SCÈNE XIV
MADAME DE LA BASTIDE, FANNY, puis les COMMISSIONNAIRES.
MADAME DE LA BASTIDE
Petite, donne-moi mon cabas... {Fanny le lui donne.) Bien obligée. Il me faut un peignoir pour quand je sortirai du bain. (Les commissionnaires paraissent au fond^ roulant une énorme caisse devant la porte.) Quand je vous disais que rien n'élait plus facile que de monter celte caisse...
LE COMMISSIONNAIRE
Pas déjà si tant !
MADAME DE LA BA-TIDE
Enfin! que ibnt-ils donc, les autres, à cette porte?
LE COMMISSIONNAIRE
Pas moyen d'entrer... la porte est trop étroite...
MADAME DE LA BASTIDE
Vous êtes des fainéants... (Elle pose son cabas sur le canapé.) Si je ne m'en mêle, vous serez ce soir à cette porte, (A Fanny.) Tiens, petite, prends mon chapeau. (Elle lui donne son chapeau, et Fanny l'accrocha à la patère. Madame de la Bastide va ensuite au fond, et fait des efforts pour
{]) Mad. de la Bast. F. T.
LES COMPATRIOTES
MADAME DE LA BASTIDE
Tu le melteras où tu voudras... c'est ton affaire.
LÂVENAZE.
Non, Madame, non, et je vous déclare franchement...
MADAME DE LA BASTIDE
Pas de défaite, mon bon ! cette chambre me convient parfaitement, et j'y reste... tiens-te-letoi pour dit.
LAVENAZE
Mais encore une fois...
MADAME DE LA BASTIDE
Tu ne m'as pas demandé des nouvelles de M. de la Bastide qui t'aime tant!., tu ne peux te faire une idée de ce qu'est devenu le pauvre cher homme... une momie.., une abnégation... une machine qui boil, roule, trotte, mange et s'endort... voilà ce qu'il est.
LAVF.NAZE.
Cela m'est parfaitement indifférent.
MADAME DE LA BASTIDE, repaSSaut >
et allant se rasseoir sur le canapé{\). Et à moi donc!., car il me laisse, Dieu merci , bien tranquille !., Il est bon de te dire que nous avons un procès, duquel dépend une grande partie de notre avoir, aussi, quand j'ai vu que nous avions affaire à forte partie, je n'en ai fait ni une ni deux... je me suis dit :« allons à Paris... prenons les devants... »Et me voilà, je compte... sur toi.
LÂVENAZE.
Je ne puis vous être d'aucune utilité.
MADAME DE LA BASTIDE
Ne fais pas le modeste., ton obligeance est connue... Tu ne devinerais jamais, mon bon, avec qui je me suis trouvée nez-à-nez, en descendant de diligence? je te le don ne en cent!., avec aiermès!.. quel cuistre!,, quel goujat!., quel cinique que cet homme!..
LAVENAZE, débarrassant son fauteuil et tombant assis dessus.
C'est à en mourir !
(Il s endort peu à peu.)
MADAME DE LA BASTIDE
Un spadassin !.. un coupe-jarret, qui a failli me compromettre, si je m'étais laissé faire... c'est pourtant sur les données de ce misérable que toute la ville nous a tourné le dos. Il n'y a pas jusqu'au petit Benjamin, le neveu de M. de la Bastide... tu l'as bien connu... qui seligua avec nos plus grands ennemis... iL, n'y avait plus qu'une chose à faire... c'était de le camper à la porte... je te l'y campai!.. Lorsqu'un jour, note bien ceci, mon polisson se présente à la maison., j'étais seule... le voilà qui méfait des menaces,
(l) Mad. de la Basî. l.
qui me débite toute une série d'invectives, que le diable en aurait pris les armes... je fis comme si de rien n'était... puis, rapprochant tout doucement mon fauteuil de la croisée, je me mis à l'ouvrir et à crier : (Criant très fort.) A la garde! au voleur î on m'assassine.
(Elle se lève.) LXYE^AZE, se réveillant en sursaut et se levant (i). Qu'est-ce que c'est?
MADAME DE LA BASTIDE-, Criant tOUJOUrS.
On m'assassine ! au voleur! à la garde !
(Elle passe à droite.) LAVENAZE, dans la plus grande agitation. Qu'est-il donc arrivé?
MADAME DE LA BASTIDE, riant.
Ah! ah! ah! hi! hi! hi !