‹ Le célibat à RomeChapitre 5 sur 5 · VS · texte numérisé non relu

VS

de l'entreprise d'Auguste, tirée celle-là de la personnalité même de l'empereur.

La première vertu d'un réformateur, c'est de prêcher d'exemple.

Auguste était loin d'offrir à ses contemporains le modèle de la continence et de la fidélité conjugale.

C'était l'homme le plus débauché de l'empire; on prétendait^nême que, pour mieux assurer son influence sur l'esprit de son volage époux, Livie ne craignait pas, comme Mme de Pompadour pour son royal amant, de lui chercher des mal tresses.

Son caprice despotique ne connaissait point d'obstacles. ';!

Quand il trouvait une femme à son gré, ill'envoyait chercher purement et

simplement par un de ses affranchis, et il n'était pas prudent de se dérober à rhommage injurieux de sa fantaisie.

Nous en avons une preuve piquante dans une anecdote racontée par Dion Gassius(l).

Aug[uste s'était épris d'une jeune femme dont le mari était un ami du philosophe Athénodore, particulièrement bien vu de l'empereur.

Athénodore était justement chez son ami lorsque arriva le messager d'Auguste, chargé de signifier à la dame les tyranniques empressements du maître.

Consternation du couple, désolé d'un tel honneur. Mais comment résister à

(1) Dion Cassius, llv. LVI.

un ordre qu'on ne bravait pas sans péril?

C'est par un semblable trait qu'on voit à quel degré d'avilissement en étaient arrivés les Romains.

Que la femme n'ait point imité Lucrèce, cela se comprend encore. En dépit du féminisme qui nous envahit, les Lucrèce comme les Charlotte Corday seront toujours des exceptions.

Mais le mari n'osant pas disputer sa femme au caprice de César, de peur de s'exposer à la vengeance du tyran, c'est bien la preuve que les descendants des fiers patriciens de la République étaient mûrs pour la servitude et devaient accepter sans murmure toutes les ignominies du régime impérial.

Pour cette fois cependant la vertu de

iple pusillanime fut préservée par sence d'esprit d'Athénodore.

Bvêtjt les habits de la jeune femme nta à sa place dans la litière qui la conduire jusque dans la ïre d'Auguste.

lemier, en écartant les rideaux, fut ■éablement surpris, lorsqu'il vit de la litière, au lieu de la timide ; qu'il attendait, Athénodore, à la main, qui lui tint le langage it : H Eh quoi! César, vous ne ez pas que quelqu'un n'imagine, attenter à vos jours, l'artifice que oie innocemment? n n ajoute que, malgré sa décon- , Auguste n'en garda point ranau philosophe. Il avait eu sans

doute une peur rétrospective des risques auxquels Texposait sa bonne fortune.

Gomme il faut toujours qu'on trouve une excuse aux fautes des grands, les flatteurs d'Auguste disaient, pour le justifier, que ses galanteries lui étaient inspirées, non par un penchant vicieux, mais par un esprit politique ; que c'était un moyen de connaître par les femmes les complots séditieux que tramaient les maris, en sorte que chez Auguste le libertin se doublait d'un détective.

Cette excuse, toutefois, ne pouvait s'appliquer à ses amours avec Terentia, la femme de Mécène.

Mécène était le plus dévoué des amis d'Auguste en même temps que le plus souple des courtisans.

le rappelle que, dsDS la Fameuse Lation demandée par ce prince ux plus intimes confidents de sa ne , Agrippa et Mécène , pour

s'il devait se démettre de la luissance et rétablir la Répu-

tandîs qu'Agrippa opinait pour -nier parti, Mécène, plus avisé, lait à l'empereur de garder le r pour le plus grand bien du

tels services et une si constante n'étaient point pour arrêter les '.s de César.

ntia était charmante, d'une co- -ie raffinée; elle lui plaisait, il liait pas davantage, auvre Mécène, quelle que fût son

adulation pour le maître, n'avait pas lieu d'être content.

Toutefois l'idée de vengeance ne pouvait entrer dans cette âme d'épicurien.

