SCÈNE DEUXIÈME
MARTINEZ
Mais, monseigneur, je ne sais quoi vraiment...
LE VICE-ROI
Parle! Renseigne-moi dessus le sentiment Que mes amis, les tiens, ont sur la Périchole ; Si je la trouve sage, on peut la trouver folle. Et lequel a raison suivant toi ?
MARTINEZ
Je ne sais.
LE VICE-ROI
Afin d'avoir le droit d'entamer son procès.
Sache que Périchole est ta pire ennemie.
Pourquoi? De quel affront insultas-tu ma mie? Pour qu'elle ait formulé cet incroyable vœu De voir dans ton fauteuil installer le neveu Du cordonnier qui fait ses chers brodequins roses. Et de quel rose encor ? Parle donc si tu l'oses î Tu m'agaces avec tes petits airs confus.
Hein ? me répondrais- tu, drôle, par un refus ?
MARTINEZ
Non, nonl Mais justement, tant ma reconnaissance Est grande, monseigneur, si par obéissance Je dois vous rapporter les propos médisants Qu'un tas d'esprits aussi bêtes que malfaisants Peuvent tenir.
Ah! ah!
MARTINEZ
Comprenez ma réserve.
LE VICE-ROI
Eh ! pour paralyser à ce point-là ta verve,
11 faut un motif grave, et voilà le moment De venir me prouver ton grand attachement.
Prouve donc I Prouve donc et vite. Je te somme D'être d'une franchise immédiate, jeune homme I
MARTINEZ
Fort bien. Voilà! voilà! Mais j'y vais à regret Puisque je n'en crois mot.
LE VICE-ROI
Marche!
MARTINEZ
On raconterait Qu'un marchand du quartier aurait vendu sept aunes D'un satin aux couleurs rougeoyantes et jaunes Au capitaine Hernan.
LE VICE-ROI
Hernan!
MARTINEZ
Pour cent ducats.
Au fait 1 Allons ! allons !
MARTINEZ
Et puis qu'à grand fracas, Avec le beau satin et le poing sur la hanche, La belle aurait marché dans la ville dimanche.
LE VICE-ROI
Et qui t'a raconté l'histoire ?