ÉPILOGUE
Et toutefois longtemps eut un heureux destin. Mais sa muse, en français parlant grec et latin, Vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque. Tomber de ses grands mots le faste gigantesque.
Par un retour grotesque L , . cela signifie, si je ne m'abuse, que, pour Boileau, les Voiture, les Chapelain et les Scudéry furent les fossoyeurs de Ronsard et de son Ecole. Eh bien, j'en demande pardon à l'ombre de Nicolas, je ne vois pas que Voiture et ses compagnons aient été la queue de Ronsard, ni que l'hôtel Rambouillet ait eu la moindre influence sur les destinées de la Pléiade. C'est plutôt à l'Ecole de Marot que se rattachaient les Saint-Amant, les Sarrasin, les Théophile et autres poètes libertins de cet hôtel, et puis entre Ronsard et Voiture il y eut Bertaut, qui fut l'annonciateur de Malherbe. Distinguons, s'il vous plaît. — Au surplus, si, en politique, les sans-culottes et les ultras ont perdu plusieurs régimes, en littérature, les excentriques et les grotesques n'ont jamais fait de tort qu'à eux-mêmes. Tout au plus pourrait-on dire que le ridicule dont se couvrirent certains poètes chers à la marquise de Rambouillet hâta, dans le sens que l'entendait Malherbe, la réaction réformatrice que tôt ou tard — et c'est heureux ! — la concurrence et les
yariations de la mode déchaînent contre les écoles qui ont trop duré... Encore les réactions ne tiennent-elles pas toujours leurs promesses. J^en sais qui, sous couleur de « réparer la langue et de réduire la muse aux règles du devoir )>, comme dit Boileau, se contentèrent,ou à peu prèSjde dépouiller les vaincus. Ainsi Malherbe, qui « vint » après Ronsard et qui eut comme lui son petit Cénacle, bien avant que Voiture trônât à l'hôtel Rambouillet, Malherbe, en dépit de ses grands airs dédaigneux, arracha, pour s'en parer, plus d'une belle plume à la queue du paon royal que fut le poète des Amours de Cassandre. Elles auteurs dramatiques du règne de Louis XIV, qui, sous le rapport de la forme, se réclamaient de lui, Malherbe, s'ils ne parlèrent pas grec et latin comme Ronsard, n'en prirent pas moins aux Grecs et aux Romains les principaux sujets de leurs pièces de théâtre. A telles enseignes que, cent cinquante ans après, la guerre contre les derniers tenants du parti classique se fit à ce cri fameux :
Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ?
C'est donc, à mon avis,rEcole poétique du xvii^siècle, plutôt que celle du xvi% qui aurait péri par l'idôlatrie de la tradition.