‹ Le centenaire de la naissance de Napoléon Ier discours prononcé au templeneuf à Strasbourg le 15 aout 1869Chapitre 1 sur 1 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Aimez- VOUS les uns les autres.

Jésus*

Dans les graves circonstances où nous sonimes, cette féle nationale et le souvenir du premier empereur dont nous célébrons aujourd'hui le centenaire de la naissance, impressionnent nos cÔBurs en sens bien divers. Qui do nous ne se sentirait disposé à s élever au-dessus des choses présentes, pour méditer non -seulement sur le passé, mais aussi sur l'avenir de notre patrie et de Thumanité? En ce moment solenni ], la parole que vous venez d'entendre n est-elle pas comme une étoile brillante pour ceux qui ne voient que ténèbres autour d'eux, et comme un stimulant, salutaire pour ceux qui se complaisent dans Tclai aclueî des eiioses? Aux uns et aux autres, elle indique le moyen d'atteindre sûrement le but idéal vers lequel la Sagesse souveraine fait graviter les destinées du genre humain. Ce but quel est-il ? C'est Tunion des peuples en uîic seule et grande famille. C'est rassemblage de tous ces membres encore disjoints en un seul et même corps où chacun, sans perdre son caractère spécial, eontribuc au développement et 5 la prospérité du corps entier.

But magnilique, mais par quel moyen ralteindrc?

Ecoulons les réponses qui ont été données. Il en est deux qui se présentent d'abord. L'une se personnifie précisément dans le [guerrier fameux, né il y a cent ans* La seconde a pour interprète un autre grand tiomme qui, par une coïncidence remarquable, est né la même année que Napoléon, à un mois seulement de dislaru e, et dont le nom^ sans être aussi populaire, n'en est pas moms un des plus illustres que liiistoire ait inscrits dans ses annales: Alexandre de Bumboldt.

La première réponse la voici : Le moyen d'unir les hommes, c'est la guerre , la guerre de conquête*

La seconde déclare : Le moyen d'unirles hoiunies, c'est la Science, la connaissance des lois qui régissent r univers.

L'histoire semble donner raison à la première aflirmation, et appuyer de témoignages irrécusables Tulilitéde la Guerre. Elle nous montre^ au début, les peuples longtemps isolés, étrangers les uns aux autres, ne coimaissant d'autre climat que celui de leur patrie, — jusqu'à l'avènement des grands conquérants, les Sésostris, les Cyrus, les Alexandre. «Ce sont eux, dil-elle, qui ont brisé les antiques barrières entre les nations. Doués de celte in- . fluence magique qui enthousiasme les hommes, ils les ont entraînés par delà les frontières de leur pays, leur ont fait franchir les montagnes et les déserts, les uni mis en contact avec d'autres hommes^

parlant d'autres langues, pratiquant d'autres reli* gions. Ils ont donné aux uns et aux autres Pocca* ^

sion de se coiiiuiilrc cl de se comparer, et, en mêlant les races, ils ont fait naître des idées plus larges, et ouvert de plus vastes horizons. D'ailleurs, ajoute rhistoire, si les conquérants ne paraissent poussés que par un seul iiiubile, 1 aiiil)jtion personnelle, la Providence qui veille à l'harmonie du monde, leur assigne des limites qu ils ne peuvent franchir. Leur mission achevée, elle les brise conuDc des instruments inutiles ou dangereux.»

U ae faut rien méconnaître. 11 y a eu des temps où la guerre de conquête a pu rendre effectivement des services à la cause de Thumanité. Mais & quel prix, grand Dieu! Voyez-vous d'iei les cam[)agnes ravagées, les villes détruites, les familles décimées, les lois de la justice foulées aux pieds, la fleur de la jeunesse broyée sur les champs de bataille^ Tespérance de Tavenir fauchée avant la maturité, la surface du globe inondée de sang?

Non, disons-nous à la Guerre, ce n'est pas toi qui acconipliras les desseins de Dieu. L'Esprit moderne ne veut pins de tes services. Il cherche ailleurs un moyen moins glorieux, s'il le faut, mais aussi moins tragique, pour unir les petiples, et pour constituer la grande famille de Thumanité.

