ÉPILOGUE
beaux élans, la verve lyriques de Ronsard et de Joachim du Bellay.
Mais rindividualismejpar cela même qu'il ne saurait se contenter des idées générales, est incapable de rien fonder de durable sur des principes déterminés . Il pourra constituer des groupes, il ne fera pas une école^ au sens exact et étroit de ce mot. C'est un ver qui se met dans le fruit au moment qu'il se noue, et c'est aussi un germe de division. Voyez plutôt ce qui se passa dans la Pléiade ! Joachim du Bellay avait à peine publié sa Deffence et illustration de la langue françoyse — manifeste et corps de doctrines de son groupe — qu'il s'évadait en quelque sorte de ce livre en donnant une entorse, ici et là, aux règles de sa propre didactique. Et chacun dans la suite tira de son côté, au gré de sa fantaisie.
La même chose se produisit dans le Cénacle de Joseph Delorme. Il suffit de quelques rivalités de théâtre et de certaines divergences d'opinion pour disperser au premier coup de vent toute cette jeunesse ardente qui, par amour de l'art, s'était rassemblée, en 1827, autour de Victor Hugo.
Depuis lors, toutes les tentatives d'écoles, toutes les petites chapelles littéraires ont eu le même sort, c'est-à-dire qu'elles ont toutes échoué par défaut d'unité de vues.
Mais les écoles ont beau périr, elles ne meurent jamais tout entières. Leur influence continue de s'exercer sur les générations suivantes, en proportion de la valeur représentative de leurs œuvres et selon les fluctuations de la mode et du goût.
Car il n'est guère d'auteurs ayant joui d'une grande renommée, qui n'aient eu après la mort leur éclipse et leur retour. Et la postérité, plus juste en cela qu'eux-mêmes, ne s'embarrasse pas des barrières et des étiquettes qui de leur temps séparaient ou distinguaient les partis adverses.
Aujourd'hui, par exemple, qu'il n'y a plus, à proprement parler, de Classiques ni de Romantiques, ou, si l'on préfère, aujourd'hui que les Romantiques du premier rang sont devenus Classiques à leur tour et à leur manière, il est permis de s'inspirer des uns et des autres sans courir le risque d'être traité de perruque ou de révolutionnaire. Chateaubriand a fait depuis sa mort presque autant d'élèves que de son vivant, et j'en sais trois au moins qui sont dignes de lui, c'est à savoir Flaubert, Jules Vallès et Melchior de Vogué. Victor Hugo aura toujours pour lui les partisans de (( l'école rimeuse », comme disait Alfred de Musset. Vigny, dont se réclamaient hier les Symbolistes, plaira toujours aux âmes désenchantées qui recher-