‹ Le cauchemar de son proprietaire: vaudeville en un acteChapitre 1 sur 46 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

piPELV.T. sortant d'une pièce à gauche et parlant à la cantonade ; il est en robe de chambre. Bluelto, soii^ne le déjeuner... je vais dans ma saille à mangr... me chauffer à mon poêle... Tu m'apporteras mon habit olive... je vais lire mon journal... et tu le brosseras. (// descend la scène.) Ma salle à manger! mon poêle, mon journal!... comme c'est agréable de pouvoir dire cela... mon^ Tna , mes... comme ça emplit la bouche... c'est surtout quand je dis ma femme ! que j'en ai plein ma bouche. Suis-je heureux... moi Pipelet... cidevant portier, d'être tout à coup, par un héritage, devenu propriétaire d'une maison magnifique...

deux étages, en comptant le rez-de-chaussée

et faubourg du Temple la première rue de

Paris... quand on y entre par Belleville... Ce qui m'a charmé surtout dans ma mai-on, c'est qu'elle n'a point de portier... car je dois l'avouer... je déteste tout ce qui me rappelle mon ancienne profession... c'est une faiblesse, je n'en disconviens pas... mais elle est si commune!...

Air du vaudeville de /'i4pof/iica«re.

Oublier, fut de tous les temps, A Paiis, d'ailleurs, c'est l'usage :

On a vite oublié ses champs.

Dès qu'on a quitte son village ; De nos amours, de nos amis, Le souvenir aussi déloge ;

Puisque tout s'oublie i.i Paris,

Je puis bien oublier ma loge.

Et dans ce quartier fort éloigné de celui que j'habitais, personne ne se doute que j'ai été... oh!... fi donc... je ne veux pas prononcer ce vilain mot-là... {Il s'assied devant son poêle.) Eh bien ! voyez cependant comme notre bonheur est toujours parsemé de traquenards!., quand je viens prendre possession de mon immeuble, qu'esl-ce que je trouve parmi mes locataires?.. Cabrion!.. l'infâme Cabrion! qui occupe une chambre superbe dans les mansardes... dont il a fait un atelier de peinture en enlevant une partie des ardoises du toit. Oh! le gueux n'a pas changé! depuis six mois que je suis son propriétaire, il accable mes autres locataires de mystifications... et il m'a menacé de leur révéler mon ancienne profession si je le dénonçais... Il y a mieux, il met sur mon dos toutes ces farces d'ateliers qu'il invente, en sorte que c'est moi, Pipelet... homme rangé... comme une étagère, qui passe pour me livrer à

CCS turpitudes... Mais ceci va avoir un ternie

Justement, Cabrion ne me payait pas les siens... j'ai pris un grand parti : je lui ai donné congé... il va partir... je lui ai vu disposer son mobilier... c'esL-à-dire sa malle, car le brigand a vendu tous SCS meubles pour me priver du bonheur de les saisir... El dire qu'un drôle de cette espèce osail

aspirer à la main de ma nièce Primerose une

jeune personne qui est susceptible d'avoir quinze cents francs de dot !.. JEn vérité, c'est d'une audace incroyable.

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