Ici la Science se présente et nous énumère les titres qui la recommandent à notre attention*

CVst moi, dit*elle, qui, par des voies à la fois plus pacifiques et plus sûres, mène à Funion du genre humain. C'est moi qui déchire les voiles de Tiguo* rance et de Terreur, et qui montre tous les pays du

monde, tous les globes de l'univers assujeUis aux mêmes lois. C'est moi qui révèle le secret de dompter le*) forces de la nature, d'atteler à cent chars remplis d'hommes, un a^^^ent que nulle maiu liumaine ne peut saisir, et qui les traîne au travers des montagnes les plus élevées, par dessus les vallées les plus profondes, non-seulement de pays h pays, mais de continent à conlinerit. C'est moi qui enseigne Tart de iranchir les mers, d'unir les rivages les plus éloignés ! Bien plus, je prête à la pensée humaine les ailes de la foudre, et la fais voler, en un clin d œil, d'une extrémité du monde à l'autre.

Où y a-t-il une barrière que je n'aie brisée, un obstacle que je n'aie vaincu? En ce moment même,

n'est-ce pas moi qui sépare TAfrique de la vieille • Asie, pour épargner aux navires de 1 Europe un détour de plus de trois mille lieues^ ? Qui, hors moi, en aplanissant ainsi les voies des peuples, leur offre des moyens plus coinmudes pour s unir?

Il est vrai, disons-nous à la Science, nous admirons les œuvres, et nous rendons hommage à ton infatigable et féconde activité. Oui, c'est toi qui relies ensemble toutes les régions du globe, c'est loi qui facilites les rapports entre les nations et qui réunis les hommes. Mais tu les laisses en face les uns des autres, avec leur égoïsme et leurs convoitises. Ce n'est pas tout. Tu fournis au fort les moyens d'opprimer et d'exploiter le faible. Tu es une puissance^ une puissance prodigieuse, mais une puissance aveugle, aussi empressée a servir

i . Allusion au percement de risibmo de Suez.

les méchants que les bons. Quels que soient doue les avantages incontestables que tu as sur la Guerre, • tu ne saurais suffire pour réaliser Tidée de Thuma*

ailé.

La Guerre a parlé» la Science a parlé. Quelle voix va se faire entendre encore pour leur disputer

la préséance?

Cette voix, vous Tavez entendue. Elle s adresse à nous par notre» texte. Cette voix, c'est la voix de PAmour. Son interprète, c'est quelqu'un de plus

grand que les conquérants les plus célèbres , de plus élevé que les savants les plus illustres, ce quel* qu'un c'est Jésus-Christ !

Peuples, dit*il , vous êtes tous frères. Quelles que soient les divergences qui vous séparent, vous n'avez qu un seul et même Père.

Vous n'avez pas d'intérêts opposés. Le bonheur des uns ne saurait découler du malheur des autres. Quand parmi les membres d'un corps, les uns souffrent, comment les autres pounaicnt-ils se réjouir? Comme Dieu fait naitre sous les climats différents des productionsdifférentes, pour l'utilité commune, il donne à chaque naîion un génie propre et des facuites spéciales pour que chacune contribue a sa manière à Tuniverselle prospérité.

Aimez- vous donc les uns les autres, et pour que l'harmonie triomphe dans le monde entier, qu'elle commence par s'établir entre les citoyens d'un même paysj entre les membres d'une même famille, entre ces derniers tout d'abord. L'union des cœurs entretenue dans le sanctuaire de la famille

monteia comme uneflaiume sacrée dans la sphère plus haute de la patrie, pour éclairer de là Thumanlté tout entière.

Dès lors chacun se dira : Mon prochain, ce n'est pas seulement l'homme qui parle ma langue el qui pratique mon culte. Mon prochain, mon frère, c'est tout membre de rhumanité. Quelle que soit sa religion, quelle que soit sa couleur, il est la chair de ma chair. C'est un autre moi-mcnie. Tout ce que je lui fais, c'est en définitive à moi-même que je le fois. Le bien comme le mal que je<pratiquc à son égard rejaillira tôt ou tard sur moi. Que ma loi su* préme, constante soit donc :

Aime les autres comme toi-même.

En d'autres termes :

Ne fais pas à autrui ce que iu ne voudrais pas qu'on te fit^ mais fais constamment aux autres le bien que tu voudrais en recevoir ^ s'ils étaient à ta place^ et loi à la leur.

Réprimons, mes frères, les pensées de haine.

Toute pensée de haine est une entrave à la réalisalion des plans de Dieu. Toute pensée d'amour, au contraire, est une semence divine, qui portera ses fruits de siècle en siècle, pour le bonheur du genre humain.

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