LES REVES
L'activité automatique des cellules cérébrales se révèle encore d'une façon bien nette pendant la période nocturne sous forme de persistance d'impressions, de rêves. Il va de soi, d'après ce que nous avons exposé précédemment, qu'en réalité les rêves ne sont autre chose que l'ébranlement persistant de certains groupes de cellules en période d'érétbisme, alors que la plus grande partie de leurs congénères est déjà plongée dans la période du collapsus du sommeil.
Cette persistance vibratoire des éléments nerveux peut s'expliquer physiologiquement, soit par le fait d'une surexcitation trop forte survenue à la suite d'un exercice trop prolongé, soit par le fait d'une impressionnabilité spéciale, d'une réceptivité particulière de certains territoires de cellules qui ont ressenti plus vivement les stimulations extérieures que les régions limitrophes; et alors, — il suffit qu'un certain nombre d'entre elles continuent à être en vibration, pour devenir des centres d'appel pour d'autres agglomérations de cellules avec lesquelles elles ont eu soit des affinités plus intimes, soit des moyens anastomotiques plus ou moins faciles : — de là une série de reviviscences d'impressions passées dont nous ne saisissons pas bien le sens, mais qui cependant ont entre elles des connexions secrètes (mémoire inconsciente) ; — de là une série d'idées imprévues et désordonnées qui se succèdent sous les formes les plus bizarres-
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Elles se développent en vertu des seules forces automatiques des cellules cérébrales abandonnées à leur initiative propre et affranchies de l'influence directrice des impressions sensorielles (impressions visuelles) qui, dans l'ordre naturel des choses, les tiennent en éveil et règlent leur mode d'activité diurne ^ . De là ces apparitions inopinées qui nous surprennent dans les rêves et qui ne sont autres que le résultat de l'éveil partiel de certaines cellules qui font ainsi surgir dans le sensorium une série d'impressions que nous avions depuis longtemps oubliées ; mais, en définitive, ce ne sont toujours que des impressions faisant partie de nos réserves acquises par nous, qui se révèjent dans nos rêves, et qui probablement sous l'influence des conditions locales de circulation, d'ébranlements voisins, réapparaissent vivantes du fonds de notre passé. — Pour rêver d'une chose, il faut l'avoir vue, l'avoir perçue d'une façon ou d'une autre. — Il n'est pas rare, en cherchant bien l'origine de certains rêves, de reconnaître qu'un grand nombre ont une filiation plus ou moins directe avec une impression qui nous a plus ou moins fortement ébranlés pendant l'état de veille, et qu'ils ne sont qu'une sorte d'écho de cette même impression, associée avec des apparitions plus ou moins hétérogènes 2.
De là encore, ces curieux phénomènes en vertu desquels les rêves produisent en nous des émotions subséquentes qui nous bouleversent si profondément.
Les émotions, avons-nous dit, sont fatalement associées aux impressions premières qui leur ont donné naissance. — Elles vivent de la même vie, si bien que l'appel de la première entraîne fatalement l'évocation de sa congénère. Si la vue d'une
1. L'influence directrice de l'arrivée des influences sensorielles et visuelles en particulier, sur la régularité du jeu des cellules cérébrales, est telle que, chez un malade dont l'histoire est rapportée par Baillarger, à l'état de veille, il suffisait d'abaisser ses paupières et de supprimer ainsi l'arrivée des impressions optiques dans son cerveau pour faire apparaître immédiatement en lui des apparitions d'objets variés, dont précédemment il n'avait aucune idée ; et cela en vertu des seules forces automatiques du cerveau, qui reprenaient leur cours motu proprio par le fait de la rétrocession des impressions extérieures. {Annales médico-psijcliol., tome VI, page 178.)
2. Une jeune fille citée par Prus crut avoir mérité les peines éternelles pour avoir cédé à un sentiment trop tendre. Cette idée la préoccupait vivement depuis quelque temps, lorsqu'elle crut, une nuit, voir et entendre un messager du ciel qui lui annonçait sa damnation éternelle et celle 1© Ba famille, {Annales médico-psychol., tome III, page 1C3.)
personne, d'un spectacle, d'une scène quelconque m'a une première fois causé un moment de plaisir ou d'anxiété, le souvenir évoqué des mêmes objets sera suivi des mêmes émotions de ma sensibilité intime. — Dans le domaine des rêves, les mêmes phénomènes se déroulent avec le même enchaînement — qu'une idée, qu'un souvenir agréable surgisse dans la sphère psychique, par suite d'un état d'éréthisme d'une région spéciale de mon cerveau, incontinent, un état analogue de satisfaction concomitante sera ressenti dans le sensorium — qu'une idée de toute autre nature apparaisse, soit spontanément soit à propos d'un trouble survenu dans l'innervation viscérale (anxiétés cardiaques, angoisses gastriques, — irritations des voies génitales) — que l'esprit enfante par exemple, des conceptions relatives à des précipices, à des scènes de meurtre, etc. . . . du même coup des états analogues se développent dans les régions émotives de notre être et cette évocation artificielle de la sensibilité pourra amener un choc assez intense, un effet dynamique assez puissant pour provoquer le réveil des cellules cérébrales endormies. — Tant il est vrai de dire que ce sont toujours les forces automatiques des éléments nerveux qui, seules, régentent et gouvernent le monde de nos pensées et de nos sentiments, soit pendant la veille soit pendant le sommeil !
Cette persistance incoercible de l'activité des cellules cérébrales se révèle encore d'une façon bien nette dans les circonstances suivantes. De même que les phénomènes de leur activité diurne empiètent sur ceux de leur activé nocturne, de même inversement on voit souvent ceux de leur activité nocturne se perpétuer pendant l'état de veille et des rêves, ne pas s'éteindre au moment du réveil total du cerveau.
Nous savons tous qu'étant éveillés , nous pouvons garder pendant quelque temps encore, principalement dans les premières heures du matin, le souvenir des rêves qui ont traversé notre cerveau pendant la nuit; nous avons tous rencontré un nombre plus ou moins grand de personnes qui se préoccupent plus ou moins vivement des rêves qui les ont assaillies. Certains caractères faibles en sont même plus ou moins attristés, et conservent une impression pénible qu'ils considèrent parfois comme un vrai cressentiment de ce qui doit leur arriver.
C'est surtout dans certaines formes des maladies mentales