Le carnaval sanctifie par le pieux souvenir des douleurs de Marie
NOUS avons vu et approuvé un petit cuvrage intitulé : Le Carnaval Sanctifié, par le pieux souvenir des Douleurs de Marie ; et nous en recommandons la lecture à tous les fidèles de notre Diocèse.
Donné à Montréal, le 28 Décembre 1848.
f |G, Evêque de Montréal.
Si quelqu'un n'aime pas Jésus-Christ, qu'il soit anathème, dit saint Paul. Pourquoi n'en pourrait-on pas dire autant de celui qui n'aimerait pas Marie, la Mère chérie de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Anathème donc, oui, Anathème celui qui n'aime pas la mère de Jésus et la nôtre.Puisqu'elle est Mère de Dieu, vous lui devez un amour respectueux; puisqu'elle est votre Mère, vous lui devez lia amour tendre et filial.
Mais si vous l'aimez, comme je veux le croire, il est bien juste que vous preniez intérêt à tout ce qui regarde sa gloire, et se qui touche son excellent cœur. Il est impossible de l'aimer, et de ne pas tâcher que tous ses Enfants la consolent : il est impossible de
l'aimer, et de pas compatir àj ses douleurs. Marie est affligée, son cœur est plongé dans l'amertume et dans une extrême désolation, elle s'abreuve de ses larmes. Mais quelle est la cause de ses douleurs? Les ignominies, les tourmenset la croix de Jésus, son Fils unique. Que font cependant les chrétiens ses enfans, en ce temps de carnaval ? Si vous parcourez tous les lieux, toutes les rues de la ville,vous les verrez tous inondes de gens qui mettent leur plaisir à eacher sous les vêtemens et les masques les plus ridicules la figure humaine et le caractère chrétien. Prêtez l'oreille au bruit dont les maisons retentissent : elles sont remplies d'hommes et de femmes qui dansent jour et nuit, et qui s'abandonnent à la joie la plus extravagante, dans les thèatres,on représente aune foule de spectateurs attendris les malheurs supposés d'un amant forcené, tandis que Maiùe pleure seule et sans qu'on pense à elle, sur les douleures trop réelles dont elle est accablée.
Comment pourrait-on être si insensible aux douleurs de cette aimable Mère, et montrer un si grand attendrissement pour des créatures qui nous entraînent à notre p^rte ? On fait cependant encore pis ; en effet à quoi
aboutissent les insensés divertissements du carnaval, à des péchés, à des offenses de Dieu* Ainsi, au lieu de consoler Makie, les chrétiens renouvellent la cause de ses douleurs par les outrages continuels qu'ils font à son divin Fils. On ne peut presque plus appeler Temps de la Passion celui du carême.
Il est donc bien juste qu'en ce malheureux temps les Enfans de Marie se livrent à un tendre souvenir et à la compassion de ses douleurs ; et c'est le but des considérations que je vous propose sur les principales douleurs de la Mèro de Dieu, j'y ai ajouté des exemples et des pratiques qui peuvent rendre cette dévotion plus fervente et plus profitable.
N'avez-vous pas vous-même besoin de compassion? N'éprouvez-vous pas des peines au sujet de votre famille, de vos biens, de vos enfans, de votre santé,de votre honneur. Mais trouvez-vous des personnes qui prennent part à vos peines 1 Souvent ceux q i devraient s'y intéresser le plus, sont ceux ii vous affligent d'avanlage, comme il est ar vè au saint homme Job, dont le corps était dévoré parles vers, et le cœur tourment* par les reproches de sa femme et de ses amis»
Ah ' si vous désirez de la reconnaissance.fai- ♦es à votre véritable Mère tout le bien que vous pourrez ; ayez compassion de Marie, et elle aura compassion de vous.
Vous avez un bien plus grand besoin de cornpassion pour le malheureux état de votre âme qui se trouve peut-être réduite à la tiédeur, ou souillée de péché. Cependant vous trouverez peu de personnes qui sacnent compatir à vos maux, excepté Marie qui vous porte une affection maternelle. Pleurez donc surles douleurs du cœur de Marte, et Marie offrira ses larmes à son divin Fils pour le salut de votre âme. Comment pourriez-vous ne pas vous sauver, si Marie pleure devant le trône de Dieu pour vous obtenir cette grâce ! Lorsque sainte Monique, mère de sa.nt Augustin; suivait avec une vive douleur son filsadônaé aux vices, elle parvint aune ville gouvernée par un saint évoque. Cette mère affligée se jeta à ses pieds, et par ses sourrrs ses sanglots et ses larmes, recommenda Ht pnères le salut de son fils. Alors le saint Prélat éclairé d'une lumière surnaturelle, dit à cette pauvre Mère : Ayez curage, car un fils pour lequel sa mère répand tant de larmes, ne peut périr. Je du à plus forte raison,
que celui-là ne peut périr, dont Marie demande le salut par ses larmes.
