POUDRE POUR LES CHEVEUX
L'art presque toujours gâte la nature,à force de vouloir être mieux , on cesse d'être bien. Elle nous avait donné des cheveux assortis à l'air de notre visage, bruns, blonds, ou d'une nuance intermédiaire plus ou moins prononcée.
IN^os fantaisies l'ont emporté sur les convenances naturelles, et nos cheveux ont changé de couleur , suivant le caprice des personnes qui se trouvaient, en ce genre , disgraciées par le temps ou par la nature : car ce sont toujours les laides qui amènent les modes et les belles s'y soumettent.
Le blond doré charmait les dames
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Romaines^ et quand leurs cheveux n'of- Iraient pas cette teinte, elles couvraient leur tele avec les blondes chevelures que la victoire leur envoyait de la Germanie , ou elles avaient recours à des poudres et à des compositions, qui d'une brune faisaient tout-à-coup une blonde; et plus la nuance était marquée, plus elles se croyaient sûres de plaire.
J'ai vu de niénie, i^ J ^ quarante ans, plusieurs de nos dames se faire jeter sur la tête une poudre rousse qui, certes, ne les embellissait pas. Mais la mode le voulait 3 et la mode qui peut avoir des caprices, ne peut jamais avoir des torts.
Elle a ensuite imagine' la poudre d'un gris cendré qui ne convenait pas mieux soit à la blonde soit à la brune; mais encore une fois, ainsi le voulaitla mode.
Elle a tardé long-temps à mettre en faveur la poudre blanche. Le dix-se]ilième siècle ne la connut pas. Les Ninon, les Sévigné, les Montespan, si l'on en juge par leurs portraits , laissaient à la nature le soin de colorer leurs clio-
veux. L'art en usa de même à l'égard de cese'normes perruques si imposaiit^<^, qui semblaient doubler le volume d'une tête^ en doublant le volume des cheveux qui l'entouraient : eh bien ! on ne les poudrait pas.
Ce ne fut qu'au commencement du dix - huitième siècle , que la poudre blanche prit possession des toilettes ; privilège qu'elle a conservé jusqu'au moment où les têtes se sont mises à la ïitus et à la Caracalla.
Mais ce genre de coëlFure a un bi<en grave inconve'nient. 11 laisse trop voir les ravages que le temps exerce sur la personne ; on semble porter avec soi son acte de naissance e'crit en cheveux gris ou blancs. La poudre blanche ne laisse point apercevoir ces signes dêsolans. Elle les dissimule ; et l'on ignore si c'est à la main du temps ou du coëffeur que se doit la blancheur de la chevelure. (
Dans le temps où cette poudre commençait à prendre laveur^ il arriva un«
petite aventure, qui mérite d'être consignée ici. Un montajjjnard des Pyrénées, qui ne connaissait que son eastcl , voulut se marier. Sa cousine , domiciliée à Tarbes , lui avait trouvé une lille l)ien née. Il vient pour l'entrevue, la nuit approchait, sa vue était faible, il n'aperçoit que des clieveux poudrés à neige, qu'il prend pour des cheveux blanclils par l'aj^e. Aussitôt, et sans vouloir d'autres informations , il remonte à cheval et part en disant qu'il ne voulait pas épouser sa i,aand-mère.
L'Erudit des Toilettes.
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