SCÈNE III
maître à chanter vous attend. (Lucile sort.) Ils veulent absolument, Lisette, m'entraîner ce soir au spectacle. (A Lisidor.) Je crois. Monsieur, vous faire assez joliment ma cour.
Lisidor.
A moi, Madame? ce seul mot me pénétrerait de reconnaissance, si j'osais y trouver une explication.
Araminte.
Voilà de grandes phrases. La compagnie est dans le petit salon; vous, restez dans celui-ci, je veux bien ne pas m'apercevoir que c'est ma fille qui vous y retient, il me semble que cela est fort honnête. Au reste, vous me rendez un vrai service, et si vous pouviez un peu redresser son esprit...
Lisidor.
J'ai le malheur, Madame, d'être l'homme du monde le moins propre à cet emploi, et, s'il m'était permis de souhaiter quelque chose à votre aimable fille, ce serait de rester toujours la même.
Araminte.
Oh! vos désirs seront parfaitement remplis : c'est dont je tremble... Que faites-vous donc là, Lisette? Ne vous ai-je pas dit que j'allais au spectacle? Il est près de cinq heures. Vous ne songez point à ma toilette.
Lisette.
Pardon, Madame, mais il y a quelquefois si loin de ce que vous dites à ce que vous faites ! Araminte.
D'accord, mon enfant. Mais aujourd'hui je ne puis disposer de moi-même, je te dis que l'on m'entraîne. (Lisette sort.)
Je vous en félicite : vous allez, ainsi que tout Paris, admirer ce chef-d'œuvre que chérit plus particulièrement son auteur' ; vous mêlerez vos larmes à celles de Mérope.
Araminte.
Moi, Monsieur! je m'en garderai bien. Ah ! ne présumez pas me surprendre à vos lamentables tragédies. Mais, fi donc ! une femme ne sort de ce spectacle que les yeux gros de larmes et le cœur de soupirs. J'ai vu même quelquefois qu'il m'en restait sur le visage et dans l'âme une" emr preinte de tristesse que toute la vivacité du plus joli souper ne pouvait éclaircir. Et qu'est-ce que tout cela, s'il vous plaît? Un tintamarre d'incidents impossibles; des reconnaissances que l'on devine, des princesses qui se passionnent si vertueusement pour des héros que l'on poignarde
I. J'ai eu l'honneur d'entendre répéter plusieurs fois par M. de Voltaire, que Mérope était la tragédie qu'il préférait.