LES TROIS FEMMES
Air : La femme, le mari, etc.
Pourquoi donc ce nouveau tapage?
Encore des cris, du fracas :
C'est gentil pour le voisinage!..
Mais ça ne finira donc pas !..
ASTAsiE. Que vois-je ! mon mari déguisé en parterre.
SERINGA. A la garde!., à l'assassin !..
ASTASIE, courant à son mari et lui enlevant son chapeau. Mais que t'a donc fait Monsieur, vieux bibi, que tu le cognes si fort?
piPLET. Ce qu'il m'a fait... ce qu'il m'a... Ah! mon Dieu! c'était M. Seringa, mon locataire... Ah ! que je suis désespéré... Est-ce que je vous ai fait mal?..
SERINGA. Oui, Monsieur... oui... vous m'avez frappé... dans ce que j'ai de plus cher...
BLUETTE. C'est quo Monsieur n'y allait pas de main morte.
PIPELET, Parce que je croyais tenir ce scélérat de Cabri... {Il aperçoit Cabrion qui fume.) Ahl mon Dieu î il est là, le vampire... il est là... Ah ! Tasie, un fauteuil... c'est le dernier jour de ton Alfred.
ASTASIE, bas à Pipelet. Prends garde à tes paroles... Cabrion te fisque.
BLUETTE, lui donnant un fauteuil. Remettez vous, not' maître.
SERINGA. Je ne sais pas, monsieur Pipelet, si c'est votre dernier jour, mais votre conduite est indigne... Un propriétaire qui se plante des rosiers sur la tête... qui arrose ses locataires et qui les rosse... ça n'est pas permis,., ça n'est pas permis... n'est-il pas vrai, monsieur Cabrion ?
cARHioN. Ou du moins, Monsieur pourrait en
louant, prévenir que telles sont ses habitudes.
PIPELET. Mais ce n'est pas moi qui ai fait tout cela, monsieur Seringa, c'est cebri... je veux dire ^ demandez plutôt à Monsieur...
SERINGA. Eh bien! soit... je m'en rapporte à M. Cabrion... qu'il dise ce qu'il a vu.
cABRioN. Ah ! monsieur Seringue...
SERiiNGA. Seringa...
CABRION. J'y arrivais... Seringa, vous me mettez dans une position bien délicate, mais après tout, ma conscience crie... écoutez-moi donc, la vérité "va sortir de ma bouche nue comme un ver.
ASTAsiE. Qu'est-ce qu'il dit?., il va parler en vers...
SERINGA. Silence, madame Pipelet... Nous vous écoutons, monsieur Cabrion.
CABRION. Tout à l'heure, je sortais de mon exchambre... dans laquelle j'avais, en déménageant, oublié quelques billets de mille... quand j'aperçois mon ci-devant propriétaire qui versait une carafe d'eau par la fenêtre avec un rire satanique...
SERINGA. Vous l'entcndez, monsieur Pipelet.
PIPELET. C'est faux! Monsieur... c'est faux!..
CABRION. Je veux lui faire une légère observation... alors il se livre devant moi à une danse que mes principes me défendent de reproduire... mais dans laquelle j'ai remarqué ce pas fréquemment répété...
{Il danse le cancan)
SERiNGtJA. Ah! quelle horreur!..
BLUETTE^ dansant aussi. Tiens! c'est comme mon cousin le pioupou.
PIPELET. Moi, danser de ces choses-là !.. Peuton me ternir à ce point... moi qui n'ai jamais pu faire la queue du chat...
ASTASiE. Monsieur Seringa, c'est la vérité... Pipelet est incapable de chahuter !..
SERINGA. Madame, votre mari a une conduite déplorable... Il me fera réparation... sinon... il aura de mes nouvelles...
CABRION. Ah! monsieur Seringue...
SERINGA. Je n'écoute rien, Monsieur... Des réparations... ou j'agirai de rigueur... {ïl sort vivement.)
PIPELET. Suis-je assez humilié!.,, et ne point oser se laver de toutes ces taches !..
ASTASIE. Ah! monsieur Cabrion, c'est indigne ! descendez dans votre conscience...
CABRION. Elle est ravissante, Madame Pipelet; elle croit qu'on descend là comme à la cave... Mais cette scène m'a vivement ému... je vais prendre un bouillon à la cuisine. (Il sort.)
ASTASIE. Suis-le, Bluette... il avalerait tout le consommé.
BLUETTE. Oh! oui, Madame, et le bœuf avec. {Elle son.)