SCÈNE IV
BLUETTE, puis PRIMEROSE.
BLUETTE, seule. Sont-ils farces. Monsieur et Madame... on m'a dit, chez la fruiticre,que c'étaient des pas grand'choses qui étaient parvenus. Oh! après ça, je m'en moque, pourvu que j'amasse chez eux de quoi épouser mon cousin le pioupiou...
PRIMEROSE, cntf ouvrant une porte à gauche. Bluelte... es-tu seule...
BLUETTE. Oui, Mam'sclle, Monsieur et Madame \olre oncle sont sortis, et je vas mellrc le couvert
pour le déjeuner afin que tout soit prêt à leur retour...
(Elle met le couvert.)
PRIMEROSE. Ah! on pense à déjeuner ici... on no songe qu'à manger... Oh! Dieu!..
BLUETTE. Il parait que Mam' selle n'a pas faim.
PRIMEROSE. Ah! c'est que moi... je me nourris d'autre chose...
BLUETTE Vous aimoz la bombance, peut-être?
PRIMEROSE. Ah ! j'aime mieux que ça... Bluette, J'ai une question à t' adresser...
BLUETTE. Dix-sept si vous voulez, Mam'selle.
PRIMEROSE. Il faut connaître les principes des gens qui nous servent. Si un jeune homme osait t'écrire que ferais-tu de sa lettre ?
BLUETTE. Ma fine... je n'en sais trop rien... mais ce que je puis vous affirmer, Mam'selle, c'est que je ne la lirais pas.
PRIMEROSE. Tu ne la lirais pas !.. mais enfin...
BLUETTE. Pas plus en fin qu'en gros... il y a de bonnes raisons pour ça, je ne sais pas lire...
PRIMEROSE. Oh! alors, je comprends... [mais suppose que tu le susses...
BLUETTE. Et qu'on m'écrévisses...
PRIMEROSE. Avecdes pattes de mouches... qu'on croirait que c'est lithographie.
BLUETTE. Dame! Mam'selle, il me semble que je répondrais ; une politesse en vaut une autre.
PRIMEROSE. Ah! Bluette!.. tujes digne déposséder ma confiance...
Air ; O toi ! ma compagne*
0 toi! ma compagne fidèle,
Il faut t' figurer
Qu'on ose m'adorer 1 Qu'un cœur jeune, ardent, plein de zèle.
Pour moi, nuit et jour,
Soupire d'amour!
De cette maison.
C'est un locataire ;
Il a tout pour plaire,
11 s' nomm' Cabrion...
BLUETTE
Que dites-vous donc.
L'infâm' Cabrion!..
PRIMEROSE
Ma chère, on t'a dit des bêtises...
11 est de mon goût,
Et pas mal du tout.
A d'aut' s'il a fait des sottises.
Il ne m'a jamais
Fait que d' jolis traits !
BLUETTE. Tiens, c'est comme moi.
M4me air.
C'est tout comme mon cousin Biaise, Le genlilpiouptou, Qui m'aim' comme im fou!
H n'est pas de femm's qui n' lui plaise,
Et l'on dit pourtant I
Que c'est un ch'napan !
11 a fait pleurer la grosse Mathurine, Il trompait Claudine, Il rossaitJeanneton...
PRIMEROSE
Aimerais-tu donc Ce méchant garçon ?
BLUETTE
Mam'selle, on dit un tas d' sottises,
J' n'en suis aujourd'hui,
Qu' plus épris' de lui !
Aux autres, s'il a fait des bêtises.
Il ne m'a jamais
Fait que de jolis traits :
PRIMEROSE. On l'appelle monstre !. . Parce que ce pauvre garçon n'a pas d'argent on lui refuse ma main...
BLUETTE. Et il paraît qu'on veut vous marier à M. Piedegrue qui va arriver ce matin, pour vous matrimonier par eau.
PRIMEROSE. Le plus souvcnt que je serais madame Piedegrue... j'aimerais mieux me faire négresse... c'est à Cabrion que je dois mon talent sur le dessin... il m'a donné en secret des leçons,
BLUETTE. Bah ! c'est lui qui vous a montré à faire de si beaux nez!
PRIMEROSE. Oh! je ne fais pas que des nez, je dessine aussi l'histoire!.. Écoute, Bluelte, je vais i répondre à Cabrion, et tu te chargeras de lui faire tenir ma lettre...
BLUETTE. Comment que je ferai... je ne le connais pas vot' peintre...
PRIMEROSE. Oh! je te le dépeindrai si bien... {Bruit en dehors.)
BLUETTE. On monte... c'est peut-être vos parents qui reviennent...
PRIMEROSE. Je cours écrire ma lettre, et je te la donnerai en cachette...
{Elle rentre à gauche.)
BLUETTE, seule. Tiens! tiens, mais pour une jeune personne honnête et innocente... elle est fièrement renârée tout d' même.
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