Si vous aimez le Cœur de Jésus, c'est encore une raison de plus pour que vous honoriez le Cœur de Marie dans les douleurs. Ces deux Cœurs n'en foi ment presqu'un seul, et on ne peut honorer le cœur de Marie sans plaire â celui de Jésus. Leurs allégresses et leurs douleurs sonteommunes. Marie est affligée des afflictions de Jésus et Jésus souffre des douleurs de Marie. Leurs peines ont le même objet: les péchés et les ingratitudes des chrétiens. Si donc vous compatissez au Cœur de Marie, si vous tâchez de lui procurt r du soulagement, votre compassion sera aussi agréable au Cœur de son divin Fils. Si vous témoignez votre amour à ces deux cœurs vous obtiendiez sans doute qu'ils vous aiment eux-mêmes.
La plus grande grâce que vous devez attendre de Marie, pour récompense de cette dévotion, c'e^t la protection de cette divine Mère à l'heure de votre mort; car Marie assiste ses enfans à ce dernier moment. Le premier, si j'ose le dire, auquel elle rendit ce service, fut Jésus-Christ. Mais vous jouirez aussi de sa présence à voire agonie, si
vous savez maintenant compatir aux douleurs que son Cœur a éprouvées à la mort de Jésus. Quel bonheur de mourir en prononçant le nom de Matue ! Mais le comble de la félicité, c'est de rendre Pâme dans les mainsde Marie, qui la portera aux pieds du trône de Dieu dans le royaume de la bienheureuse éternité. Ainsi-soit-il.
Règlement qu'on pourra suivre pour pratiquer publiquement cette dévotion.
§. I. Le premier jour.
lo. Au pied d'un Autel où Von aura exposé une image de Notre-Dame des dob leurs, le Prêtre récitera les sept courtes Oraisons et les sept Ave,e?i l'honneur des sept principales clouleurs de M A rie, comme il est indiqué à la fin de ce livre. A chaque Oraison, on pourra chanter un ter set ou stiophe de V hymne Stabat.
2o. Ensuite le Prêtre, du haut de 1? autel ou de la chaire, fera, une courte exhortation pour engager les fidèles à pr tiquer cette dévotion ; puis il lira la Considération, et /il le juge à
propos, V exemple du jour. 3. On exposer a le Saint Sacrement sur l'autel ; on chantera le Tant uni ergo, et on donnera la bénédiction.
§. II. Les jours suivants.
lo. Le Prêtre récitera les srpt Ornons et les sept Ave, comme ci-dessus,
2o.ll lira la Consicléation du jour et on récitera, le SaUe Regina, pour la propagation de cette dévotion-
3o. On donn$ra la bénédiction > commt il est dit ci-dessus,
§. III. Le dernier Dimanche de Carnaval.
On fera comme le premier jour ; mais le discours aura pour objet d'exciter les fidèles àhonorer avec plus de ferveur les douleurs du -Cœur de M arIe pendant les derniers jours de Carnaval, et spécialement à s'approcher le dernier jour des Sacremens de Pénitence et d'Eucharistie.
§. IV. Le dernier jour de Carnaval.
(Nota : l'on n'emploie pas de musique, s1 l'on en craint des abus.)
On disposera tout pour P administration des Sac?'^^ens de Pénitence et d Eucharistie, et Von distribuera les heures des Messes.
L'après-midi, le Prêtre commencera la cérémonie comme les autres jours ,
Après les Oraisons et les Ave, on exposera le Saint Sacrement ; on chantera le Te Devwi, pour remercier le Seigneur de ce qu'on a sanctifié le temps du Carnaval en honorant les douleurs du Cœur de Marie ; ensuite le Tantum ergo, enfin la bénédiction.
Autre Règlement plus facile pour pratitiquPï cette dévotion publiquement.
Il est très-désirable que cette dévotion soit pratiquée dans toutes les églises,parcequ'elle empêchera beaucoup de mal, et. procurera de grands biens. Comme la méthode cidessus indiquée pourrait offrir des difficultés, en voici une'autre plus simple; Qu'on expose sur un autel une image de Notre-Dame des douleurs. Qu'on y célèbre chaque jour la sainte Messe à l'heure où il pourra venir un plus grand nombre de personnes. Après l'Evangiie, le célébrant lira la Considération du jour. Peut-on touver quelque chose de plus
court et de plus facile 1 Cependant on peut en espérer un plus grand fruit. ; il arrivera du moins que les assistans s'occuperont d'honorer par leur compassion, Marié dans ses douleurs, de réparer les injures faites à elle et à son divin Fils en temps de Carnaval, et ils s'efforceront de retirer par leurs insinuations quelques imprudens des divertissemens dangereux.
Enfin si absolument il vient trop peu de personnes à la Messe aux jours ordinaires, on pourra pratiquer cette dévotion seulement les Dimanches et les Fêtes, en lisant la considération qu'on jugera plus convenable, et en proposant une pratique et une oraison jaculatoire jusqu'à la Fête suivante. Cet exercice ne sera pas sans fruit ; il attirera la bénédiction de Dieu et le secours de Marie.
Manière de pratiquer cette dévotion en particulier.
