‹ Le cartilage primordial et son ossification dans le crâne humain avant la naissanceChapitre 5 sur 30 · PARTIE ÉCAILLEUSE · texte numérisé non relu

PARTIE ÉCAILLEUSE

La partie supérieure, qui ne se forme pas dans du cartilage, est encore membraneuse chez les fœtus de deux mois et s’ossifie un peu plus tard que le frontal, que j'ai trouvé ossifié dans une étendue de 3mm chez des fœtus âgés d’un peu plus de deux mois. L’ossification commence chez les fœtus de deux mois et demi et se manifeste par un épaississement impair transversal, du bord inférieur duquel partent des pointes qui s’enfoncent dans le cartilage de la partie inférieure; on peut aussi sous le microscope voir les élémens des deux parties mêlés entre eux. Chez les fœtus de trois mois et demi l’ossification est complète, son bord supérieur est convexe, et les rayons osseux de la partie inférieure sont placés devant ceux de la partie supérieure. A mesure que l’ossification s'étend sur les côtés, il peut se former entre les deux parties une fissure cunéiforme qui est remplie par l’apophyse pétroso-occipitale de la partie pierreuse du cartilage primordial, dont il sera question plus loin; lorsque cette partie s’ossifie et se creuse en un sillon qui est l’origine des gouttières latérales, elle est située au bas de la ligne demi-circulaire supérieure. Chez les fœtus de quatre mois l'ossification a la forme d’une demi-lune, dans le bord inférieur concave de laquelle les rayons osseux des deux parties sont assez également mêlés entre eux, la protubérance occipitale externe leur servant de point de départ principal. Le bord supérieur convexe devient graduellement plus dentelé, et toute la partie prend la forme quelle a à la naissance. Des vestiges de la fissure entre les parties supérieure et inférieure peuvent se rencontrer, même plusieurs années après la naissance, un peu au-dessus de la protubérance occipitale externe et dans les gouttières latérales ou un peu au-dessus On peut aussi comme variété trouver une fissure verticale dans cette partie, de manière quelle semble composée de deux portions latérales, mais ce n’est pas la forme

1 C. Bruch, Beitràge zur Entwickelungsgeschichte des Menschen; Denkschriften der schweizerischen naturforschenden Gesellschaft 1852, 12, Pag. 145. R. Virchow, Untersuchungen tiber die Entwickelung des Schadelgrundes im gesunden und kranken Zustande und über den Einfluss derselben auf Schàdelform, Gesichtsbildung und Gehirnbau 1857, Pag. 12. — Les fissures de l’écaille sont bien représentées par B. S. Albinus, icônes ossium foetus humani 1737, Tab. 2, Fig 6, Tab. 3, Fig 10, 1 1 , 13.

régulière; il n’y a deux points d’ossification ni dans la partie supérieure ni dans l’inférieure, comme le prétendent M. Huxley1 et M. Kôlliker2.

La partie inférieure au bas de la ligne demi-circulaire supérieure s’ossifie dans la partie occipito-mastoïdienne du cartilage primordial. Elle peut d’abord être plus mince que la partie supérieure, mais plus tard elle est en général plus épaisse. Les cartilages des deux côtés se rencontrent dans la ligne médiane du corps, et le lieu de réunion est de bonne heure indiqué par une petite protubérance. Dans cette partie moyenne il se développe, précisément au bas de la ligne demi-circulaire supérieure, un épaississement transversal, impair, ovale et limité du cartilage. On le trouve chez les foetus âgés d’un peu plus de deux mois et peut en même temps y découvrir les traces d’une calcification, mais la véritable ossification ne survient qu’un peu plus tard; chez les fœtus de trois mois et demi il y a des corpuscules osseux, et comme il semble, plus tôt dans la lamelle postérieure de l’ossification que dans l’antérieure. En général l’ossification apparaît un peu plus tard que dans la partie supérieure, et on voit donc également ici qu’un os appelé secondaire peut s’ossifier plus tôt qu’un os primaire; j’ai cependant examiné un fœtus de trois mois, chez lequel la partie supérieure était encore membraneuse, en même temps que la partie inférieure contenait des corpuscules osseux clairs et que son bord supérieur était rempli de cellules cartilagineuses entassées. L’ossification ovale devient alors pointue à ses deux extrémités, les bords deviennent dentelés et s’enfonçent en haut entre les pointes de l’ossification de la partie supérieure, après quoi les ossifications des deux parties se soudent. L’aponévrose épicranienne les couvre sans interruption, et sous le microscope on voit le cours vertical de ses fibres longitudinales; sur la surface antérieure des ossifications repose une couche continue et riche en noyaux. Toutefois la ligne demi-circulaire supérieure plus ou moins prononcée indique toujours la limite entre les ossifications, et la couleur différente que présente leur substance à l’œil nu, révèle longtemps la diversité de leur origine. Lorsque les deux ossifications sont soudées, elles continuent à croître aussi bien en haut et en bas que vers les côtés. En bas, l’ossification se fait aux dépens de la partie

