SCENE VllI
LAVENAZE, entrant par le fond (1).
Maudit homme!... heureusement m'en voilà débarrassé... (// ferme la porte.) J'espère qu'on ne viendra plus me déranger. (Il met son chapeau sur la pendule.)
MERMÈs, les jambes toujours en l'air.
Tiens!., c'est toi?..
LAVENAZE, Stupéfait.
Qu'est-ce encore?..
MERMÈS.
Comment va?
LAVENAZE
Par où es-tu venu?..
MERMÈS.
Et toi?..
LAVENAZE
Qui t'a ouvert?..
MERMÈS.
Personne... rien n'était fermé.
LAVENAZE, à part.
Cette fille me fera mourir à petit feu ! (Haut.) Et qui me procure ta visite de si bonne heure?
MERMÈS.
Je suis de semaine... je m'embête à mort... et comme tu n'es qu'à deux pas du quartier, et que je n'ai rien à faire jusqu'à la parade, je viens un peu tuer le temps ici.
LAVENAZE
Grand merci delà préférence!.. Veux-tu me passer cette lettre que tu as là?..
Où cela?..
LAVENAZE
Sur le bureau, sous ta jambe droite.
^ERMÈs^ poussant la lettre avec sa cravache. Ce chiffon de papier?..
LAVENAZr:.
Précisément. ( Prenant la lettre. ) Je te remercie...
{Il se met à écrire sur un carton du bureau.)
MERMÈS.
A ton service. Mais, dis-moi un peu... je te vois là perché sur ce carton... que ne te mets-tu à ton bureau?., ne serais-tu pas mieux?..
LAVENAZE
Beaucoup mieux... mais^ pour cela, il me faudrait mon fauteuil...
MERMÈS, se levant et passant à gauche (2).
Qu'à cela ne tienne, cher ami... reprends ta place. {Lavenaze s'assied à son bureau ; Mermès se promène en chantonnant , et s'arrête devant la cheminée.) Tiens! la singulière forme de chapeau! A qui est-ce, ce chapeau?.. ( // le met sur sa tête. ) La drôle de forme !.. Comment me trouves-
tu avec?.. II est bien trop petit pour moi... Il me gène horriblement!..
Laisse donc mon chapeau.
MERMÈS.
Comment! c'est là ton chapeau?.. Tu as une forme pareille?.. Tu as la tête bien étroite... heureusement qu'il y a moyen d'arranger les affaires...
(Il pose le chapeau sur son genou et s'apprête à l'agrandir.)
LAVENAZE, 56 Uvant.
Mais que fais-tu ?.. tu vas briser mon chapeau !
MERMÈS.
Laisse-moi faire... cela me connaît... je vais pouvoir l'entrer...
LAVENAZE
Je n'en vois pas la nécessité... l'essentiel c'est qu'il m'aille... rends-le-moi!..
MERMÈS.
Attends un peu !..
{Débat entre eux. — Le chapeau tombe ; Lavenaze met le pied dessus.) LAVENAZE, 6/1 colèrc, le ramassant.
Qu'avais-lu besoin d'essayer ce chapeau?.. Je te demande s'il était bien nécessaire que tu l'essayasses?..
(// redresse son chapeau, et va V accrocher à la patère du fond.)
MERMÈS.
Je voulais voir la figure que j'avais avec. {Il prend une chaise contre la cheminée, la fait tourner y s'appuie dessus et la casse.)
Tu veux donc tout briser?..
MERMÈS, jetant la chaise de côté.
C'est la première fois que ça m'arrive.
LAVl<J«JAZE.
Par exemple !.. Tu ne viens pas ici de fois que tu ne laisses quelque trace de ton passage!.... Il faut que tu touches a tout.
{// se rassied à son bureau.)
MERMÈS.
Si tu y tiens tant , à ta malheureuse chaise, je te la paierai , et qu'il n'en soit plus question!.. (// tire un cigarre de sa poche.) Tu étais donc hier à la campagne?., je ne t'ai point rencontré... j'amenais le fils Tartat, le petit Tartassou... il est ici... nous étions venus te demander à dîner.
LAVENAZE
Que vient-il faire à Paris, ce jeune homme ?
MERMÈS.
Tu as un briquet?..
LAVENAZE
Vois sur la cheminée.
MERMÈS, cherchant sur la cheminée.
Sur la cheminée ?.. pas plus que sur la main,
LAVENAZE
Tu vas encore fumer?
LES COMPATRIOÏES,
MERMÈs, cherchant toujours.
Gomment?., pas de briquet?.. Ah cà, tu plaisantes... on ne croira jamais que dans une maison comme la tienne, il n'y ait pas un briquet... (// bouscule tout sur la cheminée, la pendule, les vases, les flambeaux^ etc.) LAVENAZE, se levant.
Prends donc garde... tu vas encore faire quelque miracle !..
MERMÈS.
Sois calme... ne crains rien...
(// jette un vase par terre,) LAVENAZE, couvant à la cheminée (1).
Allons! bon!
(// ramasse le vase.) MERMÈS, allant au bureau.
Je t'ai cependant connu un briquet... (Cherchant dans son carton, qu'il bouleverse.) On ne me l'ôtera pas de l'idée... je le vois encore, dans une petite boîte rouge...
LAVENAZE, revenant à son bureau, et reprenant le carton des mains de Mermès (2) .
Laisse donc... il n'y en a pas là.
MERMÈS, fouillant dans sa poche, et en tirant un briquet.
Diable de bête!., j'avais le même dans ma poche... tu vois ce briquet ?.. Tu le trouverais dans la rue, tu ne le ramasserais pas?.. Eh bien ! tel qu'il est, je ne m'en déferais pas pour beaucoup...
[Il fait partir son allumette sous le nez de Lavenaze, qui s'est levé.
Pouah !
MERMÈS, allumant son cigarre.
Ne me demandais-tu pas ce que venait faire à Paris le petit Tartassou?.. (Il tape avec sa cravache sur le carton, que Lavenage, impatienté, recule.) Il y vient finir son droit qu'il a commencé à la faculté d'Aix. {Il sassitd sur le bord du bureau.) Le père voudrait en faire un procureur... mais je ne lui crois pas les doigts assez longs... charmant jeune homme! très bien! très gentil!., et qui n'abandonne pas sa part aux chiens... il a mangé à son père plus d'argent qu'il ne pèse. LAVENAZE^ se levant.
Ah çà, dis donc, je ne me gêne pas avec toi... je vais te prier de me laisser seul.
MERMÈS, quittant sa position sur le bureau.
Bien! très bien !.. tu sais que je lui ai donné rendez-vous ici, au petit Tartassou I
LAVENAZE
Pourquoi donc faire?
MERMÈS.
Nous venons dîner.
LAVENAZE
Je dîne chez ma sœur.
[Il passe à gauche, et achève de réparer le désordre de la cheminée.)
Qu'à cela ne tienne! la maison est bonne!., et Thérèsou est là.