LE VACCIN
Y a des maladi’s qu’ les progrès de la science, Permettent de prëv’nir avec le vaccin,
En faisant pour tout's la chose en conscience,
Y aurait du travail pour plus d’un méd'cin.
Sur notr' vieill' machine, la souffrance abonde,
Plus encor' qu'on n' peut se l'imaginer
Avant tout, les maux qui tomb'nt sù’l'pauvr’ monde: V'ià les maladi's qu’on d’vrait vacciner.
En premier eetf cris' qu'on nomrn' la misère,
Qui d'vient plusignobl’ quand l'hiver nous vient,
OÙ des tas d' loqu'teux manqu'nt du nécessaire Et cherchent d' l'ouvrage et n’ dénichent rien. Combien su' 1' pavé qui traitent leur galoche Et sont trop contents d' deux ronds pour dîner ! L'arrêt du travail et l’mai à la poche :
V'ià des maladi's qu'on d'vcait vacciner.
Et ceux, d’ l'autre côté, qui soign'nt leur personne, lous ceux qu'en ont trop et qu'en veulent encor Que 1' besoin d'argent travaille et talonne.
Pour les fait-' solgtiêï, tout 1‘ monde est d'accord. Quand ils voient des gueux, ils détourn’nt la tête Et s' surfich'ntun peu d' les voir turbiner.
L' corps toujours avide et 1' cœur qui s’arrête :
V'ià des maladi's qu’on d’vrait vacciner.
Et les gens d'affair’s, ces jolis bonshommes Qui lanc’nt des projets d' derrièr' les fagots.
Qui n'ont que 1' désir de palper des sommes Et 1' besoin d' percer... les poch's des gogos.
Aussitôt qu' ça cx-aque, ils r'pli'nt leurs bagages El chercty'nt autre part destyp's à ruiner.
La soif de l’action et l'goût des voyages :
V'lit des maladi's qu'on d’vrait vacciner.
Et la politique!... Y en aurait d' l'ouvrage.
Pour soigner tous ceux atteints de c' mal la!
Oh ! y en aurait tant qu’ ça vous décourage.
En faudrait des bête's pour vacciner ça !
Et tout's les promesses, les boniments d’fbire,
Les croix pour iesquell’s on va s'échiner Les rag's d'avanc'nient, les pert's de mémoire ! V'iàdes maladi's qu'on d'vrait vacciner.
Et tous les fourbis des gens qui s’amusent Les notes dans lesquells on laiss’ son esprit Et les p’tits plaisirs où les plus forts s'usent Les vites dont on crève et ceux dont on vit...
Et les gainsfacü's qui vous rend’nt canaille Où nos beaux fm-d'-siècle vont s’acoquiner L' talent qui s’en va, 1’ cerveau qui déraille,,
V'ià les maladi's qu’on devr’ait vacciner.
P. Vrignault.