‹ Le chalet, comédie en un acte, mêlée de coupletsChapitre 9 sur 19 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les PrÉCÉDENS, VALENTIN {mal équipé, moustaches rousses , pantalon brun , charivari. Il porte un vieux dolman et un gilet à brandbourgs avec un ruban à sa boutonnière* Il s'avance sans parler, vient s'asseoir vis-à-vis le Chalet, tire un mauvais mouchoir bleu et essuyé son visage).

VALENTIN (à lui-même).

Pauvre vieux ami! brave Bayard! après avoir roulé le monde avec moi , bravé le sable de l'Egypte , le canon de l'Autriche , les frimats de la Pologne , tu viens de mourir bêtement en tombant dans un trou de la Savoie ; si j'avais su ça , tu serais mort en brave , je t'aurais brûlé la cervelle,.. Oui, foi de Valentin.

GUILLAUME ( avec rondeur ).

Dites-donc, monsieur le hussard, vous seriez bien étonné s'il n'était pas mort; qu'est-ce qui sait, la neige lui a peutêtre sauvé la vie , en le préservant des pointes de rochers.

VALENTIN

Oui, mais elle Ta enterré vivant, va voir dessous si tu l'oses.

GUILLAUME (jïun ton décidé).

Il ne faudrait pas tant m'en défier*

amcet.

C'est vrai, il ne faudrait pas tant l'en défier... c'est qu'il est intrépide Guillaume, c'est le plus brave des guides de nos montagnes.

GUILLAUME

Oui camarade, je suis un guide, et sans me vanter, je crois avoir rendu quelques services aux étrangers qui se hasardent de nos côtés.

ATMICET.

C'est au moment [des avalanches, qu'il faut le voir courir au milieu du brouillard avec son chien noir et son grand bâton ferré , pour sauver les voyageurs ; souvent la neige lui ferme le passage ; eh bien! il marche toujours.

GUILLAUME

Tout n'est peut-être pas désespéré; s'il passait par ici des chasseurs de chamois, ils ne craignent rien , ils grimpent sur la crête des roches les plus hautes , descendent dans les ravins les plus profonds : nous visiterions avec eux cet endroit.

ANICET

Dites-donc, monsieur le hussard, je pense à une chose... mon père est maître de poste, il a vingt chevaux dans son écurie, vous y trouverez peut-être à remplacer votre Bayard.

VALENTIN

Remplacer Bayard- c'est impossible !

ANICET

Nous avons cependant de fameux cadets !

VALEOTIN.

Mon compagnon de rouie qui me reconnaissait à cent pas et qui ne reculait jamais devant une bouche à feu.... Aussi tout était commun enlre*noûsV/. '"' "

guillauÏTé!."

Vous l'aimiez donc bien ?

Air : d'Aristipe.

Oui , je l'aimais d'une façon peu commune , Il me T rendait , j'en suis certain , Ce vieux compagnon d'infortune , Souvent a partagé mon pain. (bis.)

Et , quand l' malheur, notre seul patrimoine,

Nous poursuivait dans de lointains pays ,

J'ai bien souvent partage' son avoine :

Trouvez-moi deux meilleurs amis ? {bis. }

xmcmïàpart)..

Dire qu'ils mangeaient de l'avoine ensemble !

VALENTJLN.

Voyez pourtant ce que c'est, en arrivant il y a une heure au pied de la moutagne, j'étais content de revoir ce pays, car vous saurez y mes amis , que j'y ai passé dans le temps avec toute notre armée; je me rappelé même qu un maudit biscayen me fit asseoira deux pas d'ici, auprès de l'ancien monastère ; au plus chaud de l'affaire , on me fit entrer dans un chalet, chez de braves gens, dont les noms sont gravés là. (// montre son cœur). Pierre Blondel, sa femme Jacqueline et une jeune fille qui promettait d'être bien gentille ; elle a dû tenir ses promesses.

GUILLAUME (ému).

Ce bon Pierre ! celte bonne Jacqueline!

VALENTIN ( vivement) Vons les connaissez ? que sont-ils devenus?..»

GUILLAUME ( tristement ).

Ils sont morts.

VALENTIN ( de même).

Ils sont morts !... ils sont tombés!... et moi qui ai couru toute l'Europe pour attraper vingt blessures, je suis encore debout... Allons, allons, n'y pensons plus.... mais j'ai un aveu à vous faire mes amis , j'ai une faim de tous les diables , et je n'ai pas le sou ; tirez-moi de là.

ANlCET.

Attendez, papa tient aussi l'auberge de la poste, je vais vous recommander à lui.

GUILLLAUME.

C'est bien , M. Anicel , cela suffirait pour me raccommoder avec vous.

e« Y-AMiBiTTlTïïi m u u^jau'ai jl^l'uwjw. /

ANICET

Attendez-moi , un moment ; je ne vous dis que ça.

Air : du Carnaval de Béranger.

Notre maison est connue à la ronde ,

La voyez-vous là-bas sur la hauteur :

Dans tous les temps nous recevons bien du monde ,

Et plus d'un riche voyageur

D' les rançonner nous ne sommes pas chiches ; Mais avec vous , nous nous conduirons bien : Monsieur l'hussard, nous ne prenons qu'aux riches , Nous laissons tout à celui qui n'a rien.

( // sort. )

Page 1