SCÈNE VIII
croire et me comprendre de votre côté. Je ne suis insensible ni à la touchante destinée de mademoiselle de Thémines, ni au souvenir de l'infortunée qui fut sa mère,... et, si cette enfant se fût trouvée seule au monde, comme vous me le disiez d'abord, je n'aurais pas hésité à l'accueillir dans ma maison et à veiller sur son avenir.
RAOUL
Madame !
LA COMTESSE
Mais mademoiselle de Thémines n'est pas seule -,...^83 présence chez moi y entraînerait nécessairement la présence de son père,... ses fréquentes visites du moins... Eh bien, monsieur, soyez juste, n'y aurait-il pas là, pour la conscience la plus généreuse, la plus libérale , un excès de tolérance vraiment blessant,... impossible?
RAOUL, douloureusement.
Ah! cette pensée ne m'était pas venue... Oui, madame, vous pouvez avoir raison... Je vous suis reconnaissant de votre bonté... Je me retire... Adieu.
LA. COMTESSE
Adieu.
RAOUL , rerenant brasqnemeDt et parlant avec feu.
Eh bien, madame, laissez-moi vous prouver que ces mauvais cœurs que nous sommes peuvent avoir aussi le courage du sacriGce,... des plus durs sacrifices!... Prenez- ma fille, puisque vous le voulez bien, et je m'engage sur ma parole à ne jamais la revoir tant qu'elle sera à votre foyeir!... Je m'en irai,... je partirai... Qu'elle soit heureuse et honorée,... c'est tout ce que je demande I
LA COMTESSE, un peu étonnée, après un silence.
A cette condition, monsieur, comptez sur mon dévouement.
J'irai chercher mademoiselle de Théraines dès que vous m*y autoriserez.
RAOUL, ttvec agitation .
Je vais ce soir môme l'avertir, madame, la préparer... (u fait quelques pas, puis s'arrête.) Âh ! tenez, j'aime mioux ne pas la revoir^... j'aurais peur de faiblir... Je préfère lui écrire... Vous voudrez bien lui remettre ma lettre?
LA COMTESSE
Oui, monsieur, (sue lul montre ce qu'il faut pour écrire.)
RAOUL*
Oh! deux lignes seulement I (n écrit.) « Ma chère petite mignonne I » — Elle est charmante, vous verrez ! — « Je suis forcé de te quitter. Je pars... peut-être pour longtemps. Une par,ente, une amie de ta mère veut bien te recevoir dans sa familje. Tu trouveras près d'elle l'affection de la sœur la plus tendre... » N'est-ce pas, vous l'aimerez bien?
LA COMTESSE, émue.
Oui.
RAOUL, avec une émotion croissante.
« Écris-moi quelquefois, ma chère petite. N'oublie pas, je t'en prie, ton pauvre père qui t'abandonne... et qui te chérit!...»
(Des larmes coulent sur ses joues; il porte son mouchoir à ses yeux et étouffe un sanglot; puis il plie la lettre et la remet à la comtesse.) Pardon!...
Merci, madame, et adieu!... (u ya pour sortir.)
LA COMTESSE
Monsieur de Morière, le monde dira ce qu'il voudra; mais
* Raoul, assis devant la table, à gauche ; la comtesse, debout, à droite.