmant domino et nous nous mettons en place... mais le punch que j'avais bu, le bruit de l'orchestre, les grâces de ma danseuse, tout cela me porte à la tête... en6n, que te dirai-jeP... je risque un bâiêer... aussitôt je reçois dans l'estomac un coup de poing... et j'entends une grosso voix m'appeler : animal!..

FOUINARD. Et qui donc s'était permis?

BLAIREAU. Qui?., ma danseuse... mon domino rose.

FOUINARD. Comment?..

BLAIREAU. C'était un homme!

FOUINARD. Un homme !

BLAIREAU. Oui, mon cher, un sous-ofïicier de cavalerie légère.

FOUINARD. Ah! mon Dieu!

BLAIREAU. Surpris de cette brusque attaque... vexé d'avoir été pris pour dupe, je veux riposter... mais la foule s'amasse... on crie... on me menace... je vois briller des tricornes... alors, effrayé, plus mort que vif, je tente un effort désespéré... je m'élance hors du bal, poursuivi par les huées... les quolibets.. .je cours tout d'une haleine jusqu'à cette maison... et... me voici!

FOUINARD, après un moment. Ah! mon pauvre ami! voilà un fichu carnaval!

BLAIREAU. A qui le dis-tu!

FOUINARD. Pourquoi n'ai-je pas terminé mon inventaire!

BLAIREAU. Je suis bien fâché d'avoir quitté Louloule!

FOUINARD. J'ai bien mal à la tête, Blaireau ! BLAIREAU. Fouinard, je crains de couver une jaunisse!

FOUINARD. Rentrer chez moi avant le jour, sans éveiller mes commis, nos femmes, c'est impossible! pour comble de fatalité j'ai perdu mon passe-partout.

BLAIREAU. Il sera tombé de ta poche, lors de l'algarade du balcon.

FOUINARD. Que faire?., que devenir d'ici là?.. BLAIREAU. Si nous cssayions de manger un morceau?..

FOUINARD. Au fait, tu as raison... ça fera passer le temps,

BLAIREAU. Et ça Dous remettra de toutes nos émotions de cette nuit.

FOUINARD. Seulement ne restons pas dans ce salon... il pourrait y venir des connaissances... des confrères... nous avons tant de chance !

BLAIREAU. Prenons un cabinet. {Appelant.) Garçon !

LE GARÇON, entrant. Ces messieurs désirent quelque chose?

FOUINARD. Avez-vous un cabinet vacant?

LE GARÇON. Au second, je crois qu'oui, Mon-

LE CARNAVAL DESJIARIS,

gieur. {On sonne en dehors.) Voilà, voilà!.. (/î sort.)

^iMREKV , à Fouinard. ^[onlonsl {Fausse sortie. Fouinard s'arrête et va à la chaise où sont le paletot et le turban qu'il met sur sa tête.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que tu as sur la tôte?.. un turban!

FOUINARD, s arrêtant. Un turban? Comment, on m'a pris mon chapeau?.. {Regardant le turban.) Ce turban ne m'a jamais appartenu... Et ce palelol?.. {L'examinant.) Mais je le reconnais! c'est celui de Sylvestre... Il a pris le mien! .

BLAIREAU, étonné. Comment, Sylvestre?..

FOUINARD. Oui, oui, je te conterai cela, viens, suis-moi!

ENSEMBLE

Air : Jie veux vous embrasser (Cocarde).

Cherchons un cabinet,

tJn refuge discret, Où sans crainte d'orage, Nous puissions à loisir Nous donner le plaisir De manger uu potage.

FOUINARD, regardant le paletot.

Sur moi vraiment.

Avec acharnement Le dieu d'hymen se venge :

Pour un Elbeuf, Pour uu castor tout neuf, Des loques en échange!

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