LEUR ROLE DANS L KGLISE
cause de cela Tiercelins, étaient des laïques, pénétrés de l'esprit de Tordre; en ayant adopté les vues et la mission, et servant d'intermédiaire entre lui et les laïques ordinaires. Par cette organisation à trois degrés, qui du pape descendait jusqu'au peuple chrétien, l'Église exerçait sur celui-ci une surveillance de tous les instants, le pénétrait de ses doctrines et créait dans les nations européennes, pour le service du Saint-Siégé, une force contre laquelle les efforts des souverains sont souvent venus se briser. Quant à l'esprit qui animait ces ordres religieux, du treizième au seizième siècle, il n'était pas différent dé ce qu'il avait été à l'origine. C'était le communisme, tel que nous l'entendons au}OUFd'bui, si ce n'est qu'il s'était combiné avec la religion chrétienne, en la défigurant, et qu'il s'était .miS: aux ordres de ' la politique ultramontaine.
Mais de toutes ceis anciennes congrégations, au^ cune n'égala celle qui vint après eltes, parce que, venaie. la dernière et dans des circonstances critiqufis.poup la: papauté ei pour toute l'église ktine, ellô'îprofita de l'expériericê des autres, s'oi'ganisa aveci plus: de force qu'aucune d'elles et eutà remplir une- tâebe plus difficile et plus importante. Je veiix parler "de là Société de Jésus. Elle naquit du
vivant même de Luther, en 4534, au moment où Calvin allait paraître à son tour.- Son but ostensiMe était la prédication, la confession, les exercices spirituels et l'éducation de la jeunesse. Mais il estaiisé de comprendre que c'était là des moyens d'atteindre un autre but, vers lequel tous les autres devaient converger. Au milieu du siècle, la société avait douze provinces et s'était répandue par toute l'Europe.
Cet ordre avait fort bien compris que, si la Réforme avait réussi en Allemagne, en Angleterre, en Suisse et même en France, c'est parce qu'elle représentait une des tendances de l'esprit moderne; que cette tendance, si elle n'était empêchée, devait amener tôt ou tard la chute de la papauté et de l'Église romaine, et faire disparaître de l'Occident cet esprit communiste, qui s'était comme incarné dans les ordres religieux.
Je ne veux pas refaire ici l'histoire des Jésuites, que tout le monde a sous la main, ni recommencer le procès, plusieurs fois vidé, de cette Société, d'autant plus redoutable qu'elle agit en secret. Je ferai seulement reiûarquer que sa principale politique a été de se tenir visiblement à l'écart des honneurs et d'exercer une action invisible sur les hommes qui en ont été revêtus. Par ces deux moyens, eHe
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.^'est rendue aussi inattaquable, aussi insaisissable qu'une société peut Têtre ; car le moment venu de frapper un grand coup, ce n'est point elle qui le portait, mais elle le faisait porter par la puissance publique, qui paraissait la plus autorisée. L'histoire nous apprend camment elle a su s'insinuer successivement auprès des rois ou de leurs femmes, des ministres, des juges, des recteurs et des autres personnages, dont l'action, dirigée par elle^ tournait au profit de l'Église ou au détriment .de ses adversaires. Ainsi le roi le. plus jaloux de sa prérogative, celui qui avait humilié Innocent XI, fut enfin dominé par deux confesseurs jésuites, La Chaise et le Tellier. Nous apprenons aussi par l'histoire comment, chaque ft>is que la Société de Jésus a pensé qu'un coup d'énergie ou de violence était prêt, elle en a précipité l'exécution. Elle n'ignorait point que, malgré son adresse à dissimuler son action^ elle exposait et ses agents et elle-même aux plus grands périls*; elle y a succombé plusieurs fois, elle a fini par entraîner avec elle la royauté même et l'Église. Mais comme elle est constituée d6 manière à profiter de toutes les circonstances et à. pouvoir revivre, on l'a toujours vue renaître, à la faveur des révolutions, et chaque fois elle a repris son rôle originel et sa politique persévérante. Nous
pouvons la voir à l'œuvre aujourd'hui sous nos yeux. '
Il importait à son autorité et à sa liberté d'action qu'elle ne portât aucun ombrage ni aux autres ordres, ni au clergé séculier. C'est poui^ cela qu'elle sut souvent s'interdire les honneurs, et laisser l'apparence pour la réalité. Il y a deux sortes d'ambition : celle qui aspire à l'éclat extérieur et qui confine à la vaiîîté; celle qui, en se cachant, veut tenir dans ses mains les fils mystérieux qui font mouvoir les hommes, comme des marionnettes sur un petit théâtre. Des ordres, dont la règle était plus rigoureuse que celle des Jésuites, avaient eu la faiblesse de céder à la première ; les Franciscains avaient donné à TÉglise quatre papes ; les Bénédictins lui en avaient donné vingt-quatre. Par leur désistement, les Jésuites n'éveillaient aucune compétition, laissaient la carrière des honneurs ouverte aux ambitieux vulgaires et, tirant parti des défauts des hommes, faisaient parvenir celui duquel ils avaient le plus à espérer.
Par ces habiles procédés, ils ont peu à peu fait passer leur esprit dans les autres ordres religieux et ils se sont assurés en même temps de tout le clergé. Il est bien difficile aujourd'hui de devenir, je ne dirai pas évoque, mais seulement curé, si