SCÈNE XIII
vue comme moi, à lable, entourée de chats, de chiens, de singes, de catacouas; elle les baise, les fait impitoyablement baiser à la ronde, partage avec eux son assiette... C'est un charme. Mais aussi est-ce un petit plaisir dont elle ne régale que ses plus intimes amis.
LiSIDOR.
Il est heureux pour vous, Monsieur, d'être de ce nombre. [A part.) J'en ai bien assez vu. Quittons ce cercle d'étourdis et ne songeons qu'à ménager la bonne volonté du baron et le cœur de Lucile. (// fait une révérence, quon lui rend, et sort.)
CiDALISE.
Ce petit robin ne te semble-t-il pas un ennuyeux personnage?
ISMÈNE
Passablement.
Le Marquis se lève et va à la table.
On m'a dit qu'il se donnait les airs d'être mon rival : par exemple, voilà de ces choses auxquelles je ne saurais m'accoutumer.
ISMÈNE
Prétends-tu t'enterrer ici jusqu'au souper? Si nous faisions un tour de boulevard?
CiDALISE.
Cela n'est guère décent que la nuit; on court les parades, les spectacles.
Le Marquis, ayant pris la place d'Araminte.
Oui, les fantoccini... Oh! ils sont divins, étonnants; moi, en honneur, c'est le seul spectacle qui m'amuse.
ISMÈNE
Ah çà, nous voilà seuls. De bonne foi. Marquis, comment conduisez-vous la grande comtesse?
Le Marquis.
Quoi! vous n'êtes point au fait?... Je l'ai quittée.
CiDALISE.
Sérieusement?
Le Marquis.
Pouvais-je y tenir? C'est la plus exigeante de toutes les prudes : il faudrait toujours être là, ne la pas quitter d'une minute. Ah! parbleu, je me suis ménagé avec elle la rupture la plus signalée. Vous n'imagineriez jamais quelle était sa folie... le mariage.
CiDALISE.
Vous badinez.
Le Marquis.
Non, madame a la manie d'être épousée.
ISMÈNE
Mais elle est femme de qualité, d'un âge très convenable, et il faut que vous aimiez bien éper-