SCÈNE DEUXIÈME
LE VICE-ROI, à part.
Ma vieille tête éclate et mon vieux cœur a froid.
Hant.
Martinez, je te nomme intendant. Continue.
HARTINEZ.
Je finirai par une histoire saugrenue.
Vous connaissez Ramon, hardi toréador Dont le costume bleu de ciel rehaussé d'or Étincelle au soleil qui flambe sur l'arène; Ramon qui ferait battre un cœur de souveraine, Ramon, seigneur, Ramon, Tadmirable espada Qu'on rencontre ivre-mort dans quelque posada, Après chaque combat où mille mains exquises De courtisanes, de boui^eoises, de marquises Lancèrent les objets les plus extravagants Avec leurs éventails, leurs mouchoirs et leurs gants Sur sa cape, sur son plastron et sur sa tête ; Ramon qui d'un regard magnétise sa béte...
LE VICE-ROI
D'un semblable récit serait-il le héros,
Ton Ramon, grand tueur de cœurs et de taureaux?
MARTINEZ
A cette course où Votre Altesse était absente, Ramon, de la façon la plus intéressante.
Amena l'animal au-dessous du polco Qu'occupaient Périchole et dame Valaco — La prude gouvernante — et, d'un familier geste. Offrit le sacrifice à votre belle, et, leste. Dès qu'il eut opéré, partit à reculons.
Debout, les bras levés et ses petits talons
Trépignant, trépignant. Âhl monseigneur, votre ange Criait : « Bravo, Ramon ! » Et sur un ton étrange : « Oh! mon Ramon... » L'orchestre était au boléro. Les mulets traînaient le cadavre du taureau.
Le vainqueur terminait par une révérence, Lorsqu'on vit Périchole, avec exubérance.
Se défaire d'un lourd collier d'or ou d'argent Que l'homme ramassa d'un bel air négligent.
Sûrement le collier est tombé par mégarde, La généreuse enfant l'a laissé.
LE VICE-ROI
Dieu me garde!
MARTINEZ
Et depuis, ce Ramon, matador et bandit Porte en sautoir l'objet.
LE VICE-ROI
Vraiment?
MARTINEZ
A ce qu'on dit.
LE VICE-ROI, furieux.
Allez en d'autres lieux, faquin, vantard, parjure! Sortez!
MARTINEZ
Quoi? monseigneur, mais c'est une gageure, Vous plaisantez ?
LE VIGE-ROI.
Comment? Vous me trouvez plaisant?
Regardez-moi donc bien face à face à présent.