Ceux qui ne peuvent se rendre à l'Eglise, sont priés, pour l'amour de Marie, de faire cet exercice à leur maison ; voici la manière. On rassemble les personnes de la maison devant une image de Notre-Dame des
douleurs, qu'on orne le mieux qu'on peut. On récite chaque jour en sa présence quelques prières, pur exemple le Chapelet, ou du moins les Litanies de ia sainte Vierge ; ensuite on lit la considération et l'exemple du jour, on propose la pratique et l'oraison jaculatoire ; enfin on récite le Salve Régina, pour demander la propagation de cette dévotion.
O ! quel contentement vous éprouverez à la mort, si vous pratiquez fidèlement tous les ans ce pieux exercice !
LE
(Lundi.)
Tout Chrétien doit avoir compassion de?
douleurs du Cœur de Marie.
• Pour avoir compassion d'un misérable accablé de douleurs, il suffit de ne pas être féroce- La seule vue d'une personne affligée, cause de la tristesse à quiconque n'e>t pas dépourvu de cœur Quelle affliction doit donc éprouver un Chrétien, en contemplant e Cœur de Marie opprime de tant de douleurs ? La compassion qu'il porte à Marie est d'autant plus vive, qu'il réfléchit davantage sur la dignité et la sainteté de la personne qui souffre. Marie n'est pas une fille d'Adam semblable aux autres ; elle est la Reine des Anges, elle est bénie entre toutes les femmes
elle est la très-pure Mère de Dieu 5 que peuton dire de plus ?
Pensez bien. Chrétien, que la personne qui souffre est aussi votre Mère. Ce motif suffit pour exciter votre compassion, si vous ne voulez pas renoncer au titre de .«-on fils. Mais puisque Marie est votre Mère, ce n'est pas assez d'avoir compassion d'elle, il faut encore la consoler autant que vous le pouvez. Savez-vous pourquoi Marie est plongée dans cet abîme de misère ? C'est pour son fils, c'està-dire pour vous 5 oui, c'est pour vous et pour votre salut que Marie s'est sacrifiée avec son Fils unique. Seriez.- vous assez ingrat envers une mère si libérale, pour refuser de la soulager dans son agonie ?
Soyez assuré que si vous pleurez avec Marie, elle vous fera un jour part de sa joie en Paradis. Si Jésus-Christ a promis une grande récompense à ceux qui consolent les affligés, que ne fera-t-ii pas pour ceux qui consolent sa Mère, qui lui est bien plus chère que toutes les autres créatures 1 Vous êtes sans doute aussi dans les afflictions, vous avez des déplaisir de la part des autres, des misères en votre âme, des angoisesde cœur, des frayeurs de la mort. Eh bien, compatissez au
Cœnr de Marie, et Marie aura aussi compassion de vous.
EXEMPLE
Saint Pierre de Vérone fut envoyé par Innocent IV. ( Siniscalchi, p. 290. ), pour examiner le nouvel Ordre des Servîtes. Marie voulut lui faire connaître elle-même la sainteté de son nouvel Ordre ; et pour cela elle lui montra dans plusieurs extases une haute montagne environnée d'une brillante lumière, et ornée de superbes fleurs, sur lesquelles était placé un trône majestueux pour Marie; et beaucoup d'Anges lui offraient des guirlandes admirables, et spécialement sept lis d'une blancheur éclatante. Pierre vit que Marie prit ces lis avec complaisance, les plaça sur son Cœur, et fit des guirlandes une grande couronne qu'elle posa sur sôÈ auguste tête. Pierre ne comprit ce mystère que lorsqu'il lui fut expliqué par Marte. Elle lui apparut de nouveau, vêtue de deuil, lui montra ses sept premiers serviteurs, qu'elle couvrait de son manteau, et lui dit; " Sache que la montagne u ornée de fleurs que tu as vue plusieurs fois " en extase, signifie le nouvel Ordre institué " par moi en mémoire des douleurs que j'aji
16 LE CAKNAVAL SANCTIFIÉ.
" souffertes dans la passion et la mort de mon " Jésus. J'ai voulu qu'en cet Ordre on portât " un habit lugubre, semblable à celui que j'ai " eu dans mon veuvage et ma solitude. Les " fleurs dont les Anges formaient des guirlan- " des sont les Saints et les Saintes de cet Or- {' dre qui me servent de couronne. Les sept '? lis qui brillent d'un éclat plus vif, signifient 66 mes sept Serviteurs que j'ai choisis pour " fonder cet Ordre ; j'ai voulu qu'ils fussent au (i nombre de sept, parce que c'est le nombre " de mes principales douleurs. Tu communi- " queras tout cela an Souverain Pontif ; et " pour que tu aide à défendre et à, soutenir " cet Ordre, qu'il te suffise de savoir qu'il est " mon ouvrage. " Pierre se rendit aussitôt auprès des Serviteurs favorisés de Marie, leur rapporta ce qui lui était arrivé; Il en fît part à Innocent IV, et il s'employa toute sa vie à favoriser de toutes ses forces l'Ordre des Servîtes.
PRATIQUE
Réciter sept Avè Maria, en l'honneur des sept douleurs de Marie.
ORAISON jacULATOIRE.
Sainte Mère accablée de douleurs, faites que vos douleurs, soient gravées dans tous les cœurs.