1 T. H. Huxley, lectures on the éléments of comparative anatomy 1864, Pag. 143.

2 A. Kôlliker, Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 450. — A. Rambaud et C. Renault (origine et développement des os 1864, Pag. 103, PI. 7, Fig. I, h) admettent et représentent deux points d'ossification situés dans la partie supérieure de l’écaille, et réunis par un cartilage qui n’y existe pas; mais ils semblent tout à fait ignorer la doctrine du cartilage primordial du crâne et adoptent encore la formation directe de corpuscules osseux des cellules cartilagineuses. Ils ont dessiné PI. 7 et 8 diverses variétés, entre autres aussi l’os épactal. Cfr. aussi F. B. Hagen, vorlaufige Mittheilung über die Entwickelungsgeschichte des menschlichen Occiput und die abnormen Bildungen des Os occipitis; Monatsbericht der kgl. preussischen Academie der Wissenschaften zu Berlin, Mârz 1879, Pag. 267.

occipito-mastoïdienne, mais ce cartilage s’accroît néanmoins continuellement en étendue et en épaisseur, surtout en dehors vers les côtés. Les cartilages des deux côtés se réunissent en général dans la ligne médiane du corps, sans toutefois se souder. Pendant ce développement, la membrane spinoso-occipitale s’interpose entre eux, et ils sont en outre, mais pas toujours, séparés par une pointe ou un prolongement en forme de langue (os Kerckringii, os épactal, manubrium squamæ occipitalis Virchow), qui, du bord inférieur de l’ossification,, pénètre entre eux et fait plus souvent saillie sur la face postérieure du cartilage que sur l’antérieure; la lamelle postérieure de l’ossification semble en général devancer l’antérieure dans son développement. Les cartilages des deux côtés ont cependant une tendance à se souder dans la ligne médiane du corps, et on peut souvent découvrir comme une projection de cartilage sur la membrane spinoso-occipitale interposée. En apparence, l’ossification semble continuellement pousser le cartilage vers le bas; celui-ci est enchâssé dans une rainure de l’ossification, dont la lamelle postérieure descend encore plus bas, de sorte qu’on doit chercher le dernier vestige de cartilage sur la face antérieure du crâne. L’ossification, qui est convexe en bas, déplace en croissant par son bord inférieur la membrane spinoso-occipitale.

L’ossification augmente en épaisseur dans les protubérances, mais elle est mince et transparente dans la ligne demi-circulaire supérieure. Des vestiges des fosses occipitales ont été observés chez des fœtus de cinq mois et demi, et de la crête occipitale externe chez un fœtus de six mois et demi; le périoste est très adhérent dans l’interstice entre les deux lignes demi-circulaires. Lorsque les os wormiens se trouvent au bas de la ligne demi-circulaire supérieure, ils sont probablement formés dans le cartilage primordial; en haut de la ligne ils se forment entre des membranes1.

La membrane spinoso-occipitale a d’abord la forme d’une langue ou d’un trapèze, lorsqu’on la suppose coupée au niveau du trou occipital. Elle s’enfonce entre les deux parties occipito-mastoïdiennes et aboutit en haut au bord inférieur de l’ossification de l’écaille. Elle n’a aucune part à l’ossification, mais est successivement déplacée, en haut par l’ossification de l’écaille, sur les côtés par l’ossification semilunaire derrière les condyles; on rencontre cependant à la naissance, derrière l’ossification semi-lunaire, des restes et de la membrane et du cartilage , qui limitent conjointement le trou occipital par derrière. Plus le fœtus est jeune, plus la membrane est relativement grande. Elle s’abaisse déjà vers le milieu de la grossesse, mais augmente en épaisseur de sorte que, chez un fœtus de cinq mois, on peut la fendre en plusieurs couches, dont une feuille passe devant, une autre derrière le cartilage qui

A. Rambaud et C. Renault, développement des os 1864, Tab. 8, Fig. 2-5.

est comme enchâssé dans une rainure de la membrane. Cependant son étendue varie chez les differents fœtus,; chez un fœtus de sept mois elle avait 5mm de largeur et 2 mm de hauteur, et chez un fœtus de sept mois et demi, 7mm de largeur sur 5mm de hauteur; naturellement il faut pour la grandeur considérer que tout le crâne s’accroît en même temps. C’est cette membrane qui, par l’hydrocéphale et la spina bifida, peut s’élargir fortement.1.

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