‹ Le carrosse du Saint-Sacrement: comédie en un acteChapitre 13 sur 28 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

LE VICE-ROI

Rien, rien, rien.

PÉRICHOLE.

Ou je pleure !

Je Youdrais me servir du carrosse royal.

LE VICE-ROI, riant.

Connaît-on votre nom dedans TEscurial ?

Êtes-vous Auditeur, Vice-Roi, Chanoinesse ?

PÉRICHOLE.

Je suis tout à la fois la force et la jeunesse :

La reine de Saba, la reine Thomyris,

La déesse Vénus, la bergère Cypris

Et môme la très sainte et martyre Justine.

LE VICB-ROI.

Ah ! ah !

PÉRICHOLE.

Avec raison donc je me le destine, Mon cher Andresillo, mon cher petit papa.

Votre mauvaise humeur à Finstant me trompa, Vous riez maintenant et comme à l'ordinaire Vous serez bon, et je vous aime et vous vénère.

Prenez un autre temps pour obtenir de moi Des faveurs, Périchole.

PÉRICHOLE.

Andresillo, pourquoi?

Faut-il que je retourne à pied et toute triste. Et que j'aille pleurer près de ma camériste,

Moi qui, pour honorer Dieu, pensais aujourd'hui En carrosse tout neuf aller jusque chez ]ui ! Vous êtes un cruel homme.

Combien yous coûte Ce carrosse ?

LE VICE-ROI

Laissez ce beau carrosse !

PÉRICHOLE.

Écoute!

LE VIGE-ROI.

Non ! Des personnes m'ont mis, Périchole, au courant De votre conduite.

PÉRICHOLE.

Ah!

LE VICE-ROI

J'en reste indifférent...

Ma passion n'étant plus comme hier aveuglée.

Aussi vous m'en voyez tout à fait désolée !

LE VICE-ROI

J'entendrais néanmoins, mais rien qu'en curieux, Votre défense.

Que veut-elle, avec les yeux Levés au ciel ?

PÉRICHOLE.

Le beau carrosse !

SGËNE QUATRIÈME. 21

LE VICE-ROI

Folle î folle !

Commençons par Hernan que votre mine affole.

Il vous aime d'amour ?

PÉRICHOLE.

Je le croirais assez.

LE VICE-ROI

Et la robe qu'il vous offrit ces jours passés...

PÉRICHOLE.

U devait remplacer aussi cette mantille

Que je viens d'accrocher, toute en point de Gastille.

LE VICE-ROI

On Ta surpris, Hernan, l'autre nuit, mi-vétu Près de votre maison...

Me renseigneras-tu.

Vive Dieu ! Gamila, comédienne habile, Si c'est faux ou vrai ?

PÉRICHOLE.

Vous me voyez immobile De stupeur, monseigneur, pour cette énormité !

LE VICE-ROI

De l'air avec lequel on dit la vérité

Vous me gratifiez maintes fois d'un mensonge ;

Aussi ne nous verrons-nous désormais qu'en songe :

Je romps, dès aujourd'hui, toute relation,

Entendez, Périchole, et sans rémission.

Votre flegme n'est pas celui de l'innocence.

PÉRICHOLE, ayec emphase.

Du désespoir, seigneur ! Mais levons la séance

Des reproches amers, car dans moins qu'un instant Vous m'allez demander pardon, et Ton entend Les cloches, ce sera trop tard... On carillonne La messe, monseigneur vice-roi, je bouillonne... Accorde vite, vite... On officierait donc Sans moi, mon Dieu ! mon Dieu !

LE VICE-ROI

Vous demander pardon !

Madame, pour le coup, c'est de TelTronterie.

PÉRICHOLE, allant yen la fenêtre, à gaoche.

Par ce joyeux soleil, Andrès, je vous en prie, Examinez un peu comme il me serait doux D*étre mise en carrosse au beau milieu de tous Ces braves Péruviens qui chantent à tue-tête; Ils ont mis leurs foulards et leurs manteaux de fête. Leurs passequilles d'or font bien. Excepté moi, — Et vous conséquemment, monseigneur vice-roi, — La ville exulte.

LE VICE-ROI

Enfm voulez-vous pas, madame, Que je m'excuse à vous et me suppose infâme De savoir, par hasard, les noms des deux manants. Du capitaine et du matador éminents, Qu'en personne d'un goût relevé vous choisites ? Et de n'ignorer pas les multiples visites Qu'ils vous font tour à tour, à ma barbe, à mon nez ? Je suis aussi niais que vous en convenez.

Mais je m'arrête alors que cela devient grave. Et que, décidément, votre honte me brave.

Puisque vous préférez, madame, en vérité, La quantité,

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