‹ Le cas de conscienceChapitre 7 sur 21 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

RAOUL

Oui, mon ami.

LE COMTE, se levant.

Eh bien, mon ami, écoute. Je suis enchanté de t'avoir vu, mais, franchement, tu aurais pu l'épargner ce voyage.

RAOUL

Tu me refuses?

LE COMTE

Moi, non! et, pour ma part, je serais tout disposé, en souvenir de notre vieille amitié, à accepter la combinaison;... mais tu ne peux pas exiger que je l'impose violemment à ma femme, n'est-ce pas?

RAOUL

Mais si ta femme l'acceptait de son côté?

LE COMTE, avec éclat.

Ma femme! Ah çà! mais, mon pauvre garçon, c'est de l'égarement, je t'assure! Voyons, comment peux-tu imaginer un instant qu'une femme comme la mienne, élevée, un peu grâce à toi, avec un redoublement d'austérité, plongée et enracinée dans les plus pures traditions et môme dans les préjugés de son faubourg, que cette femme-là, aux yeux de qui tu représentes, à toi seul, les sept péchés capitaux, pour qui ton nom, mêlé à celui de sa déplorable tante, est un symbole monstrueux d'immoralité, de scandale et de désespoir, que cette femme-là s'avise, un beau matin, sans transition, de se faire la complice de ta faute, et de patronner publiquement le fruit de tes amours!... Mon cher, c'est insensé!

RAOUL

Cela serait insensé, en effet, si ta femme professait l'inflexible

rigueur que tu lui prêtes;... mais, voyons, Archibald, es-tu sûr de bien la connaître, ta femme?

LE COMTE

Bon! si je connais ma femme maintenant!

RAOUL

C'est qu'il est très-rare que les maris connaissent bien leur femme;... ils les croient presque toujours plus froides, plus insensibles qu'elles ne le sont... Ainsi la tienne, j'en suis persuadé, n'est pas aussi implacable que tu le dis pour la mémoire de sa tante... N'ont-elles pas été compagnes d'enfance? Et puis enfin cette jeune tante enlevée, malheureuse, repentante, foudroyée, tout cela doit parler secrètement à l'imagination de ta femme et intéresser son cœur...

LE COMTE, avec emportement.

Mais pas le moins du monde, mon ami ! ma femme n'est pas romanesque. Voilà encore une de vos erreurs, à vous autres, libertins... Vous vous figurez que toutes les femmes sont romanesques parce que cela vous accommode, parce que cela vous abrège le chemin d'autant!... Eh bien, non, mon cher, il y a d'honnêtes femmes dans le monde, et les honnêtes femmes ne sont pas romanesques.

Bah! elles ont toutes une petite pointe du cœur tournée dans ce sens-là.

LE COMTE, avec fureur.

Pas la mienne, mon ami !

RAOUL

La tienne aussi, val

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