‹ Le cercle, ou, La Soirée à la modeChapitre 36 sur 57 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Araminte.

Oh î point du tout.

Damon, à part.

Me voilà perdu.

L'Abbé, à Ismène.

Vous croyez aux médecins, Madame ?

Ismène. Comme aux abbés.

L'Abbé.

Toujours méchante.

Le Médecin, Comment donc ! Quelles sont ces indociles maladies que notre sagacité ne peut réduire ? Oh ! nous en viendrons à bout, Madame... Voyons... justement... l'estomac délabré... Et l'appétit?

xA^RAMINTE.

Est-ce qu'on mange ?

Le Médecin.

Crachez-vous ?

Araminte.

Je crois que oui.

Le Médecin.

Tant mieux. Poursuivons... Nous avons des nuages devant les yeux, des disparates dans la tête ?

Araminte.

Précisément.

44 LECERCLE

Le Médecin.

Je l'aurais gagé... Allons, allons, il faut prendre un parti sérieux ; il faut du régime, se mettre à l'eau de poulet. Je vous jure qu'avec des bols de savon nous parviendrons à atténuer ces humeurs errantes.

LlSIDOR.

Des bols de savon ?

Le Médecin.

\ Oui, Monsieur : c'est un spécifique divin que, depuis deux ans, je réussis à mettre à la mode. Les anciennes drogues dont nos ancêtres faisaient usage pouvaient convenir à leurs santés robustes et grossières; mais aujourd'hui tout doit être soumis aux lois de notre délicatesse et de nos grâces. Voudriez-vous, par exemple, que je déchirasse l'estomac d'une jolie malade avec du miel aérien qui ne purge que par indigestion ?

L'Abbé.

Oserais-je vous demander. Monsieur, ce que c'est que du miel aérien ?

Le Médecin.

C'est de la manne. Monsieur l'abbé, c'est de la manne. Non seulement nous avons renoncé aux drogues antiques, mais nous avons encore changé leurs dénominations vulgaires.

Araminte.

Il est charmant.

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