SCENE m
Les PRÉCÉDENTS, ASTASÏE*
ASTAsiE, en grande toilette. Me voici, Alfred... ma toilette est terminée, comment me trouves-tu ?
PIPELET. Magnifique... éblouissante... tu es à faire tourner la tête.
BLUETTE, à part. Elle a l'air du bœuf gras.
ASTASIE. Je tiens à te faire honneur!.. Je ne pouvais plus te retrouver... je ne peux pasm'habituer à ce grand appartement... Dame! quand on a niché trente ans dans une loge...
PIPELET, l'arrêtant brusquement et à voix basse. Malheureuse!., parler de cela... Un mot de plus, et je pleure comme un veau...
ASTASIE. Allons, je ferai attention... c'est ma langue qui a tourné. Je veux dire... quand on a été trente ans dans une loge à l'Opéra... aux Bouffons... On sait bien que nous sommes des gens comme il faut... et je me flatte qu'on en a z'un peu l'air... et le parloir... Dis donc, Alfred, nous allons donc sortir à ce matin.
PIPELET. Certainement, nous allons au devant de mon ami Piedegru.e.. qui doit arriver pour épouser ma nièce, par le canal Saint-Martin...
ASTASIE. Ah! ton ami Piedegrue... un ancien commissionnaire...
PIPELET, la poussant. En marchandises... commissionnaire en marchandises.
ASTASIE. Eh ben, oui... il faisait des commissions avec des marchandises sur le dos. . . et il a hérité aussi...
PIPELET, à part. Ma femme me donne des syncopes... (Haut.).ll n'est pas question de tout cela; as-tu donné des ordres à Bluette pour le déjeuner?.....
ASTASIE. Je crois bien... une pâtée à n'en plus finir. Bluette, qu'est-ce que vous avez fricassé pour le déjeuner?
BLUETTE. Un beau poulet rôti^ avec du café et du cresson dessus... c' est-il assez ?
ASTASIE. Mais il me semble que c'est un gala !.» autrefois un pot-au-feu me faisait sept jours.
PIPELET, bas. Modère ta langue. (Haut,) Oa\ un poulet et du café, c'est très bon genre... PiV