L'homme qui avait fait les vers abjects qu'a si bien traduits La Fontaine n'était point capable de ressentir vivement l'outrage fait à son honneur.

Il aurait pu sans doute donner sa démission ; mais le pouvoir a des charmes auxquels on ne renonce pas facilement.

Dans tous les cas, il avait une manière originale de témoigner sa mauvaise humeur : il divorçait.

Il est vrai que le mois suivant il reprenait Terentia, ce qui faisait dire qu'il avait eu mille femmes en une seule (1).

(1) SÉNàguE, ép. 114.

)Q conçoit que ces histoires galantes défrayaient à Rome la chronique idaleuse contrastaient fort avec le de redresseur de la morale publiqne s'arrogeait Auguste, lUssi bien, pour guérir cette société grenée jusqu'aux moelles, pour régéer ce vieux monde qui tombait en ssière, il fallait autre chose que les :s impuissants d'un César hypocrite, ja religion seule pouvait agir sur ces 3S enténébrées en les inondent des ans de sa lumière.

If

Le polythéisme avait divinisé la passion. Chaque vice humain avait dans rOlympe son représentant, et, bien qu'au commencement de Tempire personne à Rome ne crût plus aux dieux de la religion officielle, on avait trouvé commode de garder un culte aussi complaisant pour les faiblesses de Thumanité.

Les stoïciens avaient bien essayé de réagir contre Tuniverselle corruption.

Mais dans leur doctrine ils ne gardaient point de mesure; en exagérant l'austérité ils éloignaient de la vertu. D'ailleurs, c'était une secte restreinte dont l'influence ne pénétrait pas dans les masses.

Tout autre était la doctrine du chris-

B LE CÉLIBAT A BOMB

lisme, tout différents ses moyens :lion .

l'était dans le ciel qu'il prenait son nt d'appui, mais dans un ciel épuré, résidait l'éternelle justice, où se trou- . la véritable sanction, inconnue à la ■e, du crime et de la vertu, îe n'était pas par des décrets que .e croyance s'imposait au peuple, tait son adhésion volontaire, sa foi ntanée à la vérité nouvelle, à la me parole, que lui demandaient des nmes convaincus jusqu'aux sup- ;es, convaincus jusqu'au martyre.

Lussi quel prodigieux essor! Quelle ide conquête de l'humanité ! Quelle isformation presque soudaine des actères et des mœurs!

Chose étrange ! Tandis que la législation impériale poursuivait le célibat de ses rigueurs, la religion nouvelle le proposait à ses fidèles comme l'état de sainteté par excellence, celui où l'homme, dégagé des préoccupations terrestres, pouvait se consacrer tout entier au service de Dieu. Et l'on voyait, dans ces temps de foi, des époux unis par la plus vive tendresse se séparer pour aller vivre, chacun de son côté, de la vie monastique.

Aussi, malgré cette nouvelle faveur du célibat, grâce à la pureté renaissante des mœurs, à la sainteté rendue au mariage, désormais indissoluble, à l'austérité de la vie de famille, la dépopulation va s'arrêter et le mouvement ascen-

»g LE CELIBAT A ROME

îonnel de la natalité va reprendre.

Ainsi se vérifiaient les objurgations es célibataires à Auguste quand ils lui isaient : n Au lieu de sévir contre le élibat, réformez les moeurs de la jeuesse, u

Gela, l'empereur, mal^é son omniotence, ne le pouvait pas.

Et il le savait.

Aussi, je ne crois pas beaucoup à ses îintes colères, non plus qu'à ses indinations de commande.

C'était un grand sceptique, ce prince ui, au moment de mourir, disait à ses mis : Il N'ai-je pas bien joué mon rôle?

Ih bien, applaudissez! »

Dans le long spectacle, pour parler Dmme lui, de son règne, qui n'avait

pas duré moins de quarante-quatre ans, il avait voulu jouer la comédie deTapostolat; mais c'était un apôtre sans conviction, sans foi, partant sans autorité; son œuvre ne pouvait pas réussir.

Page 1