‹ Le castorisme [microforme]Chapitre 8 sur 12 · LE POUSSIN SORT DE L'ŒUF—ORIGINE DU VRAI CASTORISME · texte numérisé non relu

LE POUSSIN SORT DE L'ŒUF—ORIGINE DU VRAI CASTORISME

Par ia disparition du Nouveau-Monde, les grincheux s'étaient trouvés un beau matin sans organe à leur disposition. Ils s’en consolèrent tant bien que mal, aussi longtemps que leurs chefs, DeBoucherville et Angers, furent au pouvoir ; mais après la formation du gouvernement de 1879, ils crurent à propos d’avoir un journal à eux, pour mieux battre en brèche Chapleau et le vieux parti, dont il était le chef reconnu. A cette fin, ils firent appel au clergé, qu’ils avaient divisé, et réussirent à monter la boutique de L’Etendard, au protit de F, X. A. Trudel et consorts.

Ce fut en 1880 que ce prodige vit le jour. Comme l’enfantement avait été passablement douloureux et comme le nouveau-né était le fruit de la vengeance, de ia rancune et de la haine, ses premiers vagissements furent des cris de rage contre tout ce qui ne faisait pas l'affaire des parrains. Chapleau et ses amis furent assaillis avec toute la malhonnèteté, la malice et la brutalité dont les faux dévots sont capables, ce qui n’est pas peu dire. Tout ce qu’il y avait de petits-manteaux, à Montréal et dans les campagnes, apportait son dévolu à ce sale organe, qui écoulait la bile de tous les désappointés. Pour masquer cette besogne, on s’affublait naturellement du manteau de la religion et des bons principes.

Voulez-vous avoir une idée du style de ces gens-là ? En voici un échantillon, cité par Chapleau dans son fameux discours de St-Laurent :

“ Vilintriguant, menteur, spéculateur, pillard, traficant de principes, jobber éhonté, esclave, manipulateur de consciences, chef de bande de brigands, vampire, escamoteur de lettres, franc-maçon, ami des sicaires, des assassins, ami des forçats, hypocrite, rapinard, voleur. ”

Comme le disait Chapleau, un pareil stock ne pouvait pas venir d’un magasin bien propre. Or, c’est avec ce stock que ces braves gens, tout en se disant conservateurs, faisaient la guerre au chef reconnu et respecté du parti conservateur dans la province de Québec. Et ce qu’il y avait de plus pénible, c’est qu’une grande partie du clergé, principalement dans le diocèse de Montréal, patronnait tout cela, en prenait la responsabilité et en payait même les frais, puisque c'était un certain nombre de prêtres qui se saignaïent à blanc pour maintenir la boutique de Z” Etendard.

Jamais les libéraux, nos adversaires déclarés, n’avaient fait pareille guerre contre nous, même dans les plus mauvais jours du Pays, et un vieil ami de Cartier disait avec raison, quelques mois après l’apparition de L’'Etendard, que “ le poussin qui venait de sortir de l’œuf n’était qu’une sale harpie. ”

Mais ce journal ne suffisant pas à écouler tout ce qu’il y avait de haine et ce venin dans le cœur de cette bande de déçus ou d’envieux, on recourut à l’anonyme et au pumphlet, absolument comme dans les earrefours de la commune, A cette fin, on lança dans le public le fameux pamph} t portant la signature de Castor, nom de plume qui, paraît-il, cachait ceux d'u certain curé du diocèse

de Trois-Rivières et d’un avocat bien connu de Montréal, qui avait fait d’excellentes petites affaires avec le chemin de fer Q. M. O &O., même sous le gouvernement Chapleau. Comme ce pamphlet résumait tout le programme de la bande dont il était l'expression, on appliqua le nom du signataire à toute la troupe, qui fut dès lors désignée sous le nom de castors.

Ce que nous venons d'exposer montre assez que le parti des castors s'était recruté dans la tourbe malsaine des envieux, des désappointés, des ambitieux qui prennent la haine pour le telent et la calomnie pour moyen d'action. Dans l’un des plus éloquents discours qu’il ait prononcés pour défendre le vieux parti contre cette méprisable engeance, voici la description que Chapleau en a donnée :

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